Les libéraux francophones vont jeter leurs forces dans la bataille wallonne

L’enjeu stratégique de la campagne électorale ne se situera pas à cet échelon de pouvoir mais bien à l’étage régional. C’est là – et singulièrement en Région Wallonne – que le MR va jeter toutes ses forces dans la bataille. ©BELGA

La stratégie bleue pour 2019 se dessine: peu importe le résultat, le MR est (quasi) incontournable au Fédéral. Dès lors, c’est à l’échelon régional qu’il va s’agir de performer.

C’est un casse-tête qui n’en est pas vraiment un tant il est vrai que les opinions des pontes libéraux vont dans le même sens à ce sujet. Plusieurs réunions des dirigeants du MR ont déjà eu lieu pour définir et lisser la stratégie de campagne électorale en vue du triple scrutin de 2019 (législatif, régional et européen) et les choses se dessinent doucement. Bien entendu, à la Toison d’Or, on vous répondra que ce n’est pas le sujet, que tout le monde est concentré sur les élections locales, que ci, que ça, qu’on met la charrue avant les bœufs, bref, circulez, il n’y a encore rien à voir.

Sauf que voilà: les communales, ce sont les zakouski, les plats de résistance, c’est bien en 2019 et il faudra performer. Du coup, les bouliers compteurs tournent à plein régime. S’il ne l’a pas encore énoncé ouvertement, il est évident que l’actuel locataire du 16, rue de la Loi, Charles Michel, enfilerait bien le dossard de Premier ministre pour une seconde législature. L’appétit vient en mangeant et le Wavrien a déjà quelques projets dans ses cartons pour un autre mandat – ça va du pacte d’investissement jusqu’à une nouvelle réforme fiscale.

Ce qui apparaissait incongru, une coalition d’un seul parti francophone avec trois formations flamandes, ne l’est plus réellement pour personne et, sans juger du fond, on n’entend plus les cris d’épouvante de 2014, lorsque cette coalition était appelée "la kamikaze". Bref, en un mot comme en cent, un gouvernement Michel II apparaît plausible sinon probable après 2019. Les trois partis flamands, dont la N-VA, n’ont d’ailleurs pas énormément d’alternative en vue: numériquement, la gauche flamande n’est pas en forme olympique et, politiquement, imaginer la N-VA ou l’Open Vld en coalition avec Groen et/ou le sp.a apparaît hautement improbable.

Les scénarios possibles

Mais – direz-vous à raison – il y a des élections, tout de même… Voyons donc les scénarios possibles. Prenons même le "worst case scenario" pour les libéraux francophones: ils se ratatinent, s’écrasent complètement au Fédéral, pénalisés par des électeurs effrayés par leurs réformes. À cet effondrement électoral de la maison bleue, imaginons, par exemple, un carton hypothétique du Parti socialiste d’Elio Di Rupo. Voilà le boulevard de l’Empereur qui se retrouve avec les cartes fédérales en main. Et avec qui doit-il jouer la partie pour former un gouvernement? Avec la N-VA de Bart De Wever… Or celui-ci est plus que jamais arc-bouté sur sa position: si des discussions doivent avoir lieu avec le Parti socialiste, alors ce sera pour liquider la Belgique, ou a tout le moins la dépiauter de quelques attributs. En clair: négocier une nouvelle importante réforme de l’Etat.

Et qui revient dans le parcours, dès lors, s’il s’agit d’aller chercher les deux tiers des parlementaires pour négocier une réforme de l’Etat? Les libéraux francophones. C’est cynique, mais c’est comme cela.

Donc, en résumé, aux prochaines législatives:

-S’il cartonne, le MR peut reconduire la majorité actuelle.

-S’il fait du surplace, il peut la reconduire voire l’étendre, par exemple, au cdH.

-S’il se plante, il reviendra par la fenêtre, appelé à la rescousse pour négocier une nouvelle réforme de l’Etat.

Dès lors, et assez paradoxalement pour un parti qui gère le Fédéral depuis 4 ans, l’enjeu stratégique de la campagne électorale ne se situera pas à cet échelon de pouvoir mais bien à l’étage régional. C’est là – et singulièrement en Région Wallonne – que le MR va jeter toutes ses forces dans la bataille, entre autres en y positionnant le maximum de ses poids lourds.

Faire mieux en Wallonie sera difficile

L’affaire est loin d’être pliée: avec 25 parlementaires wallons, les libéraux avaient réalisé une performance historique à Namur (ils venaient de 19): la barre est haute et faire mieux sera difficile, malgré la visibilité que leur confère l’actuelle majorité. Les libéraux ne font pas mystère qu’ils souhaiteraient prolonger l’actuelle coalition avec le cdH, il va donc falloir sortir les rames et se faire mal aux biceps, les résultats des centristes en Wallonie, après le retournement d’alliance de juin 2017, étant difficiles à prévoir.

Ajoutez à cela la mise sous tension des différents partis due à l’arrivée de DéFI en Wallonie. Le parti amarante va grappiller quelques précieux pour-cent même si l’émiettement des listes et leur multiplication favorisent les grands partis comme le PS et le MR.

Le même exercice est envisagé pour la Région bruxelloise mais l’équation politique est différente. Primo, les résultats bruxellois sont moins impactants et orientent moins les autres coalitions et négociations que les wallons. Secundo, il faut tenir compte des résultats des partis flamands. Tertio, alors qu’en Wallonie le MR est largement servi rayon personnalités de premier ordre, à Bruxelles, il n’en compte aucune à part Didier Reynders, qui a déjà acté le fait qu’il figurerait en tête de liste pour les législatives.

Last but not least, la question de la place du Premier ministre stricto sensu. Mettre toutes ses forces en Région, à voir si dans la pratique cela impliquera que le Premier ministre aille lui aussi à l’échelon wallon (ou régional bruxellois…? "scénario jamais discuté", dit-on au MR), ce qui serait tout de même assez surprenant. Une tête de liste européenne permettrait en revanche à Charles Michel de porter la bonne (?) parole libérale partout en Wallonie et à Bruxelles.

Les boutiques de paris sont ouvertes, les numéros ont été attribués, il va y avoir du sport.

Les libéraux ne cachent pas qu'ils aimeraient voir leur alliance avec le cdH prolongée en Wallonie. ©BELGA

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