interview

"Les patrons sont déçus" (Voka)

©BELGIAN

L'administrateur délégué de la fédération patronale flamande appelle à ne pas hypothéquer les acquis.

Les patrons flamands se préparent pour une longue période d’incertitude. Hans Maertens, administrateur délégué du Voka, l’organisation patronale flamande, appelle le gouvernement d’affaires courantes à ne pas hypothéquer les acquis et les partenaires sociaux à prendre leurs responsabilités dans la perspective d’un nouvel accord salarial. Entretien.

Quels sont les risques que les affaires courantes font peser sur les entreprises?

"Le premier risque, c’est que les décisions qui ont été prises ne soient pas exécutées."

Le premier risque, c’est que les décisions qui ont été prises ne soient pas exécutées. Je pense au "jobsdeal" qui vise à renforcer le marché de l’emploi, par le biais par exemple d’accords de coopération pour favoriser la mobilité interrégionale. Il y a aussi le budget mobilité et le Code des sociétés. Tout cela est désormais mis à l’arrêt. À côté de cela, il y a deux dossiers aigus: le Brexit et le risque de black-out énergétique en janvier ou février prochain. Nous appelons le gouvernement en affaires courantes à suivre ces dossiers de près.

Le gel du Pacte énergétique n’est-il pas au contraire une bonne nouvelle pour vous ?

Non, le Pacte énergétique est important pour nous. Les entreprises demandent que l’on fixe une norme énergétique pour mesurer les efforts à fournir et pour maintenir ces efforts dans un cadre réaliste.

Quel dossier aujourd’hui remisé au frigo pourrait vraiment causer du tort aux entreprises ?

C’est surtout le gel du "jobsdeal" qu’il faut redouter. Les entreprises ont un urgent besoin de main-d’œuvre pour honorer leur carnet de commandes et pour assurer leur croissance.

Des élections anticipées sont-elles préférables à une période d’affaires courantes pouvant aller jusque mai ou septembre 2019 ?

Nous partons du principe que nous entrons dans une période longue d’incertitude politique. Ce n’est en aucun cas une bonne chose, que ce soit sous le régime des affaires courantes ou dans le cadre d’une campagne électorale. Nous ne nous prononçons pas sur lequel des deux scénarios serait préférable. Le 4 décembre dernier, au plus fort de la tension autour du pacte migratoire, nous avons appelé dans un communiqué à mettre la priorité sur le socio-économique. Après, lorsque le gouvernement s’est retrouvé en position minoritaire, nous avons demandé de terminer la mise en œuvre des réformes socio-économiques. Aujourd’hui, nous demandons de ne pas hypothéquer les acquis. En affaires courantes, le risque existe en effet que des nouvelles mesures soient prises, en s’appuyant par exemple sur des majorités alternatives, et qui ne soient pas cohérentes avec les mesures qui ont été prises antérieurement.

"C’est surtout le gel du "jobsdeal" qu’il faut redouter. Les entreprises ont un urgent besoin de main-d’œuvre pour honorer leur carnet de commandes et pour assurer leur croissance."

La chute du gouvernement va-t-elle avoir un impact sur la concertation sociale et les travaux du Groupe des Dix ?

Le Voka n’est pas membre du Groupe des Dix qui réunit les instances fédérales. Mais nous suivons les choses de près et il est certain que cette crise aura un impact sur la concertation. Nous plaidons pour une approche rationnelle. C’est au Conseil Central de l’Economie de fixer la marge pour les hausses salariales. À partir de là, patrons et syndicats vont devoir examiner ce qui est réalisable et ce qui ne l’est pas. Il importe de suivre les règles du jeu. Nous verrons après le Nouvel An quel sera l’état d’esprit autour de la table.

Justement, les syndicats ne vont-ils pas se sentir revigorés par les déboires du gouvernement Michel et aspirer à une revanche ?

"Nous plaidons pour une approche rationnelle. C’est au Conseil Central de l’Economie de fixer la marge pour les hausses salariales."

Une négociation salariale est toujours un exercice difficile et, sans doute, plus difficile encore dans le nouveau contexte actuel. J’espère que les partenaires sociaux sauront se montrer responsables. Ce n’est pas en faisant la grève ou en envoyant de la peinture sur la façade du siège de la FEB qu’on fera avancer la négociation. De même, lorsque Marc Leemans, de la CSC, exige 1,5% d’augmentation salariale avant même que le CCE ait rendu son rapport, cela ne crée pas une atmosphère favorable à la discussion. J’appelle dès lors chacun à la retenue et au sens des responsabilités.

Le pacte migratoire valait-il une crise politique ?

Nous ne nous prononçons pas sur ce qui reste un dossier politique avant tout. Nous avons toujours demandé de faire primer le socio-économique. C’est au politique de juger si le pacte migratoire valait une crise. Visiblement, c’était le cas.

N’y a-t-il pas une rupture de confiance par rapport aux partis flamands de la coalition suédoise ?

Nous observons effectivement une déception parmi nos membres. Mais de là à parler de rupture de confiance, le terme est beaucoup trop lourd. Les patrons flamands voudraient voir les choses avancer et aujourd’hui ils sont déçus.

En Belgique francophone, le Voka est encore souvent perçu comme le parrain de ce gouvernement sortant. Qu’en est-il vraiment ?

C’est en effet ce qu’on peut observer en lisant une partie de la presse francophone. Pour ma part, je répète que le Voka est une organisation neutre et indépendante. Nous avons des contacts avec tous les partis, y compris pendant cette dernière crise. Notre seul ressort, ce sont les intérêts socio-économiques des entreprises. Je lis parfois des hypothèses qui me laissent quelque peu perplexe. Notre rôle se limite à faire comprendre aux instances politiques que ce sont les entreprises qui créent l’emploi et la prospérité et c’est pour cela qu’elles doivent nous soutenir. Je ne nie pas que les partis de droite sont parfois plus réceptifs envers ce message que les partis de gauche, mais cela ne change rien au fond de notre message.

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