interview

"Les nationalistes flamands n'ont pas le courage des Catalans"

©BELGA

Le député fédéral Kristof Calvo (Groen) tacle sévèrement la N-VA qu'il accuse de manquer de courage, contrairement aux indépendantistes catalans qui osent afficher leurs convictions. Il parle aussi du parti nationaliste flamand comme d'un Vlaams Belang light.

Ce garçon-là est une curiosité comme seule la nature sait en produire. Fer de lance de la vague verte flamande, poil-à-gratter, tendance bien collant, d’un gouvernement fédéral qu’il cloue chaque jeudi de séance plénière au pilori avec ses tirades et sa gestuelle cinglantes, le député fédéral Kristof Calvo (Groen) n’aime rien de plus que parler… ballon rond. C’est ce qu’on peut (encore) vérifier ce jeudi matin alors qu’on lui rend visite dans sa bonne ville de Malines.

"C’est un scandale que Radja Nainggolan ne figure pas dans cette équipe belge."

Il fait froid, mais il est chaud: "C’est un scandale que Radja Nainggolan ne figure pas dans cette équipe belge, fulmine-t-il. Franchement, si on considère l’affaire sur un plan purement sportif, son maintien à l’écart du groupe des Diables Rouges ne tient pas la route." Depuis lors, il a été entendu puisque le sélectionneur Martinez a annoncé qu’il reprenait le "ninja" Nainggolan parmi les Diables Rouges.

Football: Calvo sait de quoi il parle, ex-footballeur d’un niveau plus que correct (chez les jeunes du KV Mechelen), il a déserté le terrain il y a quelques années pour sauter à pieds joints dans la politique.

Des origines catalanes

Kristof Calvo, donc. Ou plutôt Kristof Calvo y Castaner, enfant du pays catalan. Papa Calvo débarque de Barcelone à l’âge de six ans dans la cité d’Anvers. "À la maison, les parents nous ont toujours parlé et éduqué en néerlandais, je ne parle pas bien le catalan", dit-il, attablé devant une tasse de café fumante.

"Aujourd’hui, la N-VA est devenue parfois une sorte de Vlaams Belang light."

"Quand on parle de la Catalogne, chez nous, c’est avant tout pour soutenir le FC BarceloneToute cette histoire est une histoire espagnole, c’est entre les Catalans et les Espagnols et tout cela doit se résoudre dans le dialogue entre Madrid et Barcelone. Pour vous le dire très franchement, je comprends le désir d’indépendance des Catalans mais je ne l’appuie pas non plus."

La NV-A "n’a pas le courage de ses opinions"

À peine quelques minutes d’interview et Kristof Calvo sort la kalachnikov contre sa cible préférée: les nationalistes flamands de la N-VA. "La N-VA n’a pas le courage de ses opinions, elle n’a pas le courage des indépendantistes catalans qui, eux, osent poser la question de l’indépendance de la Catalogne au peuple catalan. Ici, la N-VA ne le fait pas."

"La N-Va, ce sont des nationalistes commerçants qui vont où va le vent."

"Et elle ne le fait pas pour une simple et bonne raison: il n’y a pas 10% des Flamands qui sont en faveur de l’indépendance de la Flandre. Elle se prendrait une baffe magistrale en posant cette question qui figure pourtant comme article 1 de ses statuts. Mais elle n’a pas le courage de ses opinions, ce sont des nationalistes commerçants qui vont où va le vent."

"Aujourd’hui, la N-VA est devenue parfois une sorte de Vlaams Belang light. Il y a bien sûr encore des différences importantes mais trop souvent les deux partis partagent les mêmes opinions. D’ailleurs, pourquoi pensez-vous que le Belang est inaudible en Flandre. Simplement parce que la N-VA occupe tout son espace. La N-VA monte les gens et les communautés les unes contre les autres, c’est le règne de la division, un projet qui est aux antipodes du nôtre."

Et il poursuit: "Une crise comme celle qu’on a vécue mérite d’être traitée par un Premier ministre en bonne et due forme et pas par le compte Twitter de Theo Francken. Je connais bien Francken, on a commencé ensemble au Parlement, c’est un grand talent politique. Mais il pourrait mieux employer son talent que ce qu’il fait maintenant. Allez, dans l’affaire des Soudanais, avec la mission de vérification des autorités soudanaises, il est allé beaucoup trop loin."

"Theo Francken est un grand talent politique. Il devrait mieux utiliser son talent."

Une courte pause. Et il repart à l’assaut de la forteresse nationaliste flamande: "Le fait que Francken soit aussi populaire en Wallonie, ça prouve qu’on n’est pas dans deux démocraties différentes comme la N-VA essaye de le faire croire. Le fait que le saut d’index soit combattu tant au nord qu’au sud, le fait que Flamands et francophones souhaitent davantage taxer les grosses fortunes. Tout ceci démontre qu’il existe des Belges même si les défis et les sensibilités peuvent être différents. Je suis fier d’être dans un pays où on sait encore se parler entre communautés et travailler ensemble. Je pense que le modèle belge est plutôt un modèle d’avenir qu’un modèle à casser comme le veut la N-VA."

À ce stade, il est peut-être utile de rappeler au golden-boy vert qu’il dirige la Ville de Malines dans une coalition de trois formations politiques: Groen, Open Vld et… N-VA.

