Les informateurs royaux ouvrent la porte à la prolongation du nucléaire

Les informateurs royaux Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V) évoquent dans leur note la possibilité de réduire de -55% à -35% l'objectif de baisse d'émissions de CO2 à horizon 2030. ©Tim Dirven

Dans leur note provisoire, Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens reviennent à un objectif de -35% d'émissions de CO2 d'ici 2030 en Belgique, au lieu des -55% évoqués par Paul Magnette. Sinon, il faudra envisager le prolongement du nucléaire, préviennent-ils.

La sortie du nucléaire est prévue pour 2025, c'est inscrit dans la loi. Cependant, avec l'intensification des exigences des objectifs en terme de décarbonation de l'économie et, plus largement, avec l'importance croissante prise par la transition énergétique dans le débat public, la date butoir pour la fermeture des réacteurs apparaît de plus en plus compromise.

C'est dans cette optique que les informateurs royaux, Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V), ont abordé le sujet dans leur note provisoire. Alors que Paul Magnette (PS), l'informateur précédent, avait, lui, fait une priorité d’une politique climatique plus ambitieuse et voulait réduire les émissions de CO2 de 55% d’ici 2030, Bouchez et Coens maintiennent l’ambition à 35%. 

Le nucléaire pour atteindre les -55% d'émissions de CO2

Si une hausse de l'objectif de décarbonation est envisagée, la question d'une prolongation du nucléaire belge pourrait se poser.
Note des informateurs

Par contre, dans le cas où l'objectif initial de réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre devait être poursuivi, les deux hommes apparaissent remettre la question de la prolongation des réacteurs nucléaires du pays sur la table.

"Si la Belgique s'inscrit dans un objectif de 55% de gaz à effet de serre en moins par rapport à 2005 qui s'applique au niveau de l'ensemble de l'UE, il faudra mettre en balance la question du coût de l'énergie pour les consommateurs (entreprises et citoyens) et la sécurité d'approvisionnement du pays. Si une hausse de l'objectif de décarbonation est envisagée, la question d'une prolongation du nucléaire belge pourrait se poser", lit-on dans la note des informateurs. 

Interrogé par nos soins, Ecolo, dont la position sur la prolongation sur le nucléaire est connue, n'a pas souhaité commenter la note dans cette phase préparatoire. En décembre dernier, le ministre wallon de l'Énergie, Philippe Henry (Ecolo) s'exprimait sur la question dans nos colonnes, plaidant pour la fermeture des centrales. "Le problème, c’est que le secteur du nucléaire ne souhaiterait pas une prolongation d’un an ou deux mais de vingt ans. Et ça ne permettrait pas la transition énergétique", avait alors déclaré le ministre Henry.

Des centrales au gaz pour garantir la sécurité d'approvisionnement

Avec la prolongation du nucléaire, de nombreuses question s'élèvent: combien de réacteurs prolonger? Lesquels? Pour combien de temps? S'il est prématuré de demander aux informateurs royaux et aux autres responsables politiques d'y répondre, ces questions risquent bien de s'imposer à l'agenda politique dans les mois à venir.

Selon nos experts, il serait préférable - car moins cher, plus écologique et plus réalisable - de garder ouverts deux, peut-être trois, réacteurs. Mais c'est vous [le gouvernement] qui décidez.
Johnny Thijs
Président du CA d'Engie Electrabel

Mais aussi, et en cas de non-prolongation cette fois, la garantie de la sécurité d'approvisionnement, priorité absolue pour les autorités, nécessiterait de sérieux ajustements afin de combler le manque suscité par la fermeture des réacteurs. En 2019, les unités de production nucléaires ont, en effet, représenté près de 48,8% du mix énergétique. Dans le cas où les réacteurs seraient effectivement fermés en 2025, il reviendrait vraisemblablement aux centrales à gaz de combler le vide

Pour Johnny Thijs, il faudra construire de nouvelles centrales au gaz en cas de sortie du nucléaire. ©Kristof Vadino

Johnny Thijs, le président du conseil d'administration d'Electrabel, s'est d'ailleurs exprimé à ce sujet le 7 janvier dernier dans les colonnes de l'hebdomadaire Trends. Le nouvel homme fort de la filiale belge d'Engie y expliquait la nécessité de construire de nouvelles unités de production au gaz en cas de sortie du nucléaire à l'horizon 2025. Et, le cas échéant, Johnny Thijs souhaite qu'Electrabel soit mis en charge de la construction de la moitié de ces nouvelles centrales.

Défenseur de la prolongation des centrales nucléaires du pays, Johnny Thijs a tenu à rappeler qu'il appliquerait les décisions du prochains gouvernement et a tempéré ses propos habituels sur la question, déclarant: "Nous ne plaidons donc pas pour la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires. Nous déposons le dossier complet sur la table du gouvernement: selon nos experts, il serait préférable - car moins cher, plus écologique et plus réalisable - de garder ouverts deux, peut-être trois, réacteurs. Mais c'est vous qui décidez".


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