Ludivine Dedonder: "Le général Boucké n'a pas été licencié"

La ministre de la Défense Ludivine Dedonder a dû éclaircir les conditions qui ont mené à écarter le général-major Philippe Boucké de son poste. ©BELGA

Ludivine Dedonder, la ministre de la Défense, a été entendue en commission sur la mise à l'écart du général-major Philippe Boucké, le chef du SGRS, suite à l'affaire Conings.

Le 16 juillet dernier, l'annonce du remplacement du général-major Philippe Boucké par le vice-amiral Wim Robberecht à la tête du Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS) avait étonné le monde politique et fortement secoué les rangs militaires.

Les conditions dans lesquelles cette décision avait été prise suscitent pas mal de questions. Trois généraux occupant de hautes fonctions au sein de la hiérarchie militaire ont même exprimé leur désarroi sur les réseaux sociaux, sortant des habitudes de réserve de leur milieu.

Pourquoi écarter cet homme?

La ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS) était donc entendue, ce jeudi, en commission Défense. Les questions des commissaires auront été quasiment identiques de la part de tous les partis qui se sont exprimés. En substance: qui a réellement pris la décision de sacrifier un officier dont les compétences semblaient particulièrement reconnues, et pourquoi?

"Il ne s’agit pas de s’acharner sur quelqu'un, de le décapiter, on s’est quittés en bons termes".
Ludivine Dedonder
Ministre de la Défense

Rappelons que les manquements dans le fonctionnement du SGRS étaient particulièrement apparus avec l'affaire Jürgen Conings. Ce caporal était le seul militaire figurant au niveau 3 sur la liste établie par l'Ocam (l'Organe de coordination et d'analyse de la menace). Pourtant, cette information avait mis du temps à circuler au sein de la Défense et n'avait pas été communiquée, avant la fuite du militaire d'extrême droite, au général-major Philippe Boucké, qui avait pris ses fonctions en septembre 2020... 

"On s’est quittés en bons termes"

Concernant la décision elle-même, la ministre a répondu que le chef du SGRS n'avait pas été licencié, mais déplacé pour d'autres fonctions. "Il ne s’agit pas d'un limogeage, le général Boucké n'a pas été licencié, il continuera  à travailler sur d'autres projets dans la Défense."

"Il ne s’agit pas d'un limogeage, le général Boucké continuera à travailler sur d'autres projets dans la Défense."
Ludivine Dedonder
Ministre de la Défense

La question du commun accord a particulièrement interpellé les commissaires, mais Ludivine Dedonder a confirmé la version d'une concertation avec le Chef de la Défense (CHOD) et l'intéressé, précisant qu'"il ne s’agit pas de s’acharner sur quelqu'un, de le décapiter, on s’est quittés en bons termes".

La raison du changement de fonction du général-major, Ludivine Dedonder l'a argumentée de la sorte: "La pression permanente et la nécessité d’améliorer à court terme le fonctionnement du SGRS semblaient lourdes à assumer et ne permettait pas au général d’apporter les modifications requises dans des conditions sereines." Elle a aussi parlé de "manquements en termes de communication".

Cavalier seul?

Le timing de la décision, juste avant les vacances parlementaires et en plein dans le chaos des intempéries, a été explicitement regretté. Mais la légalité de la procédure a particulièrement fait débat.

Celle-ci avait déjà été démontée par des spécialistes du milieu, comme Alexander Mattelaer, du centre d'études européennes de la VUB et Senior Research Fellow à l'institut Egmont, qui avait twitté: "la procédure appropriée (codécision MOD-CHOD, implicitement couverte par begov) n'a pas été suivie."

Joseph Henrotin, chercheur spécialisé en défense et sécurité, est du même avis: "la procédure légale d'éviction du général Boucké n'a pas été suivie", a-t-il twitté.

Mais qui a été informé au gouvernement, qui a pris cette décision, sur base de quels éléments? La ministre assure avoir respecté la marche à suivre: "La désignation des sous-chefs d’états-majors doit prendre la forme d’un arrêté royal. La ministre de la Défense propose la signature de cet arrêté au chef de l’État", s'est-elle défendue.

Au final, le seul élément sur lequel il y aura eu un consensus, c'est le manque de moyens dans les services de renseignements.

Le résumé

  • La ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, a affirmé en commission de la Chambre que le départ du général-major Philippe Boucké de la direction du SGRS avait été concerté avec le Chef de la Défense et l'intéressé.
  • Le processus de la prise de décision continue d'étonner.

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