interview

Maxime Prévot: "Les vainqueurs du scrutin n'assument pas leur victoire"

Le président du cdH, Maxime Prévot, exhorte les écologistes et les libéraux à prendre leurs responsabilités en vue de former un gouvernement fédéral. ©Tim Dirven

Bien qu’il partage les craintes exprimées par Ecolo et le MR sur le volet institutionnel de la note des préformateurs, le président du cdH, Maxime Prévot, exhorte ces deux partis à entrer en négociation pour former un gouvernement fédéral.

C'est à l'Hôtel de Ville de Namur que nous rencontrons Maxime Prévot ce jeudi. Pas de chance: son bureau de bourgmestre, sis dans la partie historique de l'édifice, ne dispose pas d'air conditionné. Il fait donc chaud, très chaud... Qu'à cela ne tienne, le président du cdH est prêt à mouiller sa chemise pour répondre à nos questions sur la "bulle des cinq" (N-VA, PS, sp.a, cdH, CD&V) et les discussions en cours.

Cinq partis, dont le vôtre, se disent prêts à entamer des négociations en vue de former un gouvernement fédéral. La méthode du duo Magnette-De Wever est-elle plus efficace que celles des chargés de mission précédents?

Le cdH s’est montré constructif en répondant à toutes les initiatives en vue de former un gouvernement depuis octobre dernier. Je n’ai cependant pas de bons ou de mauvais points à distribuer aux différents missionnaires royaux. C’est évidemment une tâche compliquée, et je ne suis pas convaincu que les plus critiques feraient nécessairement mieux.  

La seule chose que je constate, c'est que le duo Magnette-De Wever a pris la peine de nous rencontrer pendant plusieurs heures pour entendre nos priorités.

Justement, se contente-t-on pour l'heure d'évoquer les priorités de chacun ou les confronte-t-on les unes aux autres?

Le travail en cours vise à mettre sur la ligne de départ un nombre suffisant de partis pour avoir une majorité parlementaire. À ce stade, nous ne sommes pas plus loin.

Il n’était déjà pas évident que le PS et la N-VA puissent être placés sur la même ligne et acceptent enfin de dialoguer. J’ai cependant la conviction que c'est indispensable pour garantir la stabilité à long terme de ce pays. Il faut que ces deux formations arrêtent de se regarder en chiens de faïence et soient en capacité d’avoir un discours réconciliant les communautés. 

Une note de départ a été élaborée. Est-elle suffisante pour entamer une véritable négociation?

La seule note qui existe est celle qui a été préparée par Bart De Wever et Paul Magnette et sur laquelle ils ne sont d’ailleurs pas à 100% d’accord.

"Le devoir des hommes et des femmes politiques responsables est de prendre de la hauteur, de quitter les postures partisanes et les approches dogmatiques pour être exclusivement orientés sur la recherche de solutions. "

Au cdH, nous posons le constat suivant: il y a une fragilité de la population, une économie qui se casse la figure, des indépendants aux abois, une crise climatique qui n’a pas disparu ainsi qu'un gouffre budgétaire qui s’annonce. Tout cela est de surcroît enrobé par une crise sanitaire. Face à une telle lasagne de difficultés, le devoir des hommes et des femmes politiques responsables est de prendre de la hauteur, de quitter les postures partisanes et les approches dogmatiques pour être exclusivement orientés sur la recherche de solutions.

Une réforme de l'État ne figurait pas dans votre programme, pourtant vous estimez aujourd'hui que c'est nécessaire. Pourquoi?

J’ai toujours dit, y compris quand j’étais ministre régional de la Santé, que nous avions besoin d’une nouvelle réforme de l’État. La sixième, celle qui a permis de sortir de 541 jours de crise, a été davantage pondérée par des postures politiques et des exigences de partis que fondée sur le souci de l’efficacité des politiques publiques.

"Quand j’appelle à ce qu’il y ait une nouvelle réforme de l’État, ce n’est pas pour servir la soupe à la N-VA, mais parce que c'est dans l’intérêt même des francophones."

Quand j’appelle à ce qu’il y ait une nouvelle réforme de l’Etat, ce n’est pas pour servir la soupe à la N-VA, mais parce que, dans l’intérêt même des francophones, il faut que notre système étatique fonctionne de manière plus efficace et plus efficiente. Actuellement, il coûte trop cher et il y a trop de gaspillage d’argent public. Il y a une multiplication des ministères qui est telle, que chacun étant responsable d’un peu de tout, plus personne n’est finalement responsable de rien.

À vos yeux, le volet institutionnel de la note, dont des éléments ont fuité, n'est pas inquiétant?

Dans ce qui a fuité dans la presse, il y a beaucoup de choses qui n’ont jamais été évoquées. J'ai surtout vu beaucoup d’intoxs.

"Je ne donnerai pas un blanc-seing sur des réformes socio-économiques ou institutionnelles uniquement en faisant une confiance aveugle à Paul et Bart."

