interview

Maxime Prévot (cdH): "La perspective d'une Belgique à quatre ne me heurte pas"

©Anthony Dehez

Le président du cdH, Maxime Prévot, veut se concentrer sur la régénération du cdH, réformer l'Etat et plaide pour une semaine de travail de quatre jours.

Une brasserie bien connue du centre de Namur, mercredi midi. Maxime Prévot commande une bière, on échange quelques mots sur nos vacances. On aborde évidemment la crise fédérale mais le président du cdH préfère esquiver le sujet. "C’est trop tôt pour dire si je suis confiant. Mais je suis convaincu que quel que soit le moment où la mission actuelle se clôturera, il ne peut y avoir, au minimum, qu’une mission de préformation qui lui succède. Redésigner un énième informateur qui ne ferait qu’alimenter la bibliothèque du Roi en nouveaux rapports de constat ne m’apparaît pas pertinent pour sortir de crise." Il n’en dira pas plus…

"Une réforme de l’État est aujourd’hui nécessaire. Ce n’est pas trahir la cause francophone que de parler de réforme institutionnelle."

Maxime Prévot veut se concentrer sur la régénération du cdH. Un vaste sujet qu’il nous explique avec conviction. "Le moment est venu d’oser bousculer nos certitudes, de quitter notre zone de confort pour déterminer ce que pourrait être notre nouvelle offre politique", lance le patron des humanistes.

Requinqué par ses vacances, le président du cdH veut en finir avec le clivage gauche-droite. "Je crois profondément à la valeur ajoutée d’un centrisme fort parce que, précisément, il s’écarte des clivages et ne cherche pas à opposer. Le nouveau mouvement politique que je souhaite façonner doit rassembler. On doit changer de grille de lecture. Pour les nouvelles générations, ce n’est plus la question de la gauche ou de la droite qui se pose, mais c’est qualité de vie versus production, replis identitaire versus ouverture au monde, le migrant considéré comme coupable versus démarche de solidarité. Environnement, vieillissement de la population, développement numérique, ce ne sont plus des questions de gauche ou de droite."

Une nouvelle coopérative politique

Voilà donc ce qui se prépare dans les coulisses du cdH depuis quelques mois. Il faut évidemment rappeler pourquoi on en est arrivé là aujourd’hui et la claque électorale prise par les centristes aux élections du 26 mai dernier. Maxime Prévot n’est d’ailleurs pas de ces naïfs. Derrière cette régénération, c’est ni plus ni moins la survie de son parti qui se joue aujourd’hui et dont les restes ont déjà fait l’objet de convoitises par le jeune président du MR. "Le cdH de demain ne pourra pas être celui d’aujourd’hui. On est conscient qu’on doit recréer un mouvement qui soit enthousiasmant et positif. Les gens sont aujourd’hui déprimés et épuisés. On doit créer une sorte de nouvelle coopérative politique avec les citoyens pour pouvoir faire en sorte que ce qui demain sera proposé par ce qui ne s’appellera plus cdH soit quelque chose à nouveau porteur d’utopie. Aux sorties des urnes, le 26 mai, on a eu un signal clair des électeurs. Face à la défaite, il y avait deux solutions. Soit on mettait la tête dans le sable, considérant que les électeurs n’ont rien compris. Soit on osait une épreuve à risque plus complexe, plus douloureuse."

"On doit créer une sorte de nouvelle coopérative politique avec les citoyens pour pouvoir faire en sorte que ce qui demain sera proposé par ce qui ne s’appellera plus cdH soit quelque chose à nouveau porteur d’utopie."

Vu l’état des forces du cdH, ce chantier d’introspection n’est pas superflu. Le chemin qui mènera à la gestation d’un nouveau parti doit durer un an et démarre officiellement ce samedi par un congrès "de lancement du processus de refondation". Il rassemblera quelque 600 militants et sympathisants à Namur. "Ce n’est pas un congrès doctrinal, prévient le président Prévot. Samedi, on ne va pas présenter le nouveau projet du cdH. Le futur contenu de notre mouvement sera co-construit, avec nos militants mais aussi, plus largement, avec les citoyens dont ceux qui sont en révolte par rapport au monde politique. Nous voulons parler à ceux qui ne nous soutiennent pas a priori, à ceux qui sont curieux de voir comment fonctionne la politique, ceux qui ont des opinions. Ils sont invités à saisir la main inédite qu’on leur tend pour être les acteurs de ce nouveau processus."

La refonte, Maxime Prévot la veut avant tout participative. Le processus trouve d’ailleurs son inspiration dans une série d’éléments du mouvement e-Change à l’intérieur duquel siègent des personnalités issues de la société civile et du monde politique comme le cdH avec une figure comme Laurent de Briey. Ce n’est donc pas un hasard si Maxime Prévot lui a confié la responsabilité de mener tout ce processus de refondation du cdH.

