Les syndicats n'abandonnent pas l'idée de la semaine de quatre jours

La semaine de quatre jours deviendra-t-elle la norme une fois la crise passée? On en est loin...

Le débat sur la semaine de quatre jours n'a jamais complètement disparu en Belgique. La crise ne semble pas faire bouger les lignes pour l'instant.

Sauver des jobs en passant à la semaine de quatre jours, l'idée a été avancée ce week-end par le syndicat allemand IG Metall. Pour affronter la crise, ce dernier plaide pour une réduction du temps de travail, avec une compensation salariale, dans certains secteurs.

En Belgique, une mesure temporaire est déjà d'application. Depuis le 1er juillet, les entreprises en difficulté peuvent en effet recourir à une réduction du temps de travail de leur personnel, combinée ou non à l'introduction d'une semaine de quatre jours. En vertu de cette mesure, limitée à un an, les travailleurs bénéficient d'une compensation salariale partielle, à charge de l'employeur.

À court terme et dans un contexte de crise, une semaine de quatre jours, avec une perte salariale limitée, est donc envisageable. Mais qu'en est-il du long terme? Le débat est ouvert...

"Irréaliste et impayable", c'est avec ces mots que les organisations patronales avaient accueilli, en 2018, une demande de la FGTB visant à inclure la limitation de la semaine de travail à 32 heures, sans perte de salaire, dans l'accord interprofessionnel. Deux ans plus tard, les positions des uns et des autres ne semblent pas avoir beaucoup évolué.

Momentum

A la FGTB, on persiste et signe. "Le temps de travail hebdomadaire n'a plus diminué depuis environ 25 ans. Ce n'est donc pas illogique d'imaginer des avancées en la matière", lance son président ad interim, Thierry Bodson. D'après lui, un momentum pour relancer cette revendication s'est ouvert avec la crise.

"Le temps de travail hebdomadaire n'a plus diminué depuis environ 25 ans. Ce n'est donc pas illogique d'imaginer des avancées en la matière."
Thierry Bodson
Président ad interim de la FGTB

Le banc patronal sera-t-il prêt à l'entendre? "Je n'en sais rien, mais je n'en ai pas l'impression", admet le leader du syndicat socialiste. Pour autant, il ne se montre pas défaitiste. "Une façon de débloquer la situation pourrait être d'enclencher des processus au niveau des secteurs, en parallèle aux discussions menées à l'échelon interprofessionnel", estime-t-il.

La secrétaire générale de la CSC, Marie-Hélène Ska, le rejoint en partie: "Ce n'est pas une question d'utopie, mais bien quelque chose qui doit être négocié directement dans les secteurs et les entreprises, car les réalités ne sont pas les mêmes partout".

Dans les rangs de la CGSLB, on ne s'avance pas trop."L'idée peut se discuter, mais il faut prendre en compte la réalité économique", commente son porte-parole Didier Seghin.

Côté patronal par contre, on ne cache pas son sceptiscisme. S'il refuse d'en faire un positionnement idéologique, le directeur général d'Agoria Wallonie, Dominique Demonté, s'oppose par principe à l'idée. "Quel est le modèle, comment va-t-on le financer? Si on attend que les entreprises le fassent, alors ça ne tient pas la route", assène-t-il.

"L'idée des quatre jours peut se discuter, mais il faut prendre en compte la réalité économique."
Didier Seghin
Porte-parole de la CGSLB

"Opposition féroce"

Sans surprise, l'aspect financier constitue l'un des principaux écueils. "La grande question est la suivante: cette réduction du temps de travail se fait-elle avec ou sans compensation? A priori, l'économiste dit : 'Vous travaillez moins, vous gagnez moins'", analyse Etienne de Callataÿ, chef économiste d'Orcadia Asset Management.

À ses yeux, l'idée d'être payé autant pour travailler moins n'a que très peu de chances de passer la rampe, et ce notamment au vu de "l'opposition féroce" qu'elle suscite de la part du patronat.

"La question sera plutôt travailler moins et gagner moins ou travailler autant et gagner autant."
Etienne de Callataÿ
Economiste

"La question sera donc plutôt de travailler moins et gagner moins ou de travailler autant et gagner autant. Je pense qu'une bonne partie des travailleurs concernés voudront continuer à travailler autant", ajoute-t-il. "Il y a un appétit pour gagner de l'argent qui reste fort dans notre société, pour partie en raison de la pression du consumérisme, mais aussi parce que tout le monde n'a pas des fins de mois aisées..."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés