interview

"Les extravagances du Parti socialiste, c'est fini"

©Dieter Telemans

Dans une longue interview à L’Echo, la ministre de la Mobilité Jacqueline Galant évoque tous les sujets chauds du moment, avec le franc-parler qui la caractérise. Mauvaise gestion à la SNCB, gaspillage de l’argent public, le survol de Bruxelles ou la législation sur les drones, la MR répond sans langue de bois.

Le Syndicat autonome des conducteurs de trains (SACT), auquel environ un tiers des 3.800 conducteurs de train seraient affiliés, a suspendu son préavis de grève. Attachez-vous de l’importance au dialogue social à la SNCB?

Moi, j’ai un très bon contact avec les syndicats: on se voit tous les mois, même si je leur dis que ce n’est pas moi qui mène la concertation sociale. On a un dialogue ouvert et franc. La concertation se passe dans les organes officiels.

Cette semaine, vous avez annoncé avoir lancé un audit sur la SNCB: il va servir à quoi cet audit?

C’est un audit par rapport aux filiales de la SNCB et il porte sur trois points: les finances, les risques financiers et les procédures. On n’y voit pas très clair. Mais je le dis tout de suite: la procédure va être assez longue pour faire toute la transparence sur ces filiales, il faudra compter entre trois et quatre mois. D’ailleurs, je suis étonnée que mes prédécesseurs n’aient jamais jugé utile de lancer un tel audit.

Mais si vous lancez un audit, c’est que vous avez déjà perçu des dysfonctionnements…

J’ai lu la lettre de Jo Cornu comme tout le monde. Il y a des faits très interpellants…

Y a-t-il eu de l’argent de la SNCB qui a été gaspillé?

Oui. Et il est grand temps que la SNCB revienne sur son premier métier qui est le transport. En se dispersant comme cela, via des projets à l’étranger, on se rend compte que ça ne va pas du tout. Tous les projets qui ont été menés à l’étranger par la SNCB jusqu’ici ont été déficitaires à part la Jamaïque.

Où vous situez-vous dans la guerre que se mène le CEO Jo Cornu et le président de l’opérateur Jean-Claude Fontinoy?

J’ai rappelé aux deux personnes quel était le cadre de leur job et je leur ai demandé de ne pas interférer l’un dans le métier de l’autre et vice-versa. Le CEO est là pour gérer et le président préside. Si je dois prendre des décisions, je le ferai une fois que j’aurai les résultats de l’audit, pas avant.

Il n’y en pas un qui est plus responsable que l’autre, donc?

Pour le moment les deux ont encore ma confiance, principalement le CEO puisque c’est avec lui que je suis appelée à travailler en tant que ministre de tutelle. Ce n’est pas avec le président. Même chose avec Belgocontrol et Infrabel: je travaille en direct avec les CEO.

70 et 71 ans, c’est l’âge des patrons de la SNCB: est-ce un critère que vous prenez en compte pour les évaluer? Ne sont-ils pas trop âgés pour conduire une société comme la SNCB?

Je dirais qu’ils ont de l’expérience. Regardez à Brussels Airlines, il y a aussi un président assez âgé (Étienne Davignon, ndlr). Mais je vais proposer sous peu une réforme avec le plan de modernisation du rail, ce sera en avril et celui qui ne s’inscrira pas dans la réforme, on prendra les dispositions nécessaires…

Cette grande réforme du mois d’avril, en fait ce sont essentiellement des économies?

Oui, je ne l’ai jamais caché, on veut économiser et sauver cette entreprise. Je suis peut-être une ministre libérale, mais je pense que je suis la première qui va se battre à ce point pour sauver cette société. Déjà pour rendre leur fierté aux cheminots… Il y a encore des gens motivés qui aiment ce métier: ceux-là veulent qu’on rationalise, qu’on redonne une image positive à la SNCB. Je pense qu’il est grand temps de remettre de la gestion, de relancer le dialogue. Notamment entre la SNCB et Infrabel: il y a là des choses hallucinantes.

Par exemple?

La SNCB a réalisé un atelier à Ottignies. Hé bien, les voies pour y accéder n’existent pas. Résultat: 4 millions d’euros à la poubelle. L’atelier est là mais les trains ne savent pas y accéder. Autre exemple: la gare de Liège. Elle a coûté une fortune… mais les bureaux pour les cheminots n’ont pas été prévus. Résultat: la SNCB doit louer des bureaux et des locaux en face de la nouvelle gare de Liège. Tout ça, tous ces gaspillages, c’est fini. Les extravagances de mes prédécesseurs, et singulièrement du PS, c’est fini. Je veux une gestion saine, rationnelle et offrir un service performant.

