Les entreprises belges à la conquête de la Route de la soie

Une mission économique menée par le Prince Philippe explore le potentiel du Kazakhstan.

Soixante huit entreprises belges sont arrivées hier en République du Kazakhstan dans le cadre d’une mission économique belge présidée par le Prince Philippe. Toutes ont la ferme intention de prendre pied dans ce pays émergent, qui fut jadis un des passages incontournables de la Route de la soie.

Logé au cœur de l’Asie centrale, le Kazakhstan occupe un territoire grand comme cinq fois la France, avec une population de 16 millions d’habitant. Il est cornaqué d’une main de fer par le Président Nazarbayev, en place depuis 1990. La croissance de son PIB a flirté avec les 10% entre 2000 et 2007, avant de retomber à 2-3% ces deux dernières années à cause de la crise.

Enjeux multiples

L’enjeu de la mission princière, avant tout exploratoire, est de taille. Pour le pétrole et le gaz, d’abord. Les réserves de ce pays sont équivalentes à celles de l’Irak. La mer Caspienne abrite le gisement pétrolier de Kashagan, le plus grand au monde découvert ces trente dernières années. Mais l’or noir est situé dans des nappes très profondes et ne sera exploité que dans cinq ou six ans. Des firmes comme DEME et Jan De Nul, spécialisées dans le dragage et la pose de pipeline, sont sur le coup depuis plusieurs années et se livrent un concurrence féroce.

Pour l’uranium, ensuite. Le Kazakhstan est le premier producteur mondial d’uranium. D’où l’intérêt du Centre d’étude pour l’énergie nucléaire (SCK CEN), venu signer un accord important.

Enfin, et surtout, le Kazakhstan est de plus en plus attirant dans une série de domaines où la Belgique détient des compétences. Pour sortir de la crise économique, le gouvernement kazakh vient d’adopter un programme d’industrialisation forcé prévoyant des investissements de 60 milliards de dollars jusque 2020 dans une série de secteurs essentiels au développement industriel du pays. Les Belges viennent donc faire des affaires dans la construction (Besix), l’énergie (Applitek), la santé (Agfa HealthCare, IBA, UCB), les finances (BNP Paribas Fortis), la chimie (Solvay, Agriphar), ainsi que les technologies de pointe, comme l’aérospatiale (AMOS) ou la construction d’hélicoptères (Texnokom).

Pour la cause, la délégation a été renforcée par le ministre des Affaires étrangères Steven Vanackere, qui, affaires courantes obligent, a reçu l’autorisation du président de la Chambre pour faire le voyage. L’administrateur délégué de la FEB Rudy Thomaes, des membres du Ducroire, le pastronat flamand (Voka) et l’Agence wallonne à l’exportation sont aussi de la partie. L’initiative est d’ailleurs une idée de l’Awex. "La présence des autorités publiques est importante pour faire des affaires ici, ce pourquoi nous avons insisté pour qu’elle ait lieu", indique Philippe Suinen, le patron de l’Awex.

Rodé dans sa mission de facilitateur, le Prince Philippe n’a pas hésité à faire un parallèle didactique entre les deux pays. "Votre propre pays, le Kazakhstan, était un des carrefours uniques sur la route entre l’Europe et l’Asie. C’est une situation avec laquelle nous sommes, en Belgique, aussi familiers. Mon pays est au carrefour de l’Europe depuis près de 2.000 ans. Nous avons bénéficié de cette position stratégique et développé un réseau dense d’infrastructures et de communications. Le Kazakhstan fait de même aujourd’hui", a-t-il expliqué lors d’une réunion d’hommes d’affaires, peu après sa rencontre avec le Président Nazarbayev.

Parcours d’obstacles

Las, la Route de la soie n’est pas pavée de roses. Des sérieux obstacles attendent l’investisseur étranger. "Le Kazakhstan est réputé difficile et compliqué pour les non-initiés", indique l’ambassadeur de Belgique Daniel Bertrand. "Pour la langue, la pratique des affaires et parce qu’il est connu pour un certain degré de corruption." La démission du ministre de la Santé, pour corruption et falsification de son bulletin de santé (!), quelques jours avant l’arrivée de la délégation belge atteste de la croisade menée pour mettre fin à cette réputation.

Autre difficulté: la complexité des lois, souvent modifiées, une bureaucratie pesante, mais aussi des exigences importantes. "Pour s’installer, les sociétés étrangères doivent conclure une joint-venture à part égale avec une entreprise kazakhe", explique Norbert Jousten, le chef de la délégation de l’Union européenne au Kazakhstan.

Une fois l’entrée réussie, non seulement l’entreprise étrangère a toutes les chances de se retrouver dans un cercle vertueux, vu les moyens importants que le pays injecte dans son économie, mais elle occupera aussi une position centrale. L’union douanière entre la Russie et le Kazakhstan, par exemple, offre une porte d’entrée sur le marché russe à celui qui s’établit ici. Un autre mérite du pays est d’assurer une réelle stabilité et de faire preuve d’une grande soif de connaissance, une grande partie de sa main d’œuvre étant retournée en Russie après la chute du Mur de Berlin. Les avantages sont là, et la patience est le maître mot. "Il faut travailler le partenaire au corps, on ne signe pas en une fois", précise Jousten.

Alain Bernard, le CEO de DEME, confirme. Il tente de s’introduire sur le marché depuis dix ans, pour y vendre ses activités de dragage et d’assainissement des sols, pollués par le pétrole. "Je suis ici pour faire de la prospection, c’est du long terme. Il faut avoir de la patience", indique-t-il. "La difficulté majeure est liée à la joint-venture 50-50. Il faut trouver un partenaire local dont tout va dépendre. C’est également important d’avoir le soutien du Ducroire qui garantit nos investissements." L

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