Les quatre scénarios pour la mission de Magnette et De Wever

Bart De Wever et Paul Magnette retourneront au Palais le lundi 17 août. ©BELGA

La mission des préformateurs Paul Magnette et Bart De Wever a été prolongée par le Roi samedi. Et après ? Voici les quatre scénarios possibles pour la suite.

Comme prévu, les présidents du PS et de la N-VA, Paul Magnette et Bart De Wever, ont obtenu quelques jours supplémentaires pour tenter de mettre un nouveau gouvernement fédéral sur orbite. Ils doivent remettre un nouveau rapport au Roi le lundi 17 août.

Dans une vidéo publiée sur Twitter, Paul Magnette a souligné "l'urgence à former un gouvernement", témoignant sa volonté d'accélérer le tempo. Le Palais, pour sa part, a invité "les partis concernés à faire preuve d'un grand sens des responsabilités afin de pouvoir conclure rapidement un accord de gouvernement".

Actuellement, PS et N-VA peuvent compter sur l'appui du CD&V, du cdH et du sp.a. Ensemble, ce "club des cinq" représente 69 sièges sur 150 à la Chambre. Pas une majorité donc. Les cinq partis vont à nouveau se réunir, sans doute ce lundi, pour discuter de la suite des opérations. A ce stade, il existe quatre scénarios possibles. Détaillons.

1. Une majorité avec les libéraux. Il s'agirait donc d'embarquer le MR et/ou l'Open VLD. Mais cette solution - a priori la plus "jouable" - bute sur plusieurs obstacles. D'abord, les relations entre le "club des cinq" et les libéraux sont fraîches. La dernière réunion, vendredi, aurait été glaciale, nous dit-on. Il y a dix jours, Bart De Wever disait que "plus personne ne veut du MR".

Ensuite, les libéraux ne se retrouvent pas dans l'ébauche de programme sur la table. Ce projet repose sur un donnant-donnant entre PS et N-VA : des mesures sociales d’une part (dont le relèvement de la pension minimum à 1.500 euros net), une réforme de l'Etat (avec la régionalisation de compétences telles que la justice, la police, la santé,…). Les libéraux voudront infléchir ce contenu. Pour faire court, ils voudront des mesures socio-économiques davantage à droite et des réformes institutionnelles moins profondes. Mais dans ce cas de figure, le PS et la N-VA ne s'y retrouveront peut-être plus... L'équilibre sera donc difficile à trouver.

Enfin, il y a l'arithmétique. Sans les libéraux, le "club des cinq" n'a pas de majorité. Mais avec le MR et l'Open VLD ensemble, la majorité est... trop large. Il y a un parti de trop. Cela signifierait que chaque parti, en dehors de la N-VA, n'est pas indispensable à la coalition et risque donc de s'en faire évincer par les autres à tout moment. Cela accroît l'instabilité... et diminue les postes que chaque parti peut espérer obtenir. D'où les tentatives, vaines jusqu'ici, de diviser la famille libérale. Car ce problème ne se poserait plus si seul l'Open VLD (ou le MR) faisait partie de l'exécutif, rejetant l'autre parti libéral dans l'opposition. Pour l'instant, Georges-Louis Bouchez et Egbert Lachaert sont restés unis. C'est leur intérêt d'ailleurs: ensemble, ils pèseront plus lourd pour influencer dans leur sens le programme gouvernemental.

2. Une majorité avec Ecolo/Groen. Si le "club des cinq" ne s'accorde pas avec les libéraux, il peut tenter le coup avec les Verts. Majorité assurée. Une nouvelle entrevue aura d'ailleurs lieu cette semaine. Mais là encore, les obstacles ne sont pas minces. Si le PS verrait d'un bon œil l'arrivée des écologistes - cela ferait pencher le gouvernement davantage à gauche - ce n'est pas le cas de la N-VA.

Bart De Wever considère Ecolo encore plus infréquentable que le PS. Sur le nucléaire ou le climat, N-VA et Ecolo sont aux antipodes par exemple. Et les Verts ne se retrouvent pas dans le "deal" conclu par le PS et la N-VA. Malgré quelques bonnes notes sur le social, les ambitions sur le climat sont largement insuffisantes pour les Verts alors que ceux-ci goûtent peu la future réforme de l'État esquissée. "L'antichambre du confédéralisme" a tonné Jean-Marc Nollet. Bref, un compromis s'annonce très compliqué à trouver. Et, en coulisses, personne ne croit vraiment à ce scénario.

3. Un gouvernement minoritaire. Devant l'impossibilité de la "bulle des cinq" à trouver une majorité avec les bleus ou les verts, l'hypothèse a circulé ces derniers jours. Avantage: les négociations pour former un gouvernement peuvent aller plus vite. Et un tel exécutif serait toujours plus représentatif que l'actuel gouvernement Wilmès (38 sièges sur 150), persifle-t-on. Là encore, la possibilité existe, mais elle est très difficile. Pour l'instant, il s'agit plutôt d'un "plan B". Un tel gouvernement minoritaire devrait bénéficier de l'abstention de l'un ou l'autre parti pour obtenir la confiance à la Chambre, puis trouver des alliés de circonstance à chaque projet. Ce serait un gouvernement très instable.

4. L'échec. Il est possible que Paul Magnette et Bart De Wever arrivent à la conclusion que former un gouvernement n'est pas possible et rendent leur tablier. On n'en est pas encore là, c'est trop tôt. Mais si aucune autre solution ne fonctionne, c'est loin d'être exclu. Ce scénario est d'autant plus plausible que si le "club des cinq" a l'air soudé pour l'instant, rien ne dit qu'il le restera lorsqu'on entrera dans le vif des négociations.

Le président du cdH Maxime Prévot confiait ce samedi à "La Libre" que "la note (PS/N-VA, Ndlr) devra évoluer pour tenir compte des différentes sensibilités". Autrement dit, aucun accord définitif n'a encore été scellé. Et ne dit-on pas que le diable se cache dans les détails ? Par ailleurs, socialistes et nationalistes devront "vendre" un éventuel accord à leurs troupes respectives, ce qui n'a rien d'une formalité. Si un échec devait être prononcé, on en reviendrait alors à la case départ: on reparlerait de l'hypothèse "Vivaldi" (sans la N-VA) et, plus sûrement encore, d'un retour aux élections.

Quelles sont les échéances ? Le rapport au Roi, le 17 août, est l'étape suivante. Elle n'est pas forcément décisive. En acceptant la mission avec Bart De Wever, Paul Magnette s'était donné "50 jours sinon ce sera les élections". Ce qui nous mène fin août, début septembre. Enfin, le gouvernement Wilmès doit redemander la confiance à la Chambre au plus tard le 17 septembre. C'est l'ultime deadline.

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