Les enjeux insoupçonnés d'un scrutin anticipé

Interrogé sur le point de savoir si de nouvelles élections étaient possibles, Joachim Coens (CD&V) a répondu que "les élections sont une option si quelque chose ne réussit pas, mais espérons que cela réussisse". ©Photo News

Organiser de nouvelles élections, c'est une éventualité, mais beaucoup ont de bonnes raisons de freiner des quatre fers. Pas seulement à cause de l'ombre de l'extrême droite flamande.

On le sait depuis le 26 mai au soir, quand on a vu quel tableau apocalyptique livrait le verdict des urnes: seules des épousailles entre le PS et la N-VA pourraient engendrer un gouvernement qui respecterait, en termes de représentation numérique, la volonté globale des électeurs de Flandre et de Wallonie. On ne doutait pas que ça serait compliqué, et chaque jour, chaque déclaration, chaque tentative royale depuis la fin du printemps le prouve. On flirte avec les limites de l'impossible. Pour l'heure, les dévoués informateurs semblent toujours à la recherche de kamikazes prêts à s'engager pour la patrie.

Mardi, le roi Philippe leur a laissé un délai jusqu'au 4 février. Maintenant qu'ils lui ont remis leur rapport, ils doivent vérifier certains éléments et ensuite déposer leurs conclusions, demande le Palais. Y croient-ils eux-mêmes, à leur rapport? On a connu des cancres plus sûrs d'eux que nos deux informateurs. "Il y a des solutions, mais il reste un grand chemin à parcourir", a annoncé Georges-Louis Bouchez. 

Il faudrait savoir si l'on veut répondre aux défis socio-économiques avant de résoudre la question institutionnelle.
Pierre Baudewyns
Politologue UCL

L'autre informateur, Joachim Coens, n'a pas semblé plus optimiste. "De nouvelles élections sont-elles possibles?", lui a-t-on demandé. Et il a répondu ceci: "Les élections sont une option si quelque chose ne réussit pas, mais espérons que cela réussisse." Et voilà que tout le monde reparle de ce retour aux urnes. Est-ce vraiment l'issue proche de tous ces palabres?

Ces élections qui font peur

Face aux derniers sondages, qui montraient le Vlaams Belang dépasser la N-VA en Flandre et donc devenir le plus lourd parti du pays, c'est plutôt la peur qui s'oppose à l'organisation d'un nouveau scrutin. Mais l'anticipation du résultat final n'est pas le seul frein. En effet, de nouvelles élections auraient un coût important pour les partis, en monnaie et en énergie, comme le rappelle Pierre Baudewyns, professeur à l’École des Sciences politiques et sociales de l’UCLouvain. "La campagne serait beaucoup plus courte que la précédente, qui a mis longtemps à démarrer. Cette fois, le risque serait que ça parte de façon très dure, puisque les partis n'auraient que 40 jours pour convaincre. Mobiliser des candidats aurait un coût important, sans compter qu'il faudra faire preuve d'imagination pour contrer ceux qui ont gagné précédemment." 

Il faudrait être très pédagogue pour expliquer pourquoi on ne peut pas tout faire tout le temps et tout de suite...

On se rappelle que le Vlaams Belang a fait son beurre sur Facebook pour l'échéance du 26 mai dernier, dépensant 400.551 euros pour une campagne basée sur les réseaux sociaux. Comment les autres partis vont-ils intégrer ce nouveau paramètre dans leur stratégie? "Sur les réseaux sociaux, on utilise des phrases-chocs, mais ces punchlines ne permettent pas de représenter la complexité de la réalité sociale", constate le politologue Pierre Baudewyns. En effet, comment faire comprendre en 280 caractères sur Twitter que notre déficit se heurte aux règles européennes, que les marges budgétaires fondent, etc. "On met un discours simpliste sur une réalité complexe. Tout le monde attend des résultats rapides là où il faut du temps. Il faudrait être très pédagogue pour expliquer pourquoi on ne peut pas tout faire tout le temps et tout de suite..."

Pour dire quoi?

Bien sûr des élections anticipées rebattraient les cartes et on ne sait pas si ce sera plus clair ensuite. Les partis traditionnels doivent s'y préparer.

"On vit dans une époque tendue. La tension est palpable entre les partis, mais aussi entre les citoyens et le monde politique. Un nouveau scrutin ne va certainement pas redorer l'image du monde politique, un sentiment d'usure va s'installer...", glisse Pierre Baudewyns, qui s'inquiète aussi du message qui devrait être envoyé aux électeurs. "Il faudrait savoir si l'on veut répondre aux défis socio-économiques avant de résoudre la question institutionnelle. Ou après... Y a-t-il moyen d'avancer sur l'un de ces points?" Compliqué, comme enjeu de campagne...

Rappelons quand même que l'organisation d'élections n'est pas une suite logique à des échecs successifs. En effet, la convocation d'élections anticipées ne peut se passer de deux façons:

  • La Chambre, le Sénat et le gouvernement s'accordent sur une déclaration de révision de la Constitution, avec une liste d'articles qui doit être votée à la majorité simple. Cela entraîne la dissolution des Chambres et les élections sont convoquées endéans les 40 jours. 
  • Comme le gouvernement est démissionnaire, le Roi peut dissoudre le Parlement. La dissolution doit être actée par la Chambre avec une majorité absolue et les élections sont convoquées dans les 40 jours.

Ce ne sera donc pas l'abattement de l'un ou l'autre informateur, même s'il doit un jour s'appeler De Wever, qui lancera le signal d'arrêt des tentatives, pinaillages et autres surenchères actuellement en cours. Les états-majors des partis connaissent trop bien les risques évoqués ci-dessus. Pourtant, on en parle, de cet éventuel retour aux urnes. Alors, qu'est-ce qui pourrait le déclencher? "Quand on voit comment le discours unitariste de Bouchez a fait bouillonner la marmite, tout et n'importe quoi risquent de jouer le rôle du déclencheur", glisse Pierre Baudewyns.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés