Les gens quittent toujours trop tôt le marché du travail

Guy Quaden

D’ici 2060, les charges liées au vieillissement de la population augmenteront de 6,3% du PIB, soit 21,2 milliards d’euros.

 

Les charges liées au vieillissement  de la population représenteront  31,8% du produit intérieur brut en 2060 contre 25,5% aujourd’hui, selon le dernier rapport du Comité d’étude sur le vieillissement (CEV). Soit un différentiel de  6,3%, en très légère hausse (+0,1%) par rapport aux calculs qui avaient été fait en 2009 pour la même période. Ce scénario se base sur une hausse de 1,5% de la productivité, et sur une hausse de deux ans de l’âge effectif de départ à la retraite.

 L’année dernière pourtant, le CEV – en se basant sur les mêmes hypothèses – avait évoqué une hausse des coûts budgétaires liés au vieillissement de 8,2% du PIB, mais sur la période 2008-2060, soit en incluant la forte hausse des dépenses sociales liées à la crise économique. La charge, à terme, du vieillissement n’était d’ailleurs alors estimée "qu’à" 31,3% du PIB...

Aujourd’hui, les prévisions ont absorbé le choc de la crise, mais il n’empêche que la part du PIB qui devra être affectée au soutien des politiques  sociales liées au vieillissement – pensions et soins de santé en tête – ne cesse de s’alourdir. A titre de comparaison, ces 6,3% représentent 21,2 milliards qu’il faudra dégager à terme afin de garantir aux retraités des conditions de vie acceptables.

"On a  beaucoup critiqué les économistes pour ne pas avoir vu venir la crise financière, mais ce reproche, on ne pourra pas leur faire pour le choc du vieillissement, a commenté Guy Quaden, qui préside le CEV. Ce choc démographique lié à la baisse de la natalité et à la hausse de l’espérance de vie, on le voit venir depuis longtemps." 

Ce nouveau rapport, le 9ème du genre, ne  fait que confirmer les tendances apparues dans les éditions précédentes. Et les recettes suggérées par Guy Quaden sont déjà bien connues. Il tient pourtant à les répéter, à charge des partis qui formeront le prochain gouvernement de les entendre et les appliquer...

 "Il n’y a que deux bonnes façons de réduire le coût du vieillissement, dit-il: avoir une croissance économique plus forte afin de garantir notre système de sécurité sociale, et avoir davantage de gens actifs qui restent plus longtemps sur le marché du travail."

 Le gouverneur de la Banque Nationale le rappelle: les gens quittent toujours trop tôt le marché du travail: à 59,7 ans en 2009. Et le taux d’emploi des 55-64 ans reste parmi le plus faible d’Europe: 35%.  Il admet néanmoins qu’il faut tenir compte de la longueur des carrières et la pénibilité du travail. "On ne peut pas demander la même chose à quelqu’un qui commence à travailler à 18 ans ou à 25 ans", nuance-t-il. 

 Le CEV a donc pris sa calculette, et constate qu’en augmentant de  trois ans  l’âge de départ effectif à la retraite, on fait retomber la hausse du coût du vieillissement à 4,9% du PIB. Le taux d’emploi des 55-64 ans passerait lui à 62% en 2060, près du double de maintenant! "Ce n’est pas impossible à réaliser, estime Quaden, qui précise qu’en Allemagne et aux Pays-Bas, ils sont à 55%, et en Suède, à 70%. "Ce n’est donc pas une hypothèse fantaisiste, même si cela suppose un certain changement des comportements."

Une hausse de la productivité de 1,75% allégerait le coût du vieillissement de 1,1%, alors qu’une croissance dela productivité limitée à 1,25% alourdirait la charge de 1,2% du PIB.

"Il y a bien d’autres formules, comme réduire les prestations sociales ou transmettre la facture aux générations futures, mais ce serait injuste socialement, et personne ne le souhaite", conclut Quaden en renvoyant la balle au monde politique. 

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