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Les verts s'isolent sur la Coupe du monde au Qatar

Les appels au boycott se multiplient, comme ici aux Pays-Bas. ©Photo News

La résolution Ecolo/Groen proposant une posture ferme des autorités belges d'ici le début de l'événement crispe les syndicats et les partis de la Vivaldi.

En cours de traduction à la Chambre, la résolution déposée par le groupe Ecolo/Groen concernant l'attitude à adopter par la Belgique lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar a déjà tout du mort-né. Les verts en avaient fait la publicité à la suite d'une enquête menée par The Guardian, établissant à 6.500 décès le coût humain de la construction des 9 stades qui accueilleront la compétition. Une enquête contestée, mais qui a créé un émoi international légitime. En Norvège, aux Pays-Bas ou en Allemagne, des appels au boycott se font entendre pour protester contre les conditions de travail dans le pays.

Les verts belges ne vont pas jusqu'à demander que les Diables rouges fassent l'impasse sur la Coupe du monde, mais leur résolution se veut radicale: à défaut de respect des droits du travail "de base", la Belgique n'enverrait pas de délégation officielle et la Fédération royale belge de football serait tenue "d'utiliser tout événement public pour parler de la situation des droits de l'homme au Qatar". Le texte propose aussi de suspendre toute mission économique belge au Qatar tant que certains standards sociaux ne sont pas atteints.

Le travail de la FGTB et de la CSC menacé?

Aussi louable soit-il, ce signal pose problème à certains acteurs qui œuvrent concrètement depuis plusieurs années pour améliorer le sort des travailleurs migrants (indiens, pakistanais et népalais notamment) au Qatar. À commencer par les syndicats. Luc Cortebeeck, pilier de la CSC et ex-président de l'Organisation internationale du travail (OIT), s'en est inquiété dans les colonnes du Standaard. La FGTB - qui n'a pas été consultée par les verts - craint que cette logique de boycott s'avère contreproductive et "mette les travailleurs en difficulté".

"Bien sûr, il y a des problèmes au Qatar, mais toute démarche législative doit intégrer le travail minutieux, efficace et constructif réalisé avec les syndicats."
Malik Ben Achour
Député PS

Si le Qatar n'a évidemment rien d'un paradis social, poursuit Gianni De Vlaminck secrétaire fédéral du syndicat socialiste, des progrès ont été enregistrés grâce à l'OIT (dont FGTB et CSC sont membres) depuis que le pays a obtenu l'organisation de cette Coupe du monde: salaire minimal versé sur un compte, création de comités de travailleurs pour les informer sur leurs droits et leur sécurité, instauration d'inspections. "Des choses importantes qui ne vont pas assez loin, mais c’est beaucoup mieux que rien", ajoute-t-il. Une dynamique qui risque d'être minée par des prises de position trop tranchées au plan politique alors que l'OIT doit négocier le maintien de sa représentation sur place.

Dans le privé aussi, on s'inquiète. "Des mesures de rétorsion sont possibles, voire probables", témoigne le lobbyiste d'une grande entreprise belge.

"Il faut utiliser ce rendez-vous pour maintenir la pression et affirmer que nous ne fermons pas les yeux sur ce qui se passe au Qatar."
Samuel Cogolati
député Ecolo

La Vivaldi en désaccord

Les verts vont donc avoir du mal à rassembler la majorité Vivaldi sur ce texte parfois jugé "caricatural et moralisateur". Le PS n'y est pas favorable. "Bien sûr, il y a des problèmes au Qatar, mais toute démarche législative doit intégrer le travail minutieux et efficace réalisé avec les syndicats", estime le député PS Malik Ben Achour. Vooruit devrait s'aligner tandis que côté libéral, l'initiative est balayée. "Les entreprises belges actives au Qatar (Besix a érigé deux des neuf stades en question, NDLR) sont considérées comme des modèles, aller à l’encontre de leur travail favoriserait d’autres entreprises moins respectueuses des droits des travailleurs", lâche le chef de groupe MR Benoît Piedboeuf

Porteur du texte, le député Ecolo Samuel Cogolati ne désespère pas. Il l'assure, il n'est pas question de boycott, mais de conditionnalité: "Il faut utiliser ce rendez-vous pour maintenir la pression et affirmer que nous ne fermons pas les yeux sur ce qui se passe au Qatar."

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