À l’heure où nous parlons, à part une réunion d’experts, il n’y a eu aucune discussion au niveau des présidents de partis sur le contenu d’un accord. Je n’ai d'ailleurs toujours pas reçu la note Magnette-De Wever, on me l'a seulement exposée. Je le répète: le cdH n’a marqué d’accord sur rien. Je ne donnerai pas un blanc-seing sur des réformes socio-économiques ou institutionnelles uniquement en faisant une confiance aveugle à Paul et Bart.

Votre parti a-t-il des tabous, des choses auxquelles il n’est pas question de toucher?

Nous avons en matière institutionnelle une série de cartons jaunes et rouges à brandir et nous les avons déjà fait connaître aux préformateurs. Pour le cdH, il n’y a par exemple aucun intérêt à priver les citoyens de droits qu’ils ont acquis. À mes yeux, il n’y a pas de motifs valables pour remettre en cause le régime des facilités.

"À mes yeux, il n’y a pas de motifs valables pour remettre en cause le régime des facilités."

Une régionalisation de la Justice, c'est envisageable?

Nous ne sommes pas demandeurs d’une régionalisation de la Justice, et on ne discute pas de ça actuellement. Ce qui est sur la table, ce sont plutôt des thématiques connexes. Sur la police par exemple, la question qui se pose est de savoir s’il est cohérent qu’il y ait une tutelle fédérale sur les zones communales, organisées territorialement. Même chose sur les zones de secours.

On est donc très loin des fantasmes visant à dire que quand on parle de régionalisation, on dépèce des départements entiers, qui a fortiori concernent les pouvoirs régaliens. Le cdH ne souscrirait pas à ce genre d’approches. 

"Une réforme de l’Etat saine va dans les deux sens."

Nous ne voulons pas qu’on prenne des matières et que l'on considère qu’on doit les régionaliser ou les refédéraliser. Pour moi, une réforme de l’État saine va dans les deux sens. L’enjeu est d’avoir une méthode permettant d’objectiver pourquoi on serait meilleur à un niveau plutôt qu’à un autre.

Pour commencer à négocier, il vous faut à tout prix un sixième partenaire... Or, les verts et les libéraux ne semblent pas prêts à s'engager pour l'instant. Le volet institutionnel de la note les préoccupe grandement, les comprenez-vous?

Leurs craintes en matière institutionnelle, je les partage. Rien de ce qu’ils disent ne me heurte, sauf que j’ai pris la peine de l’exprimer autour de la table. S’ils veulent baliser la future réforme, ils doivent accepter une négociation. Être hors de la bulle dans une démarche incantatoire, cela ne leur offrira pas les garanties qu’ils souhaitent obtenir.

Vous avez une préférence entre les libéraux et les écologistes comme partenaires de coalition?

L’heure n’est plus à l’expression de préférences. C’est un luxe que l’on ne peut plus se permettre vu la crise et la nécessité d’en sortir. La porte est ouverte aux deux familles et c’est à elles de dire si elles acceptent de venir travailler à nos côtés. L’urgence impose qu’elles clarifient leur disponibilité à nous renforcer… 

"La porte est ouverte aux deux familles et c’est à elles de dire si elles acceptent de venir travailler à nos côtés."

MR et Ecolo demandent justement aussi aux missionnaires royaux de la clarté sur la coalition privilégiée. On se renvoie la balle?

Je ne suis pas préformateur. C’est à Paul Magnette et Bart De Wever de piloter leur mission et de prendre les tournants qu’ils estiment essentiels pour franchir la ligne. En tant qu’acteur constructif, je dis seulement avec sincérité aux libéraux et aux écologistes: "Nous sommes demandeurs de travailler avec vous et d’obtenir des accords. Venez à nos côtés et prenez aussi vos responsabilités." 

Il y a un an, j'ai perdu les élections avec le cdH et décidé de mettre le parti sur le banc de réserve, dans l’opposition. Or, depuis 9 mois, je me retrouve dans une dynamique de prise de responsabilité pour pouvoir doter ce pays d’un gouvernement rapidement. Mais, ceux qui ont été les vainqueurs du scrutin n’assument pas leur victoire… Aujourd’hui, chacun doit retrouver un esprit d’État. 

Faute d'avancées, un gouvernement minoritaire reste une option?

Si on doit faire le constat que ni les écolos, ni les libéraux n’acceptent de prendre leurs responsabilités, l’option d’un gouvernement minoritaire pourrait effectivement se poser. Mais dans ce cas, il y a d’autres configurations qui sont peut-être davantage souhaitables que celle qu’on connait avec la "bulle des cinq".

Et de nouvelles élections?

Un retour aux urnes serait un drame absolu. Non pas que nous aurions peur au cdH, mais je ne vois sincèrement pas en quoi un nouveau scrutin permettrait de résoudre l’équation. Aujourd'hui, les sondages montrent une extrême droite à plus de 30% au nord du pays.  

"Un retour aux urnes serait un drame absolu."

Le cdH est dans l’opposition dans les Régions, ce fut un choix. Si vous accédez à des responsabilités au Fédéral, la donne pourrait-elle aussi changer dans les entités fédérées?

Je ne fais aucun chantage et aucun marchandage par rapport à d’autres niveaux de pouvoir. Ce serait peu élégant et je ne veux pas ajouter de la complexité à la complexité.

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