La méthode de Maggie De Block pour le budget Santé pose question

Le cabinet de la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique Maggie De Block a concocté un budget 2020 en équilibre, notamment grâce à des mesures d'économie pour le secteur pharmaceutique. ©Photo News

Le budget 2020 des soins de santé est décidé, mais pas encore approuvé. La ministre De Block veut des économies sur la pharma et une réduction de la facture pour le patient. Mais sa méthode interpelle plusieurs acteurs.

Le budget des soins de santé est élaboré pour 2020. Il doit maintenant passer au conseil des ministres. Jusqu'ici, le chemin a été chaotique. Alors qu'il y avait un consensus au sein du comité de l'assurance (médecins et mutuelles) pour une enveloppe de 27,593 milliards d'euros, le conseil général de l'Inami (mutuelles, patrons, syndicats et représentants du gouvernement) n'avait ensuite pas avalisé cette proposition. C'était donc au gouvernement de reprendre le dossier.

Dans un contexte budgétaire très difficile, nous pouvons réduire la facture des soins du patient de 65 millions d'euros par an. Les prestataires de soins recevront également l'indexation à laquelle ils ont droit et nous ne transmettons pas de dettes au prochain gouvernement.
Maggie De Block
Ministre de la Santé publique et des Affaire sociales

Les grandes lignes du budget proposé

La ministre Maggie De Block a concocté une proposition. Qu'en sait-on?

  • La facture du patient devrait être réduite de 65 millions d'euros par an, notamment par la réévaluation du prix, à la baisse, de certains médicaments. "Il s’agit de ce qu’il paie de sa propre poche pour les médicaments", précise-t-on du côté du cabinet de la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique. 
  • La trajectoire de croissance du budget des soins de santé est maintenue. "La norme de croissance légale de 1,5% est entièrement allouée et les prestataires de soins bénéficient de la totalité de leur masse d’index", promet-on chez Maggie De Block.
  • Le budget est en équilibre. "Nous avons à cette fin développé une série de mesures d'économie pour le secteur pharmaceutique. Pas d'économies dans les autres secteurs."

On n'en sait guère plus sur cette proposition de budget pour les soins de santé. Juste une promesse à l'égard des prestataires de soins et mutuelles: "Les prestataires de soins et les mutualités disposent ainsi d'un cadre clair dans lequel ils pourront bientôt conclure des accords tarifaires et ainsi offrir aux patients la sécurité tarifaire qu'ils méritent."

 

Quel avenir pour la concertation?

Si le gouvernement refuse le modèle de concertation, on est parti pour une aventure...
Jacques de Toeuf
Absym

Du côté des médecins, Jacques de Toeuf, le négociateur pour l'Absym, est lui aussi remonté. Pourtant, le projet de la ministre lui convient plutôt, vu qu'il reprend en grande partie ce qui avait été décidé au sein du comité de l'assurance. "Tout ça pour ça, lance-t-il. Pour les médecins, ça ne change pas grand chose, à part 18 millions qui ne sont pas repris et qui auraient permis de prendre des initiatives. Mais ce qui est préoccupant, c'est la relation entre les pouvoirs publics et la concertation. Notre projet est refusé pour 'peanuts'. Pour 100 millions, et le gouvernement reprend la main. Si le gouvernement refuse le modèle de concertation, on est parti pour une aventure..."

Autre acteur important du secteur, les Mutuelles s'étonnent aussi du procédé. Comme Jacques de Toeuf, Jean Hermesse (Mutualités chrétiennes) n'a pas eu droit à une concertation mais juste à "une communication, sans documents". Sur le résultat, s'il se réjouit que le trou budgétaire soit comblé, il s'étonne que cela ait été réalisé en réévaluant certaines dépenses. "On aurait travaillé différemment au comité de l'assurance si on avait été au courant de ces réestimations!", constate le secrétaire général des Mutualités chrétiennes. Celui qui est aussi président du collège intermutualiste se dit réellement "indisposé par ce mode de communication".

Contexte politique tendu

Mais cette proposition intervient donc dans un contexte très houleux. Le gouvernement, minoritaire et démissionnaire, avait fait capoter la proposition des médecins et mutuelles, laissant ceux-ci très énervés. L'opposition socialiste est aussi très remontée. Le sp.a, par la voix de Jan Bertels et John Crombez, a élaboré une proposition de loi reprenant le budget des soins de santé 2020 tel qu’élaboré et soutenu par les acteurs du secteur. La cdH Catherine Fonck s'est étonnée, mercredi, d'apprendre tout à coup que le dossier avait été bouclé...

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