Métiers pénibles: les négociations ont échoué

©Hollandse Hoogte / David Rozing

Les négociations entre patronat et syndicats concernant les métiers pénibles dans le secteur privé ont échoué. Le politique va devoir reprendre la main.

Depuis des mois, au sein du Conseil du travail, syndicats et patronat discutaient d'un projet visant à prendre en compte la pénibilité dans le calcul de la pension pour les travailleurs du privé. Plusieurs critères étaient envisagés pour évaluer la pénibilité au travail:
· l’organisation du travail
· les contraintes physiques
· la charge mentale et émotionnelle
· les risques de sécurité élevés.

On savait les positions très éloignées. Pour rappel, début octobre, les syndicats avaient encore manifesté contre la réforme des pensions. Et de fait, on apprend ce mercredi que les négociations ont échoué. Pourquoi?

"En raison des attentes très élevées que le projet de liste avait suscitées dans le secteur public, les partenaires sociaux ont été placés dans une situation particulièrement difficile", expliquent, dans un communiqué commun, les patrons (FEB, UCM, Unizo et Agrofront). "Dans le même temps, on a vu croître chez les employeurs la crainte de voir naître un système étendu et complexe.  Les critères proposés par les syndicats couvraient en effet une grande majorité des ouvriers plutôt qu’uniquement les situations exceptionnelles. Et ce, souvent sans tenir compte des mesures préventives et de protection qui sont d’application et limitent très fortement les risques pour les travailleurs."

Les patrons estimaient que les critères défendus par les syndicats ne de débouchent sur une longue liste de critères, "sans qu’il soit encore possible de justifier pourquoi certains avaient été retenus et d’autres pas".

Le risque de contentieux pour discrimination devenait donc trop important. Cette inquiétude a d’ailleurs également été exprimée par le Conseil d’État.
selon la FEB, l'UCM, l'Unizo et l'Agrofront

Pour rappel, le Conseil d'État a rendu un avis très critique sur le projet de prise en compte de la pénibilité pour le départ à la pension anticipée.

"En outre, poursuivent les patrons, différents critères nécessitaient une évaluation individuelle précise des situations de travail concrètes (manutention manuelle de charge, vibrations, bruit, travail monotone…). Il s’agit d’une tâche particulièrement fastidieuse et difficile nécessitant un suivi individuel régulier pour chaque travailleur. Les moyens qui auraient été affectés à cette évaluation peuvent, selon les organisations patronales, être beaucoup mieux utilisés à des fins de prévention."

De leur côté, les syndicats se montrent évidemment très amers. "Cet échec des négociations démontre donc une nouvelle fois la vacuité du plan de réforme des  pensions du ministre Bacquelaine", pointe la CSC. "La reconnaissance de la pénibilité au travail devait, selon le ministre des Pensions, représenter une compensation au relèvement de l’âge de la pension à 67 ans et à l’instauration de critères plus stricts pour la  prise de pension anticipée. Au final, il n’en sera rien. Pire, les travailleurs et les travailleuses qui se verront reconnaître une situation de pénibilité pourront partir un peu plus tôt, mais avec beaucoup moins de pension."

D’après les calculs syndicaux, la perte mensuelle est évaluée entre 56 et 353 euros.

La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Mais, pour les organisations patronales, "il paraît impensable que le gouvernement établisse sa propre liste sans posséder la connaissance du terrain nécessaire à cet effet". De leur côté, les organisations syndicales appellent le gouvernement à "revoir profondément sa copie et à ne pas rester sourd à l’appel des travailleurs".

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