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interview

Maxime Prévot (cdH): "Consacrons un tiers du plan de relance à une baisse des charges sur les PME"

©JONAS LAMPENS

Le président du cdH dézingue le plan de relance préparé par le secrétaire d'État Thomas Dermine. Maxime Prévot en appelle à un déconfinement progressif à partir du mois de mars.

Maxime Prévot, député-bourgmestre de Namur et président du cdH, deuxième parti de l'opposition francophone au Fédéral, n'est pas tendre avec le plan de relance élaboré sur la base des 6 milliards de subsides proposés par l'Union européenne. Ni avec la stratégie du gouvernement en matière sanitaire. "Je connais très peu de Belges qui sont contents de la manière dont la crise a été gérée, attaque-t-il. On vit en Belgique, l'histoire d'un manque chronique d'anticipation. Qu'une étude australienne nous place à la 72e place sur 98 pays analysés quant à l'efficacité de cette gestion de crise, cela doit nous questionner. 3% de la population est vaccinée, c'est scandaleusement bas. Alors, oui, une partie de ce retard est due à des problèmes de livraisons, mais le gouvernement accuse un retard coupable à l'allumage. C'est seulement en novembre qu'une task force vaccination a été mise sur pied."

À la base, cette stratégie était déjà très progressive et prudente...

On a su très vite que le seul moyen de sortir de la crise serait la vaccination. Pourquoi avoir attendu d'être au pied du mur? L'Allemagne a commencé à se préparer dès le mois de juillet. En novembre, elle avait sa feuille de route, avec les enjeux logistiques, les équipes mobiles, etc. On a été en retard avec les masques, le testing, le tracing et aujourd'hui avec la vaccination. Notre lasagne institutionnelle n'explique pas tout. Il y a un manque de leadership et de vision.

"Le gouvernement reste arc-bouté sur une stratégie hyper-prudentielle alors que le moment est venu de commencer à assouplir."

La crise est-elle mieux gérée depuis que le gouvernement De Croo est installé?

L'amélioration s'est davantage ressentie au département de la Santé qu'au 16 rue de la Loi. Qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, M. Vandenbroucke est clair, tranche et assume. On a retrouvé une unité de commandement et de communication. Mais cela ne résout pas tout. L'interdiction de voyager et les restrictions qui ont entouré la période de fin d'année sont des choix humainement douloureux, mais stratégiquement heureux. Mais aujourd'hui le gouvernement reste arc-bouté sur une stratégie hyper-prudentielle alors que le moment est venu de commencer à assouplir pour faire respirer les gens et les secteurs touchés. Il faudra apprendre à vivre avec ce virus, même quand on aura vacciné tout le monde. On doit accélérer la stratégie de vaccination. Le cdH est en faveur de maximaliser l'administration des premières doses. L'OMS estime qu'on peut aller jusqu'à 42 jours avant la deuxième dose, ce qui permet d'accroitre le nombre de primo-vaccinés.

N'est-ce pas un jeu dangereux vu les problèmes de livraison des vaccins?

On pouvait prévoir un buffer pour limiter ce risque. Actuellement, on s'en tient à la virgule près au respect du protocole. Pour nous, il y a une marge. La haute autorité de santé française vient d'accepter d'élargir à six semaines la période entre les deux doses. La première dose crée une immunité appréciable. Cela permettrait de ne pas ralentir la vaccination au rythme des problèmes de fourniture. En outre, à l'égard du sport en extérieur et de la culture, on devrait donner des perspectives de déconfinement. La morosité ambiante devient dangereuse, le contact autorisé qu'avec une seule personne n'est quasi plus respecté, il faut pouvoir ajuster les règles. Les chiffres des hospitalisations s'améliorent, le moment est venu de donner des perspectives de déconfinement.

"Les premiers rendez-vous d'assouplissement doivent venir au mois de mars."

Avec des dates?

Oui, et affiner les protocoles. Confiner a fait sens au moment du risque de saturation des hôpitaux, mais on n'en est plus là. Il y a eu un entêtement par rapport à ce seuil de 800 infections. Les premiers rendez-vous d'assouplissement doivent venir au mois de mars.

Le vaccin doit-il devenir une sorte de pass pour assister à des événements ou franchir des frontières, selon le cdH?

Je ne veux pas balayer l'idée d'un passeport vaccination. La vaccination volontaire, c'est sain pour autant que l'on atteigne un seuil suffisant de vaccination. On n'a pas dû envisager la contrainte, mais le débat pourrait se poser et ce sera peut-être exigé par les autres pays. Ma religion n'est pas faite en la matière.

Vous suivez le plan de relance de près au Parlement. Quelle analyse en faites-vous?

Ce qui s'annonce va être un grand gâchis. Thomas Dermine, ce jeune secrétaire d'État, doit porter dans son sac à dos les vieilles pratiques politiques. Ce premier brouillon présenté à la Commission n'est pas un plan de relance, mais une somme des projets qui intéressent les régions. Il ne favorise pas un redéploiement structurel de notre économie, je le regrette. Les observateurs avisés tirent la sonnette d'alarme. La France consacre des milliards à la compétitivité des PME et à la réduction de la fiscalité. Nous on parle du tram de Liège ou d'un nouveau couloir de métro à Charleroi. Ces projets ne sont bien sûr pas sans intérêt, mais doivent être financés de manière classique et non via cette manne inédite de 6 milliards. On passe à côté de l'objectif.

Qu'auriez-vous fait?