Une autre croissance économique

On est évidemment curieux. On se demande à quoi ressemblera ce nouveau cdH. Idéologiquement, Maxime Prévot veut pousser très loin le changement. Sans militer pour la décroissance, il prône la fin de la croissance à tous crins. "Notre nouvelle génération nous dit qu’elle préfère gagner moins d’argent mais avoir une meilleure qualité de vie, elle préfère ne plus se taper Bruxelles et ses bouchons et travailler moins loin de chez elle. Les nouvelles générations sont en recherche de sens. Le sens ne doit pas être que spirituel. Le rapport au temps, à l’argent, à l’environnement et aux déplacements n’est plus le même qu’avant. Les sociétés les plus agiles sont celles qui ont intégré cette problématique de la flexibilité. La productivité doit quitter sa lecture matérialiste. Vous pouvez, en améliorant mieux le temps de travail de chacun, veiller à ce qu’il soit plus productif. Les 38 heures par semaine pourraient être réparties sur quatre jours pour permettre à certains d’avoir un jour de plus pour s’occuper de leur famille. La productivité sera accrue par rapport à une hausse du temps de travail hebdomadaire. Nous poussons la semaine des quatre jours mais pas comme le PS, qui dit quatre jours prestés pour cinq payés. Pour nous, c’est 100% du temps de travail presté avec la possibilité de le faire sur quatre jours. Il y aura en plus un impact sur les bouchons et sur l’environnement." La conversation glisse, elle aussi. Certains prédisent la fin de l’ère du capitalisme débridé, place-t-on. "On est à la fin de l’ère néolibérale. Mais cette nouvelle époque n’est pas incompatible avec une économie, avec une démarche entrepreneuriale. Il est aujourd’hui possible d’être très volontariste sur le plan entrepreneurial et environnemental contrairement à ce que le MR semble penser en voyant l’environnement comme un objet punitif à l’égard de l’économie. On ne prône pas non plus la décroissance à tout prix. On dit juste que la croissance telle qu’elle s’est toujours conçue n’est pas aujourd’hui la meilleure des réponses à ce qu’on connaît comme défis."

Maxime Prévot poursuit. "Lorsque viendra le moment d’arrêter les grandes orientations au terme du processus à la fin de cette année, on le fera avec une assemblée mixe de mandataires, d’élus et de citoyens. Nos dogmes doivent être bousculés. Même moi, sur certains aspects, je dois me faire violence. J’ai toujours été le premier convaincu par la démocratie représentative. J’ai toujours été de cette école qui pensait qu’une fois élu, on nous laissait le soin pendant le mandat de mener notre barque. Si, au scrutin suivant, les gens n’étaient pas d’accord, ils nous sanctionnaient. Ce modèle est épuisé."

"On va fait venir l’une ou l’autre personne comme Luc Ferry pour essayer de bousculer certaines de nos certitudes, poser les questions et se lancer dans un processus de réflexion."

Face à tous ces changements annoncés, une question nous titille. Les choses auraient-elles été différentes si le cdH n’avait pas pris une claque électorale le 26 mai dernier? "Il ne s’agit ni de défendre un héritage ni de le renier. On remet les choses à plat. Les temps ont changé, l’État providence est terminé, les populistes sont flattés, les extrémistes frappent à nos portes. On vit à une époque qui appelle d’autres réponses. On lance cet appel samedi. On va fait venir l’une ou l’autre personne comme Luc Ferry pour essayer de bousculer certaines de nos certitudes, poser les questions et se lancer dans un processus de réflexion. Comme philosophe ayant assumé des responsabilités politiques en France, il connaît les deux côtés, celui de la pensée et celui de l’action. Pour garantir un processus participatif, on s’est aussi adjoint les services de la société Cap Collectif, chargée de nourrir les débats en ligne. C’est la structure qui a organisé le grand débat national en France. On travaille aussi avec la société anglaise Dreamocracy qui est une société reconnue pour tout ce qui est débat hors-ligne. On va organiser avec eux une série de ‘rêves parties’ et faire en sorte que les gens se lâchent sur ce à quoi ils aspirent. On va développer une application pour favoriser le contact avec les gens et envoyer des militants, des curieux, faire du porte à porte avec cette application. Tout le monde est invité! Même si l’on parle de co-construction d’un futur mouvement, on ne doit pas pour autant accepter d’uniquement brosser les citoyens dans le sens du poil. Les populistes le font hélas très bien mais c’est très loin de la noblesse du mouvement politique que je veux créer."

Un front francophone pour préparer une réforme de l’Etat

Voilà pour le chapitre cdH. À l’image de cette refondation, Maxime Prévot n’écarte pas un autre chantier, celui de l’État belge. "Une réforme de l’Etat est aujourd’hui nécessaire. La Belgique ne va plus bien. À force d’avoir honni de parler d’une réforme institutionnelle du côté francophone, on a laissé ce champ d’action devenir la propriété des forces les plus nauséabondes. Ce n’est pas trahir la cause francophone que de parler de réforme institutionnelle. Tout dépend du contenu. Je ne la conçois pas comme une occasion supplémentaire de dépecer l’État. Elle doit être une opportunité pour le rendre plus efficace. Il faut accepter de régionaliser certaines compétences et d’en fédéraliser d’autres. Ce qui fait le mal de la Belgique, c’est sa politique de l’entre-deux et toutes ces compétences partagées. Aujourd’hui, les cinq partis francophones disent qu’il faut accepter cette étape institutionnelle. C’est un fait majeur car le MR avait jusqu’ici refusé la moindre discussion à vocation institutionnelle. Ayons simplement l’intelligence de le préparer plutôt que de le subir."

Maxime Prévot estime qu’il faut aborder cette étape sans tabou. "La perspective d’une Belgique à quatre ne me heurte pas. Il faut simplement voir comment le lien indispensable entre francophones de Bruxelles et de Wallonie peut se matérialiser. Aujourd’hui, c’est par la Communauté française mais ce n’est pas le seul modèle. Acceptons d’en débattre."

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