N’attendez pas, pourtant, que le sieur Calvo se démonte. "À Malines, cela n’a pas grand-chose à voir: l’ossature de la coalition est entre nous et les libéraux depuis trois législatures et la N-VA a été ajoutée plus récemment. Tout le monde convient que le vivre ensemble est quelque chose qui a été amélioré ces dernières années à Malines même si, c’est vrai, il nous reste quelques progrès à faire."

"Nous avons dépassé ce clivage gauche-droite"

Assez parlé de la N-VA, parlons Groen, la petite formation politique qui monte, côté flamand, de sondage en sondage. Groen a scellé une liste commune avec les socialistes flamands à Anvers en vue de s’emparer du maïorat anversois. Et ressurgit une question que l’on se pose souvent au sujet des verts, tant flamands que francophones, sont-ils de gauche?

©Saskia Vanderstichele

Calvo louvoie. Un temps. "Bon, finit-il par admettre, c’est clair que les racines de l’écologie politique sont à gauche mais je pense qu’aujourd’hui nous avons dépassé ce clivage gauche-droite. L’écologie politique, aujourd’hui, c’est prendre le meilleur du libéralisme, le meilleur du socialisme et ajouter à cela une dimension environnementale cruciale qui est le combat majeur de ce siècle: la lutte contre le réchauffement climatique comme la lutte pour la sécurité sociale était le combat politique du siècle dernier."

Il réfléchit (pas trop longtemps, c’est la marque de fabrique du frénétique Calvo). "L’importance du thème du climat dans l’opinion publique aujourd’hui est certainement un des thèmes qui pousse l’écologie politique. Après, on est sans faille sur la vigilance parlementaire. Les gens respectent notre travail à ce niveau-là."

Il refuse pourtant de donner un chiffre idéal, un score qu’Ecolo et Groen pourraient atteindre lors des prochaines élections. "En politique belge, on doit toujours progresser via des paliers sinon tout s’effondre", dit-il. Ecolo, qui avait explosé tous les scores au moment de la crise de la dioxine en 1999 avant de retomber dans les limbes de la politique, en sait quelque chose.

On le taquine sur une de ses récentes déclarations: Calvo, Premier ministre Groen. "Ce n’est pas l’idée: je préfère que nos thèmes s’imposent à l’agenda politique plutôt qu’être un Premier ministre sans pouvoir."

Une invitation au gouvernement Michel

Le Premier ministre Charles Michel, justement, qu’en pense-t-il? "Il peut mieux faire. Certainement. Je respecte sa combativité parlementaire, quelque chose qu’on n’avait pas du tout avec Di Rupo Premier ministre. Si Michel vient au Parlement, il débat. Il y a un autre point de fond sur lequel nous voulons travailler avec le gouvernement: c’est le plan d’investissement."

"La mobilité a été complètement oubliée par ce gouvernement. On a eu Jacqueline Galant, on a François Bellot, on ne peut pas dire que la mobilité soit un succès de ce gouvernement."

"Nous sommes persuadés que c’est une manière de nous en sortir; quand il y a des choses positives, on le dit, on a toujours supporté cela et on a rédigé notre propre plan. Je ne peux que demander à Charles Michel d’inviter l’opposition au 16, rue de la Loi pour évoquer ensemble ce plan d’investissement. Il y a du potentiel dans ce pays et on veut le développer."

"Allez, sur le socio-économique, la mobilité, par exemple, a été complètement oubliée par ce gouvernement. On a eu Jacqueline Galant, on a François Bellot, on ne peut pas dire que la mobilité soit un succès de ce gouvernement. Nous, c’est le cœur de notre projet: diminuer le temps que les gens passent dans les trajets chaque jour. J’ai connu Sophie Dutordoir comme chef d’Electrabel à l’époque où on nous cachait tout sur le nucléaire."

"Maintenant, subitement, elle aurait découvert les vertus de la transparence et de la communication. Soit. J’invite vraiment le gouvernement à travailler avec nous sur des projets d’investissement à long terme, main dans la main. Je me rends au comité stratégique du plan quand ils le souhaitent en compagnie de Jean-Marc Nollet."

"La majorité actuelle ne va probablement pas rester en place jusqu’en 2030, or ce pays a besoin d'un vrai travail où l’on pense les choses à un plus long terme que six mois."

"Parce qu’on pense beaucoup à remplacer les F-16 ou à construire des prisons, mais sur la mobilité douce, le pas n’a pas été franchi par ce gouvernement. On peut écrire cette page-là au-delà des clivages majorité-opposition. Soyons lucides: la majorité actuelle ne va probablement pas rester en place jusqu’en 2030, or ce pays a besoin de projets à long terme, une collaboration entre tous les partis, un vrai travail, tous ensemble où l’on pense les choses à un plus long terme que six mois."

Sur la bataille d’Anvers qui se dessine entre d’un côté le cartel Groen/sp.a et de l’autre la N-VA, Calvo jure que la seule ligne de conduite, c’est le mieux-être des Anversois. Et il en remet une couche sur la N-VA au passage: "Le problème de Bart De Wever, c’est qu’il est davantage président de parti que bourgmestre. Il a trop lu de livres sur la Rome antique, là où les empereurs s’affrontaient sans arrêt: du coup, il est sans arrêt dans le conflit. Ce n’est pas cela que les gens attendent d’un bourgmestre. De Wever est un bon président de parti mais c’est un mauvais bourgmestre."

Et il revient sur le football. "Tu es plutôt pour Anderlecht, toi?"

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