Les éco-chèques en ballotage

Christoph Wambersie

Les éco-chèques coûtent plus cher que prévu aux employeurs et pour Christophe Wambersie ils n’ont pas stimulé l’achat de produits écologiques.

Les éco-chèques font un flop. Il faut les supprimer ou, à tout le moins, effectuer une réforme radicale du système. Voilà le message lancé par Christophe Wambersie, le secrétaire général de l’Union des classes moyennes. L’UCM représente les PME et les indépendants en Wallonie et à Bruxelles. 

Depuis 2009, les éco-chèques font partie des avantages offerts à de nombreux salariés. C’est le résultat du dernier accord interprofessionnel (AIP): plutôt que d’augmenter les salaires bruts en pleine crise, patrons et syndicats avaient convenu, pour soutenir le pouvoir d’achat, d’octroyer une prime nette distribuée notamment sous forme d’éco-chèques. Or, dans quelques semaines, les partenaires sociaux, dont l’UCM, vont négocier un nouvel AIP pour 2011 et 2012. L’heure du bilan pour les éco-chèques est donc venue. Et le verdict est franchement négatif.

Premier grand reproche émis par Christophe Wambersie: "Les éco-chèques coûtent plus cher que prévu aux employeurs. Ils tablaient sur un coût net (125 euros par travailleur en 2009 et 250 euros en 2010, NDLR). On est loin du compte puisqu’on arrive à un coût supplémentaire de 15 à 20 %. Cela s’explique par des frais de gestion payés aux sociétés émettrices et par des frais administratifs dus aux secrétariats sociaux. Chez les commerçants aussi, le système engendre des surcoûts, ne fût-ce qu’en termes d’étiquetage des produits", assure-t-il.

Les chèques "verts" ne séduisent pas. "Seul un salarié sur trois est intéressé. Chez les employeurs, la perception est également mauvaise, en particulier chez les petits entrepreneurs. Seuls 15 % des patrons veulent les inclure dans leur package salarial", relève le secrétaire général de l’UCM.

Les éco-chèques manquent également leur objectif. Il s’agissait de stimuler le comportement "durable" des consommateurs. "Or, les achats concernent des électroménagers ou des produits classiques qui auraient été de toute façon acquis et qui ne sont pas forcément très ‘vert’. Pour l’anecdote: vous savez acheter des pesticides avec des éco-chèques…", commente Christophe Wambersie.

Conclusion: les éco-chèques doivent passer à la trappe ou être profondément réformés. "Dans la situation actuelle, ils ne sont pas pertinents. Mais, sous certaines conditions, on peut leur accorder une deuxième chance", explique Christophe Wambersie. "Il faut d’abord laisser aux entreprises — et pas aux secteurs — la liberté d’octroyer ou pas des éco-chèques", estime le secrétaire général de l’UCM. "En tout cas, il convient de réduire les surcoûts à charge des employeurs et de les réintégrer dans l’enveloppe nette prévue", dit-il. "Enfin, les produits éligibles doivent avoir une véritable vocation de développement durable", tranche-t-il.

L’UCM réclame encore quelques modifications techniques: des chèques limités dans le temps, avec une valeur faciale minimale. "Actuellement, il existe des chèques de 60 cents. C’est absurde: ils coûtent plus cher à imprimer". Christophe Wambersie plaide également pour des "quotas" par type de commerce. "On ne devrait pas pouvoir écouler tous ses éco-chèques dans la grande distribution", estime-t-il.

hèques repas

L’offensive de l’UCM contre les éco-chèques n’est pas isolée. L’Unizo — les classes moyennes flamandes — a également plaidé pour la suppression de ce système. Elle veut aussi la fin des chèques repas, jugés trop chers et peu pratiques. La Fedis (fédération du secteur de la distribution) vient également de plaider en ce sens. Pour sa part, l’UCM défend le maintien des chèques repas. "Ils plaisent au plus grand nombre et 70 % des employeurs les utilisent", souligne Christophe Wambersie. "Et l’alternative (défendue par l’Unizo, NDLR), qui serait une prime nette exonérée de charges à côté du salaire, risque d’être tôt ou tard taxée", ajoute-t-il.

Le sort des éco-chèques voire des chèques repas sera débattu lors du prochain AIP. Les discussions s’annoncent serrées. Car ces avantages remis en cause sont exonérés d’impôts et de cotisations sociales. C’est ainsi une manière de contourner une fiscalité sur le travail très élevée et donc de limiter les hausses de salaires bruts. Or, dans le même temps, les employeurs, à l’instar de Christophe Wambersie au nom de l’UCM, plaident aussi pour la "modération salariale" et veulent même "discuter" de l’indexation automatique.   Bref, ils serrent toutes les vis. Pas sûr que les syndicats apprécieront…

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