Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens nommés à leur tour informateurs.

Que de temps perdu à en gagner! Alors qu’on vient de franchir le cap des 200 jours après les élections législatives, une nouvelle séquence s’est ouverte cette semaine avec la mission d’information confiée à Joachim Coens et Georges-Louis Bouchez, les nouveaux présidents du CD&V et du MR. Au passage, on remarquera que ces deux personnalités n’ont pas été élues le 26 mai dernier (Coens ne s’est pas présenté, Bouchez n’a pas obtenu de siège).

Le tandem doit convaincre – et d’abord se convaincre – que la formule de coalition la plus praticable désormais est un "arc-en-ciel" (socialistes, verts, libéraux) élargi aux démocrates-chrétiens flamands. Comme le CD&V a crié sur tous les toits, jusque tout récemment, qu’un gouvernement fédéral avec la N-VA avait sa préférence, il lui faut du temps pour retourner sa veste sans avoir l’air trop ridicule… Il faut du temps, aussi, pour que l’Open Vld resserre les rangs et opte pour cette formule inédite à sept. Les sorties médiatiques de Bart De Wever, insultant les francophones et le président du PS Paul Magnette, vont leur donner un petit coup de pouce et viennent confirmer ce que le ministre libéral flamand Bart Somers disait déjà le 24 novembre dernier: la N-VA a clairement choisi l’opposition.

Pour éviter que la formation d’un gouvernement fédéral ne prenne des plombes, certains émettent l’idée de copier les pays qui imposent un délai légal.

Ainsi va la vie politique belge, où il faut bien souvent donner du temps au temps afin que les astres s’alignent enfin, alors que la configuration de la Chambre des représentants est connue depuis le soir du 26 mai. Après les élections, il a ainsi fallu du temps pour que les gouvernements régionaux soient formés, du temps pour tenter une alliance PS/N-VA, du temps pour que des partis se choisissent de nouveaux présidents…

Savoir jouer avec le temps est un atout en politique. La Belgique est passée maîtresse en négociations marathons et en accords conclus au bout de la nuit. On s’enferme, on négocie pendant des heures, et les plus résistants jouent sur la fatigue et la lassitude des autres participants pour arracher l’une ou l’autre concession. Autre exemple, quoique plus rare chez nous: la flibuste, technique d’obstruction parlementaire consistant à monopoliser la parole pour retarder l’adoption d’un texte et donc sa mise en œuvre.

La pression d’une "deadline" peut également être une autre façon de jouer avec le temps. Pour éviter que la formation d’un gouvernement fédéral ne prenne des plombes, certains émettent l’idée de copier les pays qui imposent un délai légal. En Israël, par exemple, le formateur a d’abord 28 jours pour constituer son exécutif. En cas d’échecs répétés, au bout d’une procédure d’une centaine de jours (on vous passe les détails), le retour aux urnes est automatique. Mais c’est une fausse bonne idée. Et l’exemple israélien est justement très parlant: la classe politique du pays est incapable de s’entendre et on s’y dirige vers les troisièmes élections législatives en moins d’un an.

La façon dont une personnalité se sert du temps est également riche en enseignements. Illustration royale: depuis le 26 mai, le souverain n’en perd jamais pour mener ses consultations et procéder aux nominations des informateurs successifs. Manifestement, dans cette crise politique, le Palais ne veut en aucun cas donner l’impression de traîner en longueur. Il s’agit de renvoyer une image de responsabilité et de maîtrise.

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