Les soins à domicile pas toujours moins chers que les maisons de repos

Le simulateur Femartool montre que ça ne coûte pas nécessairement moins cher de faire soigner les personnes âgées à domicile. ©Getty Images/Picture Press RM

La fédération des maisons de repos a appuyé le développement d’un outil informatique permettant, au cas par cas, de savoir s’il est moins cher d’opter pour la maison de repos ou les soins à domicile.

Avec l’allongement de la longévité, le défi des pensions n’est pas le seul qui se pose à la collectivité. La prise en charge quotidienne des personnes âgées a aussi un coût qui est supporté non seulement par elles-mêmes et leurs proches mais aussi par les pouvoirs publics, dont les Régions, à qui plus de 2,5 milliards ont été transférés avec la 6e réforme de l’Etat pour l’exercice de la compétence des maisons de repos.

2,5 milliards €
Avec la 6e réforme de l’Etat, 2,5 milliards ont été transférés aux Régions pour la compétence "maisons de repos".

Est-il plus avantageux d’apporter à domicile les soins nécessaires à une personne dépendante ou au sein d’une maison de repos? La question turlupine bien souvent les proches, mais devrait également, à écouter la fédération des maisons de repos de Belgique (Femarbel), faire cogiter les pouvoirs publics. Voilà qui a poussé Femarbel à faire développer, par le cabinet d’études Probis et sous la supervision de l’économiste (et ex-secrétaire d’Ecolo) Philippe Defeyt, un outil informatique baptisé Femartool, qui permet de comparer ces coûts en fonction de chaque situation personnelle, en prenant au compte une foule de facteurs. Propriétaire ou locataire, lieu de vie, niveau de dépendance, régime d’assurabilité, services sollicités (titres-services, garde de nuit, etc.), tout est analysé en quelques clics. "Le but, c’est que les gens puissent choisir de manière éclairée, explique Vincent Fredericq, secrétaire général de la Fermabel. Mais l’idéal, c’est qu’il puisse également éclairer les choix budgétaires globaux."

Faisons l’exercice en imaginant le cas d’Odette, 83 ans et toute sa tête, propriétaire qui vit dans une maison à Mons. Vu son état de dépendance physique, elle fréquente un centre de soins de jour, reçoit une fois par jour la visite d’un médecin, fait appel 3h/semaine à une aide ménagère (titres-services) et 8h/semaine à une aide familiale. Sur la base des prix pratiqués, voilà qui coûte au total 3.796 euros, dont 1.385 à sa charge, 1.729 à charge de la Région wallonne (compétente pour le centre de soins de jour, les titres-services, ...) et 682 au Fédéral (compétent pour les soins de santé à domicile). Le comparateur calcule qu’avec les mêmes facteurs, un séjour dans une maison de repos reviendrait à 2.876 euros en tout, dont 1.430 à la charge de la personne, 1.316 à la charge de la Région et 130 à la charge du Fédéral, qui réalise là une bonne opération.

Choix personnels

Dans ce cas précis, il apparaît donc que la prise en charge dans une maison de repos tend à faire diminuer le coût sociétal dans le cas d’une personne âgée avec un niveau important de dépendance. La subtilité, c’est que la situation la moins chère pour la personne ne le sera pas forcément pour la collectivité, et vice-versa. Ce qui nous mène à la question à (potentiellement) plusieurs millions. Les pouvoirs publics ont-ils intérêt à ce que les gens aillent en maison de repos? Philippe Defeyt, s’avouant lui-même surpris à la découverte des résultats, n’est pas aussi catégorique. "Nous ne disons pas que les coûts individuels et collectifs doivent primer sur le choix personnel." D’autant que les considérations personnelles ne font pas tout. "Une grande partie des personnes n’ont pas les moyens nécessaires pour jouir de toutes les alternatives."

Reste à voir l’usage qui sera fait d’un tel outil. En effet, Femartool n’a, dans un premier temps, pas la vocation d’être mis directement entre les mains du public mais plutôt d’être cédé aux institutions, comme les CPAS et les mutuelles, qui pourraient par contre l’utiliser pour guider les choix de leurs usagers. Sans oublier les décideurs politiques. Philippe-Henry de Generet, qui conseille la ministre Fremault en charge de l’aide aux personnes à Bruxelles, a eu l’occasion de se faire présenter la chose et semble plutôt convaincu. "Cet outil confirme le fait que ça ne coûte pas nécessairement moins cher pour les personnes de se faire soigner à domicile. Même si on veut une politique axée sur le lieu de vie choisi." Questionné sur les usages qui pourraient en être fait à l’avenir en termes de stratégie de politique, il explique que celui-ci ouvre notamment des perspectives pour l’élaboration de la future assurance autonomie qui doit être mise sur pied à Bruxelles.

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