analyse

Les informateurs prolongés, le temps que le CD&V se décide

©BELGA

Bouchez et Coens reçoivent 15 jours de plus. Objectif? Attendre que les démocrates-chrétiens se décident: avec ou sans la N-VA?

Ce sera finalement la prolongation au Fédéral. Les informateurs royaux Joachim Coens (CD&V) et Georges-Louis Bouchez (MR) poursuivront leur mission pour une durée de 15 jours. Ainsi en a décidé le Palais lundi, alors que le duo lui remettait son rapport et que les scénarios (Bart De Wever pré/informateur, prolongation de la mission orange-bleue, temporisation du Roi…) se bousculaient en fin de semaine dernière.

Mon parti a toujours dit qu'une majorité flamande était importante, non pas indispensable.
Koen Geens
CD&V

Objectif de la manœuvre? Permettre de "clarifier davantage les différentes positions" des partis toujours en lice, CD&V en tête. Avec une conclusion attendue pour le 28 janvier au plus tard, accompagnée d’un rapport intermédiaire à paraître le 20 janvier prochain, apprenait-on.

En clair, dans un rôle de démineurs, les informateurs s’attelleront désormais à voir du côté des démocrates-chrétiens s’ils entendent lier ou non leur destin à celui de la N-VA. Et ce, après que leur position ait sensiblement changé ces derniers jours, Koen Geens et Hilde Crevits rappelant ce week-end qu’il ne fallait pas lâcher les nationalistes si vite et tuant dans l’œuf le rêve de Georges-Louis Bouchez de lancer une phase de préformation cette semaine.

Les conséquences de la fuite

Cause de ce revirement? La fuite de la note (à l’état de brouillon) des informateurs dans la presse la semaine passée, qui s’est accompagnée d’une ouverture dans le chef de Bart De Wever. Le président de la N-VA avait alors déclaré, sur base d’un texte clairement plus à droite, être "très agréablement surpris". "On tient maintenant davantage compte de la réalité politique en Flandre", avait aussi commenté le chef de groupe N-VA à la Chambre, Peter De Roover.

Résultat: le consentement à reculons du CD&V autour d’une coalition arc-en-ciel élargi (alliant libéraux, socialistes, écologistes et démocrates-chrétiens), un temps portée par plusieurs, dont le PS et l'Open Vld (sous l’égide Rutten), s’était envolé au profit d’une volonté de temporisation destinée à entendre ce que dit son partenaire au gouvernement flamand.

 

Pourrissement par la N-VA?

Certains, à gauche, y voient une victoire des nationalistes qui chercheraient à pourrir la situation, alors que l’espoir d’avancée n’existe pas. D’autres estiment que les lignes pourraient bouger. Après tout, Bart De Wever a, en quelque sorte, tendu la main au PS en disant  à l’occasion de la réception de Nouvel an de la N-VA (samedi, à Malines) que le prochain gouvernement fédéral devrait mener une politique sociale plus forte avec en priorité un relèvement des plus basses pensions. Les prochaines semaines devraient permettre de déterminer la pérennité des positions de chacun.

Bart De Wever a tenu des propos beaucoup plus raisonnables. Mais est-ce que Paul Magnette est prêt à discuter? Je n’ai pas entendu le PS francophone depuis. J’aimerais une clarification.
Pierre-Yves Jeholet
Ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Pour le reste, où en est-on dans les rangs des autres formations? Les messages sont à géométrie variable. Du côté de l’Open Vld, par exemple, le lien familial qui unit le parti avec le MR a été réaffirmé, Gwendolyn Rutten et Alexander De Croo ayant assisté aux vœux du président Bouchez ce dimanche à Wavre, quand l’aile droite semble s’accommoder à l’idée d’une alliance PS/N-VA.

Du côté du sp.a, l’ex-informateur Johan Vande Lanotte a demandé lundi à ce que la formule soit à nouveau explorée – peut-être avec l’idée de regoûter au pouvoir, en ce compris en Flandre (en remplacement des libéraux) comme le lui ferait miroiter la N-VA, disent certains, alors que la nouvelle majorité serait trop courte, disent d’autres.

Du côté du MR, "Bart De Wever a tenu des propos beaucoup plus raisonnables", a lancé Pierre-Yves Jeholet, ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles. "Mais est-ce que Paul Magnette est prêt à discuter? Je n’ai pas entendu le PS francophone depuis. J’aimerais une clarification". Ecolo a rappelé son incompatibilité avec la N-VA.

Bref, de quoi rendre, dans cette composition, la bourguignonne (alliant PS et N-VA) quelque peu plus plausible, forte d’une solide majorité à la Chambre (80 sièges), dans les deux groupes linguistiques avec le plus gros parti de chaque côté. Oui… sauf que le PS n’en veut pas, avait déjà lancé Rudy Demotte (PS). Un "niet" – qui pourrait peser sur la relation avec le sp.a – encore répété dimanche à Tournai par le président du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Et ailleurs au parti. Et ce car "parler d’ouverture, comme le font certains, de la part de la N-VA quand elle veut du dentifrice flamand pour oublier le goût de la note Magnette, c’est risible", taclait-on lundi encore au Boulevard de l’Empereur.

Koen Geens: "Nous sommes des gens constructifs"

Le vice-Premier ministre CD&V Koen Geens était en radio ce mardi matin, sur Bel RTL. En sait-on plus sur les intentions de son parti? Pas vraiment. "Mon parti a toujours dit qu'une majorité flamande était importante, non pas indispensable", précise-t-il. Il préfère insister sur le contenu à discuter. Pour le CD&V, l'important, c'est l'éthique, le socio-économique et la réforme de l'État. "Nous sommes des gens constructifs", insiste-t-il.

"Nous sommes dans un pays qui n'est pas le plus simple mais le plus beau. Si on vous dit de prendre au sérieux Bart De Wever, il faut le prendre au sérieux, sinon ce n'est pas correct." Il insiste donc pour que soient testées "sérieusement" les hypothèses envisagées par les deux informateurs, le CD&V Joachim Coens et le MR Georges-Louis Bouchez.

Quant à savoir si Koen Geens est candidat Premier ministre... "C'est une question extrêmement subsidiaire!"

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés