Les néo-présidents de la Vivaldi manquent-ils d'expérience?

Georges-Louis Bouchez et Conner Rousseau. Jeunes et néo-présidents: en négo, ça aide ou pas? ©Georges Louis Bouchez

La plupart des négociateurs de la Vivaldi n'étaient pas présidents de parti il y a un an. Dans cette crise politique fédérale, ce n'est pas un détail.

Ils manquent d'expérience. On a entendu cette réflexion plus d’une fois, au fil de ces négociations si houleuses autour d'une coalition "Vivaldi" (PS-sp.a, MR-Open Vld, Ecolo-Groen, CD&V). Correct?

Il est vrai qu’autour de la table, il y a de la jeunesse et même beaucoup. À la présidence des partis associés à la cause, on recense deux quinquas (Joachim Coens, 54 ans; Jean-Marc Nollet, 50 ans), trois quadras (Paul Magnette, 49 ans; Meyrem Almaci, 44 ans; Egbert Lachaert, 43 ans), deux trentenaires (Georges-Louis Bouchez, 34 ans; Rajae Maouane, 31 ans) et le benjamin de la bande (Conner Rousseau, 27 ans). Moyenne d’âge: 41 ans et demi. Ce doit être un record de jeunesse dans l’histoire du pays.

41,5
ans
De Joachim Coens (54 ans) à Conner Rousseau (27 ans), l’âge moyen des présidents de parti négociant la coalition "Vivaldi" est de 41,5 ans.

Et alors, où est le problème? C’est bien connu, le talent, l’intelligence n’attendent pas le nombre des années. Sans compter qu’on peut toujours compenser en s’entourant de collaborateurs chevronnés. Tout ceci est parfaitement vrai mais il reste que, à 30 ans, on a moins eu l’occasion de participer à de grosses négos au sommet qu’à 50 ou 60 ans.

Plus pertinente que l’âge est l’expérience dans la fonction. Et là, c’est beaucoup plus net: à l’exception de Meyrem Almaci (en place depuis 2014) et Jean-Marc Nollet (depuis 2018), tous ont enfilé le costume de président dans les douze derniers mois, le dernier étant Egbert Lachaert (en mai dernier). C’est-à-dire après les élections de mai 2019.

On a bien affaire à des néo-présidents. «C’est vrai et en même temps, il faut relativiser», estime Jean Faniel, directeur général du Centre de recherche et d’information socio-politiques (Crisp). « Par exemple, Paul Magnette a été ministre-Président wallon et a déjà présidé le parti socialiste ad interim quand Elio Di Rupo était Premier ministre, bref il a une expérience certaine en matière de négociations. »

Hormis Meyrem Almaci et Jean-Marc Nollet, tous ont enfilé le costume de président dans les douze derniers mois, après les élections de mai 2019.

Idem pour Jean-Marc Nollet, qui a été plusieurs fois ministre et a été le sherpa de Jacky Morael en 1999 pour la formation de la coalition arc-en-ciel de Guy Verhofstadt. "Il connaît bien, à la fois son parti et les négociations de haut niveau. Les autres, c’est vrai, ont moins d’expérience. Quoique: Georges-Louis Bouchez est passé par le cabinet de Didier Reynders et a une pratique des réunions en cabinet et inter-cabinets. Un Egbert Lachaert ou un Conner Rousseau ont probablement moins d’expérience que lui."

Bref, ils ne sont pas tous si novices que ça, les protagonistes de la Vivaldi. Si leur inexpérience relative complique les discussions par moments, il faut surtout voir la complexité de l’équation qu’ils ont devant eux, souligne Jean Faniel. Le problème est d’abord qu’ils sont nombreux ("être sept autour de la table, cela multiplie les sources de blocage") et surtout "face à des problèmes colossaux, bien plus importants que lors d’une formation de gouvernement classique: sur fond de crise sanitaire, on parle ici de l’avenir de l’économie belge et même du pays. C’est ce cocktail d’ingrédients qui rend leur tâche spécialement compliquée".

Ces néo-présidents doivent asseoir leur légitimité en interne, prouver à leurs troupes qu’ils ont bien défendu leurs couleurs. De quoi les rendre légèrement tendus.

Et puis, point tout sauf négligeable, ces néo-présidents "doivent asseoir leur légitimité en interne". Expérimentés ou pas, "ils vont devoir prouver qu’ils ont bien défendu leurs couleurs et faire en sorte que le projet de gouvernement soit acceptable par leurs troupes".

Avant qu’un quelconque exécutif ne voie le jour, des congrès de participation devront en effet approuver le programme négocié. Et ça, ce sera le premier grand test pour les néo-présidents. De quoi les rendre légèrement tendus.

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