Magnette: 'Oui, la Belgique a besoin de réformes'

Paul Magnette

Paul Magnette invite à les analyser dans un climat serein, pas comme en 2007.

Le ministre du Climat a récolté 264.000 voix au Sénat. Ce score le conforte dans sa place de favori pour la succession d’Elio Di Rupo, si d’aventure le président du PS devenait Premier ministre. À moins que le futur locataire du "16" soit Paul Magnette lui-même.

Les deux vainqueurs des élections s’apprêtent à discuter ensemble. Les programmes N-VA et du PS sont-ils compatibles?

Paul Magnette: Ce sera difficile. Mais en 2007, les programmes du PS et du MR n’étaient pas non plus très compatibles. C’est une tradition belge. Dans un système de coalitions, il faut relier des programmes au départ très différents.

Ça commence mal avec Bart De Wever qui qualifie le programme socio-économique du PS de "fantaisiste"…

Magnette: Il n’a pas dû lire les annexes budgétaires de notre programme. Nous envisageons de 5 à 7 milliards de dépenses supplémentaires pour soutenir l’économie. Mais nous prévoyons aussi de 10 à 12 milliards de recettes nouvelles avec le recyclage des intérêts notionnels, une forme d’impôt sur la fortune et la lutte contre la fraude fiscale. Il y a une cohérence dans les propositions socialistes.

La lutte contre la fraude fiscale, n’est-ce pas un vœu pieu? Peut-on vraiment espérer retrouver 5 à 6 milliards par ce biais?

Magnette: Oui, cela doit devenir une priorité politique partagée. Nous ne pouvons pas rester éternellement avec une économie parallèle de 3 à 5 points au-dessus de la moyenne de l’OCDE. Il n’y a pas que cela: la contribution sur les gros patrimoines, c’est un rééquilibrage de la fiscalité, qui pèse trop sur les revenus du travail.

Négocier des compromis est une tradition, dites-vous. Le jeu en vaut-il encore la chandelle quand 40% des Flamands votent pour des partis séparatistes?

Magnette: Oui bien sûr. D’une part, beaucoup d’électeurs N-VA ont voté contre une forme d’immobilisme, plus que contre la Belgique. Je constate que les discours des leaders de la N-VA de ces derniers jours oscillent dans ce sens.

D’autre part, la Belgique vaut la peine de consacrer un peu de temps afin de réformer l’État en profondeur, de le rendre plus performant, avec des compétences plus cohérentes. Toute la société civile, des syndicats au patronat en passant par les artistes, défend la valeur ajoutée de la Belgique. Le politique doit en tenir compte.

Peut-on négocier sereinement avec des indépendantistes qui peuvent sentir leur but ultime à portée de main?

Magnette: Il faut rester serein. Si tout le monde l’avait été en 2007, nous n’en serions pas là. Je rappelle aussi que même si le message venu du Flandre est fort et net, la N-VA, ce n’est jamais que 27 sièges sur 150. Ils doivent donc composer avec les autres.

L’énergie est un domaine dans lequel les compétences s’enchevêtrent. Comment rendre les politiques plus cohérentes?

Magnette: En posant un regard pragmatique. Il serait par exemple absurde de régionaliser le transport. Elia et Fluxys sont indépendantes des producteurs, elles ont des plans d’investissement en Belgique et dans les pays voisins, ne découpons pas cela.

En revanche, je n’ai aucun problème à ce que la politique d’efficacité énergétique soit entièrement régionalisée, de même que les tarifs de distribution car les facteurs de coût (obligations de service universel et coût des intercommunales) dépendent déjà des Régions.

Les politiques économiques wallonnes et bruxelloises ont-elles besoin de recevoir des leviers supplémentaires, fiscaux et autres?

Magnette: La négociation n’a pas commencé, restons prudents. Je partage le souci de lier institutionnel et économie. Notre architecture institutionnelle a une vingtaine d’années, l’ensemble n’est plus optimal et efficace. Il est temps de le moderniser. Je suis prêt à analyser toutes les demandes de manière pragmatique et non dogmatique.

Il faut toutefois veiller à ne pas remettre en cause les fonctions régaliennes de l’État et le socle de la solidarité interpersonnelle, c’est-à-dire la fiscalité et la sécurité sociale.

La fiscalité aussi?

Magnette: Oui, soyons rationnels: pourquoi régionaliser des matières que l’Europe cherche à harmoniser pour éviter le dumping fiscal ou simplifier la vie des entreprises. C’est le message que nous envoient les secteurs économiques.

Depuis dimanche soir, le PS prend soin de ne pas égratigner un MR à terre. Pourquoi?

Magnette: D’abord, je reconnais une certaine élégance dans la manière avec laquelle Didier Reynders assume sa défaite.Plus largement, il faut toujours respecter ses adversaires. La Belgique a beaucoup souffert des exclusives et des ultimatums. Une certaine forme de civilité politique - qui contribuait à la stabilité du pays - s’est détériorée ces dernières années. Le retour à une certaine retenue ne peut qu’être bénéfique. Ne rendons pas le pays encore plus difficilement gouvernable. l

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