Mais avec vos économies, vous allez mettre la corde au cou de la SNCB…

Pas du tout, c’est justement une opportunité. Il est temps que cette société réagisse et se modernise. Un autre exemple: le service ICT de la SNCB, c’est 500 personnes dont la moitié sont en fait des consultants extérieurs… À un moment, il faut rationaliser.

Vous citez la gare de Liège, mais on sait bien qu’il y a un autre projet pharaonique où des budgets doivent être trouvés: la gare de Mons. Qu’en pensez-vous?

Je pense que ce n’est certainement pas le genre d’option que j’aurais choisie. On va voir ce qu’on peut faire sur ce dossier, mais c’est un choix que je n’aurais pas fait. C’est un dossier qui pose problème, et je veux avoir une vue claire là-dessus.

Êtes-vous inquiète par les dépenses liées à la construction de la gare de Mons?

Oui, ça m’inquiète. Ce sont des dépenses folles et qui n’ont pas été concertées. J’ai par exemple inauguré la gare de Tournai: c’est un choix intelligent, une rénovation en gardant le patrimoine.

La semaine prochaine, le moratoire sur le survol de Bruxelles entre en application. Est-ce une bonne chose?

On clarifie une situation qui a été pourrie par mes prédécesseurs. Le Plan Wathelet, ça a été une décision catastrophique pour les Bruxellois, et le moratoire est une première étape. Sur le survol, je suis discrète et silencieuse, mais je peux vous assurer que j’ai fait le tour de toutes les parties prenantes au dossier. Tous ceux qui ont demandé à être reçus l’ont été. Il faut éviter d’être instrumentalisé dans ce dossier. On travaille à des mesures structurelles. Mon but n’est sûrement pas de recréer une nouvelle route, car une nouvelle route amènerait de nouveaux problèmes. Je cherche des solutions innovantes: un bon équilibre entre le développement économique de l’aéroport et les nuisances sonores. On reçoit énormément de critiques là-dessus, mais franchement, on a découvert ce dossier il y a cinq mois, alors que mes prédécesseurs n’ont fait que mettre la pagaille durant des années.

Vous avez plus de recul sur le dossier car vous n’êtes pas Bruxelloise?

Oui, ça dépassionne les débats.

Autre dossier sur lequel les passions se déchaînent: celui des drones. Quand allez-vous enfin légiférer?

L’arrêté royal va bientôt sortir, puis il y aura des consultations. Je prends mes responsabilités. Il y avait un projet de mon prédécesseur Melchior Wathelet qui ne répondait pas du tout aux demandes du secteur. Le secteur dit qu’on ne fait rien depuis trois ans, mais j’ai du tout reprendre depuis le début ou presque! Les drones, c’est un nouvel élément qui arrive dans le ciel, il y a des normes de sécurité importante, on est un petit pays avec énormément d’aéroport civils et militaires, donc on marche sur des œufs.

Mon projet répondra aux demandes du secteur. C’est un secteur primordial pour le développement économique: les agriculteurs par exemple sont très demandeurs. Pour le moment, tout le monde vole dans l’illégalité donc il est très important d’avoir un cadre légal.

La lutte contre le dumping social, notamment au niveau des chauffeurs routiers étrangers, vous avancez?

On veut accentuer le contrôle des camions, les contrôles qui sont effectués par le SPF Mobilité ne sont pas suffisants, ils sont trop spécifiques et ciblés par rapport aux papiers, il faut un contrôle global avec les douanes et l’intérieur.

Le dumping social, c’est un fléau! Avec tous ces camions étrangers qui roulent sur notre territoire, on doit intensifier les contrôles en les structurant davantage. On va se concerter là-dessus avec les syndicats aussi.

Pendant la campagne électorale, vous aviez enfoncé le clou du dumping social dans la construction…

Et je n’ai pas lâché l’affaire. C’est quelque chose qui me préoccupe en particulier. Par exemple sur un grand chantier comme la gare de Mons. Il n’y a que des Polonais qui y travaillent, parce qu’ils sont moins chers.

J’ai visité la semaine dernière une petite société de construction wallonne, il doit batailler comme un fou pour obtenir les marchés car sa main-d’œuvre à un coût 30 euros de l’heure alors que les Polonais sont moitié prix. La Région wallonne ne fait pas grand-chose…

Ça se passe bien le dialogue avec les entités fédérées?

