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analyse

Les secours belges ont été dépassés par la situation

Le personnel de secours s'est mobilisé en masse, mais il manquait de matériel adapté face à une telle catastrophe. ©EPA

Les services de secours belges se sont trouvés dépourvus face à la violence des eaux et les caprices du ciel. Ils ont manqué de matériel adapté à une telle catastrophe.

La détresse des personnes touchées par les intempéries a glacé la Belgique. Maintenant que l'eau se retire des zones sinistrées, les questions affluent. Pourquoi les sinistrés ont-ils dû attendre si longtemps avant d'être secourus? Pourquoi ces personnes finissaient-elles par lancer leur appel sur les réseaux sociaux, faute de réponse des services de secours? Plusieurs raisons expliquent cela.

De nombreuses habitations sont devenues inaccessibles parce que les routes se sont véritablement transformées en torrents. Or, beaucoup d'embarcations des services de secours se sont avérées trop légères face à un tel courant. Elles n'étaient pas non plus d'envergure à naviguer sur des eaux parsemées d'obstacles sous la surface des flots (panneaux de circulation, mobilier urbain...). On a aussi carrément manqué d'embarcations, des appels ont été lancés par des autorités communales pour que des citoyens prêtent leur bateau...

Hélicoptères bloqués au sol

Les sauvetages par les airs se sont fait attendre, les hélicoptères ne pouvant décoller faute de visibilité. Le ciel chargé rendait invisibles des obstacles non recensés par la cartographie, comme les grues de chantier. Ainsi, le premier vol d'un appareil de la Défense belge n'a pu avoir lieu que vendredi matin. Mais un appareil français avait pu être utilisé sur Liège jeudi...

Prises d'assaut, les lignes d'urgence étaient difficilement joignables. Les télécommunications et les fournitures d'électricité se sont retrouvées à l'arrêt à cause de cabines immergées.

Des secours en masse, mais...

Face à la catastrophe, on a assisté à un branle-bas de combat. Les pompiers, les militaires, la protection civile, les ouvriers communaux ont été mobilisés. Des citoyens bénévoles leur ont prêté main-forte.

Le mécanisme de la protection civile de l'Union européenne a été activé, des secouristes bien équipés venus de France, Italie, Autriche sont arrivés rapidement en Belgique.

À qui la faute?

"Manifestement, vu l'ampleur de la catastrophe, ni l'armée ni la protection civile n'avaient le matériel ad hoc."
Elio Di Rupo
Ministre-président wallon (PS)

Cela a-t-il suffi, au vu de la souffrance et des pertes humaines? Était-on préparé à de telles inondations? Non, les appels à l'aide de personnes en détresse, parfois bloquées sur le toit depuis plusieurs dizaines d'heures, en témoignent. Vendredi matin, sur La Première, le ministre-président wallon Elio Di Rupo (PS) a poussé un coup de gueule: "C'est une évidence qu'ils (les services de secours, NDLR) ont été débordés." "Manifestement, vu l'ampleur de la catastrophe, ni l'armée ni la protection civile n'avaient le matériel ad hoc." Pour le socialiste, "c'est la preuve que la réforme des zones de sécurité de la Protection civile était une erreur."

"C'est la preuve que la réforme des zones de sécurité de la Protection civile était une erreur."
Elio Di Rupo
Ministre-président wallon (PS)

Cette réforme, adoptée par le gouvernement Michel, à l’initiative de l’ex-ministre de l’Intérieur Jan Jambon, a fait passer de six à deux le nombre d’unités de la protection civile en Belgique, les autres devenant des "zones de secours". Il n'y a donc plus que deux unités opérationnelles (à Crisnée et à Brasschaat), ce qui a évidemment des impacts pour l'acheminement des hommes et du matériel. Le personnel de la protection civile se plaint aussi d'un manque de moyens humains. Or, ce sont ces unités opérationnelles qui s'occupent de missions spécialisées avec un matériel très spécifique. Alors, a-t-on fait appel aux services ad hoc, sont-ils arrivés assez vite, avaient-ils le matériel adéquat?

Il faudra le déterminer. Il est trop tôt pour juger de la gestion d'une catastrophe à l'ampleur inattendue. Mais ce genre d'épisodes va encore se présenter. Comme le disait le ministre-président wallon, "chaque service va devoir tirer les leçons"...

Le résumé

  • De nombreuses personnes en détresse n'ont pu être secourues rapidement.
  • Les embarcations des services de secours n'étaient pas adaptées aux flots violents.
  • La réforme de la protection civile est montrée du doigt.

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