Les sans-papiers suspendent leur grève de la faim, la Vivaldi respire

Depuis le 23 mai, plus de 400 sans-papiers, dont certains installés à l'église du Béguinage de Bruxelles (photo), étaient en grève de la faim. ©Photo News

Les grévistes ont décidé d'arrêter leur grève de la soif et de suspendre, pour le moment, leur grève de la faim, ont annoncé leurs représentants mercredi après-midi. Un soulagement pour les partis de la majorité fédérale.

Les sans-papiers installés à l'église du Béguinage ainsi que dans des locaux de l'ULB et de la VUB, à Bruxelles, étaient en grève de la faim depuis près de deux mois. Nombre d'entre eux avaient également entamé une grève de la soif ces derniers jours.

"Il y a eu des réunions avec le gouvernement et avec des soutiens. On est arrivé à mettre en place des accords, qui ne sont pas encore validés."
Représentants des sans-papiers

Ils ont toutefois décidé mercredi d'arrêter la grève de la soif et de suspendre pour le moment la grève de la faim. "Hier et aujourd'hui, il y a eu des réunions avec le gouvernement et avec des soutiens. On est arrivé à mettre en place des accords, qui ne sont pas encore validés. Nous espérons (qu'ils le seront)", ont annoncé les représentants.

"En substance, il s'agit de donner la possibilité aux occupants de faire valoir des éléments d'ancrage, de vulnérabilité, de séjour, etc. permettant l'octroi d'un permis A, via la procédure 9bis", explique l'Union des Sans-Papiers pour la Régularisation (USPR), qui acte la main tendue du secrétaire d'État à l'Asile et la Migration Sammy Mahdi. "Pour les dossiers les plus fragiles, la possibilité d'une protection humanitaire sur la base d'un 9ter est également sur la table." Les occupations de l'église du Béguinage, de l'ULB et de la VUB sont toutefois maintenues.

Rappelons que depuis le 27 mai, 475 étrangers sans-papiers observaient une grève de la faim pour réclamer leur régularisation. Depuis la fin de la semaine dernière, les hospitalisations se sont poursuivies à un rythme soutenu. On dénombrait dimanche environ 34 hospitalisations, auxquelles se sont ajoutées 20 personnes entre lundi et mardi.

Cette situation particulièrement critique avait fait réagir jusque dans la sphère politique où PS et Ecolo avaient menacé de faire tomber le gouvernement si l'une de ces personnes en grève venait à mourir.

"Ne jamais accepter le chantage"

"Mettre fin à la grève de la faim est la seule bonne décision", a rapidement salué le Premier ministre Alexander De Croo. "Il n'y a dans notre pays qu'une seule voie et c'est la voie de la loi. Il s'agit de la seule manière d'éviter des décisions arbitraires. Un gouvernement ne peut jamais accepter le chantage. Ce serait injuste pour toutes les personnes qui suivent correctement les règles."

Le secrétaire d'État Sammy Mahdi s'est lui dit "soulagé". "Pour moi, ce n'était pas un combat contre des gens, mais pour une politique correcte. Espérons que personne ne restera avec des séquelles permanentes." Des personnes sont actuellement transférées à l'hôpital, dont certaines resteront en soins intensifs, ajoute le secrétaire d'État. Le Premier ministre prévient lui que "si des séquelles physiques subsistent, tous ceux qui ont encouragé les grévistes de la faim (...) en porteront la responsabilité."

"Si des séquelles physiques subsistent, tous ceux qui ont encouragé les grévistes de la faim en porteront la responsabilité."
Alexander De Croo
Premier ministre

"Il est bon qu'avec la société civile, nous ayons pu convaincre que la régularisation collective n'est pas une solution et que les procédures existantes sont humaines", souligne Sammy Mahdi. "C'est pourquoi nous continuons à informer les personnes dans la zone neutre sur les procédures de séjour existantes et sur leurs dossiers individuels. En outre, nous continuerons à travailler à l'amélioration structurelle des canaux de migration légale existants." Dès demain, chaque sans-papiers se rendra ainsi dans la "zone neutre" établie par le gouvernement pour s'y informer de leur dossier individuel. Cette zone restera ouverte "un certain temps".

Les partis de la Vivaldi soulagés

Les partis de la majorité fédérale ont fait part à leur tour de leur soulagement à l'annonce de la suspension de la grève de la faim. "Merci à toutes les personnes qui, de part et d'autre, dans la lumière ou dans l'ombre, ont permis à la situation des grévistes de la faim de se décanter. Pas besoin de les citer ni de les taguer, elles se reconnaîtront", a tweeté le co-président d'Ecolo Jean-Marc Nollet. "Avec cette avancée, qui nous rapproche d'une solution humaine, on sort de l'impasse et la tragédie est évitée", a renchéri son homologue néerlandophone Meyrem Almaci (Groen).

"Heureux que les sans-papiers annoncent l'interruption de la grève de la faim et l'ouverture d'un dialogue avec les autorités", a ajouté le président du PS Paul Magnette. Du côté du MR, le président Georges-Louis Bouchez a aussi estimé que "la suspension de la grève de la faim est un soulagement pour chacun". "Heureux que les solutions proposées depuis de nombreux jours par Sammy Mahdi soient enfin acceptées. L'humanité n'est pas de faire naître de faux espoirs, mais d'être clair et respectueux de chacun."

Répondant sur Twitter au président de DéFI François De Smet, le président des libéraux francophones a assuré que la suspension de la grève de la faim n'a pas été décidée "autour de nouveaux critères".

La Coordination s'insurge

Face à l'urgence de la situation, le réseau de la Coordination des sans-papiers de Belgique avait appelé les présidents des partis de la coalition Vivaldi à trouver "une solution humaine et porteuse d’espoir pour tous les sans-papiers". Elle plaidait en effet pour la mise en place d’une commission de régularisation avec des critères clairs et mettait en cause le Premier ministre, qui "a refusé de prendre l'affaire en main".

L'organisation porte également un regard critique sur la "zone neutre" mise en place rue Melsens à Bruxelles par le secrétaire d'État, mentionnée ci-haut. "Ce n'est rien d'autre qu'une antenne symbolique du département de l'immigration, une façon de gagner du temps", selon certains membres du réseau de coordination.

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