Très bien avec la Flandre et Bruxelles, c’est en revanche plus compliqué avec la région wallonne. Le futur plan de transport doit être concerté avec les régions: tout le monde doit s’y mettre pour offrir le meilleur service mobilité possible. On a déjà cette concertation, par exemple sur les véhicules intelligents: là, la Belgique a pris du retard au niveau de la législation. Les constructeurs avancent très vite, on est en train de se mettre à niveau.

À Forest, Audi pourrait construire des voitures intelligentes, mais ils doivent aller en Allemagne pour faire leurs essais vu qu’ici il y a un vide juridique. La Wallonie devrait saisir cette balle au bond et encourager les universités à se développer là-dedans. La Flandre le fait déjà avec l’université d’Anvers.

Les propos de Bart De Wever sur la communauté marocaine à Anvers vous ont-ils choqués?

Le Premier ministre a été clair au Parlement: on dénonce ces propos racistes. Je ne cautionne pas du tout les propos de De Wever.

Didier Reynders a affirmé que les disputes incessantes entre la N-VA et le CD&V pénalisaient le gouvernement.

Je pense que ces partis ont des personnalités très fortes autour de la table, mais je trouve ce gouvernement très constructif. Je ne ressens pas la tension qu’on décrit dans les médias autour de la table du conseil des ministres.

Vous voulez dire que nous — les médias — on s’acharne sur le Fédéral, c’est cela?

Oui, c’est regrettable cet acharnement médiatique auquel le Fédéral doit faire face côté francophone. Alors que, franchement, on ferait mieux d’un peu plus regarder ce qui se passe en Wallonie. Chaque décision que ce gouvernement prend est une catastrophe pour les citoyens.

La taxation des poids lourds, ça va amener un coût supplémentaire pour les patrons. Même chose avec leurs mesures sur les titres services. Même chose dans le degré d’impréparation de la Wallonie vis-à-vis de la réforme de l’État.

Alors, à un moment donné, il faut arrêter et voir ceux qui travaillent vraiment dans l’intérêt du citoyen. En Wallonie, ils font actuellement pire que mieux, et tout ça avec une pléthore de cabinettards!

Ce sont les socialistes que vous visez, là…

L’opposition socialiste est encore délirante. La semaine dernière, j’ai encore vu Onkelinx hurler comme une folle dans le dos de Maggie De Block. Les socialistes n’arrivent pas à se calmer. Ils ont été trop longtemps dans la majorité au Fédéral, ils n’arrivent pas à passer à autre chose, à revenir à la raison. Une opposition constructive, ça nous aiderait. Mais quelle hystérie!

Et le sommet, c’est maintenant Marc Goblet qui donne des leçons de politique main dans la main avec le Parti socialiste et la mutuelle…

Cela s’appelle l’Action commune…

Moi je dis que c’est incroyable. À un moment, il va falloir regarder le financement des mutualités. C’est de l’argent public qu’on va utiliser pour les campagnes électorales du Parti socialiste. C’est quoi ça, ce n’est pas très net.

L’hystérie actuelle du PS, ça vient aussi du fait que le PTB est de plus en plus écouté à gauche. Même dans les rangs des syndicats, beaucoup se tournent vers le PTB.

Vous avez un problème avec les chiffres et les calculs? Plusieurs fois, on vous a pris en défaut…

Au début, c’est marrant, maintenant, ça commence vraiment à m’énerver. Tout le monde sait que les chiffres des économies à la SNCB, ils étaient corrects. Ce sont les interprétations qui sont différentes.

Et par rapport au Thalys wallon, là vous vous êtes trompée!

Mes chiffres sont corrects: c’est toujours comme ça que la SNCB calcule les déficits d’une ligne ferroviaire!

Mais vous avez quand même exagéré la fourchette de vos calculs pour grossir la perte du Thalys wallon!

Mais pas du tout! Ce sont les calculs de rentabilité de la SNCB qui sont faits de cette manière. Maintenant, ça commence à bien faire. Je n’ai aucun problème avec les calculs.

J’ai géré la commune de Jurbise en étant bourgmestre pendant plus de quinze ans; c’est une des communes les mieux gérées de Wallonie, je n’ai pas de déficit.

C’est l’opposition qui instrumentalise tous ces chiffres et je trouve ça dommage que Paul Magnette, qui est censé être le ministre-président d’une région, passe son temps à me caricature sur des chiffres. Il n’a rien de mieux à faire pour la Wallonie? Qu’est ce qu’il fait ce gouvernement?

Le vice-président du gouvernement wallon, Maxime Prévot, n’a même pas pris la peine de venir à l’inauguration du système de sécurité ultramoderne mis en place à Namur. Au lieu de ça, on préfère parler du Thalys wallon qui est pris par 40 personnes…

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