J'aurais utilisé cet argent pour régler de vrais problèmes structurels. Je pense au désengorgement du port d'Anvers, à une liaison train rapide entre l'aéroport de Charleroi et Bruxelles, à mettre autour de la table toutes les régions et le Fédéral pour désengorger Bruxelles. On avait l'occasion de mobiliser tout le monde autour d'un plan global financé par autrui.

Il fallait des projets réalisables à court terme...

Une grande réforme fiscale avec une réduction drastique des charges sur les entreprises, il ne faut pas trois ans pour la voter.

Cela fait partie des réformes structurelles demandées par l'UE en contrepartie du subside...

J'espère que la version actuelle de ce plan n'est qu'un draft. On aurait dû miser sur les industries de réseau. Dans la recherche, par exemple, on n'a quasi rien. Dans les télécommunications, comment s'assurer de la concrétisation rapide du "fiber to home"? Le ferroviaire est important, mais l'aéroportuaire aussi. Ce secteur est en train de se crasher, et pas un mot sur l'aéroportuaire. En matière de formation et d'éducation aussi. Il y a un déficit de main d'œuvre qualifiée. Pourquoi ne met-on pas le paquet sur ce capital humain? Soutenir des programmes via le Forem, sorry, ce n'est pas ce qui a été le plus convaincant jusqu'ici.

"Les gouvernements sont dans une optique de rendement électoral de court terme."

La réforme fiscale est dans l'accord de gouvernement.

Oui, mais cela va nécessiter des mois de négociation parce qu'on va dire "mais où va-t-on trouver l'argent?". Ici on avait une opportunité unique. Pourquoi ne pas consacrer deux des six milliards à des baisses de charges pour rendre notre tissu de PME plus compétitif et accroître le salaire poche des gens? Je suis donc dépité. On a une approche conjoncturelle de la relance plutôt qu'une approche structurelle. Ce plan est en train de se fourvoyer. Les gouvernements sont dans une optique de rendement électoral de court terme. Et on a moins de 400 millions pour Bruxelles qui souffre de problèmes immenses. À la place de Rudi Vervoort, j'aurais été gêné de convoquer un gouvernement pour confirmer cela.

Le clash Gilkinet/Dutordoir justifie-t-il une démission?

Je ne pense pas, mais je vois que cet avis n'est pas partagé par ses propres partenaires. Il y a une confiance à rétablir et je note la virulence du MR à l'égard de M. Gilkinet.

"Les ambitions de M. Vandenbroucke vont jusqu'à la réquisition de certains outils de production. On n'aurait pas été surpris de l'entendre d'un député PTB."

Réclamez-vous aussi un débat sur la future loi pandémie?

Oui, il y a un problème principiel. Le Codeco a, en stoemelings, prolongé des mesures de restriction de nos libertés jusqu'au 1er avril sans même l'annoncer, sans débat de fond. Et les ambitions de M. Vandenbroucke vont jusqu'à la réquisition de certains outils de production. On n'aurait pas été surpris de l'entendre d'un député PTB. C'est inquiétant. Une reprise en main du Parlement est indispensable.

Que vous inspire le spectacle judiciaire en cours autour de l'affaire Nethys?

J'ai mal à ma Wallonie évidemment. Cela fait 15 ans que les affaires se succèdent. Comment est-ce encore possible de trouver normal de faire financer sa cave à vin par des deniers publics? Mais je n'ai pas plus d'information.

Vous croyez aux "mains invisibles"?

La seule main invisible que je connaisse, c'est celle d'Adam Smith. J'ai mon opinion sur celles et ceux qui ont pu jouer un rôle dans les coulisses, mais je n'ai pas envie de participer à radio-couloirs sans faits étayés.

Le cdH a été dans les structures liégeoises...

Nous ne sommes plus représentés chez Nethys et Enodia parce qu'on ne cautionnait pas le manque de célérité avec laquelle les conclusions de la commission d'enquête étaient mises en œuvre.

M. Marcourt est-il toujours en mesure de mener les débats de manière sereine au Parlement wallon?

Comme président d'assemblée, je ne pense pas qu'il soit illégitime. Je n'aime pas condamner les gens sans faits établis.

Où en est la refondation du cdH?

Elle se poursuit. Je cherche une nouvelle doctrine qui vienne du terrain. Ce qui m'intéresse, c'est de fonder les choses sur le bon sens. Je veux venir avec le manifeste d'un nouveau mouvement. Avec le covid, nous n'avons pas pu tenir nos promesses de rencontres citoyennes, mais grâce au virtuel, nous avons pu créer une communauté de 20.000 personnes hors militants intéressés par le processus. On a reçu plus de 2.000 propositions sur lesquelles nous travaillons. Cette année, la chrysalide va se transformer en papillon.

Au sein du cdH et de DeFi, on sent une volonté de rapprochement au centre. Qu'en pensez-vous?

Il y a du respect et de l'estime entre nous. Sur le fond, beaucoup de convergences, mais aussi des particularités et des divergences. La politique, ce n'est pas être identique au voisin. Le discours du centre est moderne: il n'essaye pas que tout le monde pense la même chose que lui, il est dans une stratégie fédératrice. Notre processus est ouvert, y compris à ceux qui dans d'autres formations politiques ont envie de toiletter leur logiciel.

Ouvrez-vous la porte d'un mouvement du centre avec DéFi?

Je parle de ceux qui veulent arrêter de défendre des postures qui sont historiquement celles de leur parti. Je ne veux plus seulement être un parti qui est le fruit d'une histoire. Je veux un mouvement qui construit l'avenir.

Quid d'un rapprochement avec le MR? Vous sentez-vous proche de la vision "Bouchez"?

Non.

Diriez-vous que M. Bouchez vous éloigne du MR?

(long silence puis large sourire). Vous avez ma réponse.

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