Les pensions pèsent de plus en plus lourd sur les comptes de la Sécu

Cela fait un petit temps que la Belgique fonctionne en roue libre budgétaire, et que les comptes de la Sécu n'avaient plus été passés à la loupe. Invalidité, incapacité et pensions représentent l'essentiel du dérapage du côté des dépenses. ©BELGA

Le comité de gestion de la sécurité sociale devrait avaliser cette actualisation du budget ce vendredi. Une tuile de 1,46 milliard pour 2019, rendant plus urgente encore la reprise en main budgétaire de la Belgique. Et donc, la formation de gouvernements de plein exercice. À terme, le coût du vieillissement menace.

Le bruit courait depuis plusieurs jours. Et était hautement prévisible, à vrai dire, vu que la Belgique fonctionne en roue libre budgétaire depuis un petit temps déjà. Or c'est le principe de l'entropie qui veut cela: si vous laissez les finances publiques belges dans leur coin, elles auront tendance à se dégrader d'elles-mêmes, comme des grandes.

L'inconnue restait la hauteur du trou que le temps et l'action politique avaient creusé dans les comptes de la sécurité sociale. On parlait ici de 1 milliard, voire de 1,2, si pas 1,3. Mercredi soir, Le Soir vendait la mèche, sans trop contextualiser. En 2019, le dérapage de la Sécu est estimé à 1,46 milliard - un comité de gestion de la sécurité sociale se réunit ce vendredi afin d'avaliser cette dernière actualisation, qui n'est dès lors pas encore officielle.

Une précision utile, à ce stade. Il est ici question de la gestion globale ONSS, soit la Sécu des salariés et des fonctionnaires, à l’exception des pensions de ces derniers. C'est clairement le gros morceau, qui pèse quelque 73 milliards, mais ne tient pas compte des indépendants, dont la gestion globale (Inasti) représentait, aux dernières nouvelles, quelque 7 milliards d'euros.

Recettes en berne, dépenses en hausse

Telle serait donc la situation globale en 2019: 72,32 milliards de recettes propres et 73,73 milliards de dépenses, de quoi déboucher sur un déficit de 1,41 milliard, qui grimpe à 1,47 milliard si l'on intègre le poids du capital. 

Le mécanisme est classique. Un trou dans un budget, cela se creuse soit par des recettes en berne, restant en deçà des estimations, soit par des dépenses plus costaudes que prévu. Eh bien la gestion globale de l'ONSS fait face aux deux.

D'un côté, des recettes devant perdre 461,2 millions dans la bataille de 2019, dont 396,7 millions de recul des cotisations sociales. À ce petit jeu-là, les mesures gouvernementales sont pointées du doigt, responsables à hauteur de 346,6 millions, qu'il s'agisse du "jobsdeal" (150,7 millions) ou de promesses non tenues au rayon "fraude sociale" (101 millions).

Et de l'autre, des sorties supposées enfler de 994,3 millions, parmi lesquelles les 890,2 millions de prestations supplémentaires pèsent lourd (268,4 millions en invalidité et incapacité, pour l'Inami donc; 357,2 millions de pensions; 44,3 millions en chômage et crédit-temps; et on vous passe la suite des détails).

Et par la suite, cela ne s'améliore guère

Voilà pour 2019. Et pour la suite, cela donne quoi? À politique inchangée, s'entend, et à prix courants? 

En 2020, les mêmes tendances sont à l'oeuvre, davantage marquées. Si les recettes progressent de 2,7 milliards, les dépenses se montrent plus véloces, bondissant de 3,28 milliards, portées essentiellement par les charges de pension (+1,78 milliard). De quoi laisser une ardoise à hauteur de 2,05 milliards d'euros.

Le comité de gestion se penchera également sur les estimations à moyen terme. Qu'on peut difficilement qualifier de riantes - même s'il faut rappeler qu'elles sont à politique inchangée. Autre fait à garder en tête: la dotation d'équilibre, telle que redessinée par la réforme du financement de la Sécu portée par la ministre sortante de la Santé Maggie De Block, n'est prévue que jusqu'en 2020 - une évaluation de la réforme et de ses effets devant avoir lieu d'ici là. En 2020, cela représente tout de même 1,42 milliard.

Peu riantes, disions-nous. Oui: des recettes qui progressent à hauteur de 8,85 milliards, mais des dépenses qui bondissent de 13,11 milliards, menant à un gouffre de 6,32 milliards (que devrait venir adoucir une dotation d'équilibre). En cause? Principalement les pensions, pardi, qui enflent à hauteur de 6,7 milliards d'euros. Ce qui, à nouveau, était hautement prévisible. 

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