Les questions autour de l'avortement à 18 semaines

La proposition de loi assouplissant les conditions de l'avortement est au programme de la Chambre ce jeudi. ©© Alan Towse; Ecoscene/CORBIS

La proposition de loi qui assouplit les conditions de l'avortement arrive à la Chambre. De nombreux professionnels de la santé s'inquiètent: quelle méthode d'IVG, avec quelle formation pour le personnel soignant, et quels coûts?

Ce jeudi, une proposition de loi particulièrement clivante est au programme de la plénière de la Chambre: le texte qui dépénalise complètement l'IVG, aussi bien pour les femmes que pour les médecins, qui étend le droit à l'IVG jusqu'à 18 semaines de grossesse (au lieu de 12) avec un délai de réflexion qui passe de six à deux jours.

Cette loi, le CD&V n'en veut pas. Elle a déjà été envoyée une fois au Conseil d'État, dont elle est revenue sans guère de remarques puisque la juridiction estime que les points principaux du texte n'appellent pas d'observation particulière. Joachim Coens, le président du CD&V, a rappelé son opposition au texte et a redit qu'il faisait de ce cas une question d'entrée ou non dans un gouvernement. Donc, on peut attendre des amendements et un nouveau renvoi au Conseil d'État

Médecins et soignants s'inquiètent

Bref, la question n'est pas qu'éthique, elle est aussi politique. C'est dans ce contexte houleux que des professionnels de la santé tentent de faire entendre leur voix. Réunis au sein du "Collectif des soignants opposés à l'extension de la loi sur l'avortement", ils ont rappelé leurs nombreux arguments ce mardi. 

Un point qui inquiète particulièrement le personnel soignant, c'est la méthode utilisée pour pratiquer une IVG tardive. Actuellement, en Belgique, deux méthodes sont utilisées: la méthode médicamenteuse (dite pilule abortive) employée jusqu'à sept semaines de grossesse et la technique d'aspiration (ou curetage).

"En Belgique, personne n'est formé à cette technique. On n'a même pas le matériel!"
Arielle Nuchowicz
Gynécologue

Mais pour les avortements tardifs, ce sont d'autres méthodes qui sont employées. Actuellement, l'avortement au-delà de 12 semaines de grossesse en Belgique n'est pratiqué que dans le cadre d'une IMG (interruption médicale de grossesse). "On procède alors à un mini-accouchement", explique Jean-François Legrève, gynécologue-obstétricien au Chirec. "Mais cela prend du temps. Après le délai de réflexion, on donne un médicament, on attend deux jours, puis l'intervention peut être assez longue." Cette technique ne semble guère utilisable dans le cas d'une IVG à 18 semaines comme la proposition de loi l'envisage. "La technique utilisée aux Pays-Bas est de dilater le col et de pincer le cordon ombilical. Si ça ne fonctionne pas, on utilise le "morcellement": avec une pince, on arrache le fœtus par morceaux." Problème: "en Belgique, note Arielle Nuchowicz, gynécologue, personne n'est formé à cette technique. On n'a même pas le matériel!" Et les professionnels de se demander quel coût tout cela aura. "Sans oublier que ces actes sont très pénibles pour les soignants", insiste Sylvie De Tollenaere, sage-femme.

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