Michel: "Je sais ce que je ferai si cela bloque"

Charles Michel, le 16 octobre, à la remise du prix d'Entreprise de l'année ©BELGA

Le Premier s’est livré à l’exercice du "déjeuner conférence" au Cercle de Lorraine. On vous raconte.

C’est ce qui s’appelle jouer sur du velours. En s’adonnant, ce mercredi, à l’exercice du "déjeuner conférence" au Cercle de Lorraine, Charles Michel évoluait en terrain a priori conquis, celui des costumes bleus plus que des gilets jaunes, si l’on voulait schématiser.

"Pas moins de 200 personnes sont venues vous écouter, entame le président du cercle d’affaires Herman Craeninckx. Record battu: vous faites plus que Bart De Wever ou Theo Francken." Et de déjà prendre rendez-vous pour l’intronisation du "gouvernement Charles II". Après une introduction un rien plus piquante par Joan Condijts, ancien rédacteur en chef de L’Echo, place au Premier.

Il faut lui reconnaître: l’homme est doué. Manie l’humour. On lui rapporte une anecdote où Louis Michel est présenté comme "le père de"? "Si cela pouvait rester entre nous. J’ai déjà suffisamment de soucis au travail pour rajouter des tracas familiaux."

Charles Michel connaît son affaire, retombe vite sur ses pattes et dispose, en stock, de quelques formules "choc" et toutes faites lui permettant de présenter la voie qu’il a choisie comme la seule viable et de tenter de disqualifier la position de l’adversaire. C’est le coup de l’angélisme de la gauche et des frontières ouvertes, qu’il oppose à sa politique migratoire "ferme et humaine". Celui du développement durable "dans lequel il y a certes durable, mais surtout développement: on ne construit rien sur un désert économique". Celui du recul de l’âge de la pension, puisqu’on ne peut "travailler moins longtemps et gagner plus: l’argent gratuit n’existe pas". Celui, enfin, des résultats engrangés par son gouvernement, et qu’il faudrait être habité par la mauvaise foi pour nier.

"Il n’y a pas de doute quant à mon intention, mais ma responsabilité est d’obtenir le soutien des quatre partis de la majorité."
Charles Michel
Premier ministre

Alors Charles Michel déroule. Son bilan, épinglant les réformes fiscales, le marché du travail et la résorption du handicap salarial. Les chantiers qu’il lui reste à mener, des métiers pénibles au pacte d’investissement en passant par l’équation énergétique. Profère sa foi dans le multilatéralisme et la coopération internationale, qu’il oppose à l’addition et au choc des souverainetés nationales.

Le voilà paré pour les questions, même celles relatives au pacte de l’ONU sur les migrations. C’est pourtant le climat qui ouvre le bal, trop négligé par Michel, estime ce participant – "Les éoliennes, c’est un peu court". N’est-il pas urgent "d’agir de manière draconienne"? Et le Premier d’embrayer sur son pacte d’investissement, tout en regrettant que son discours laisse l’impression d’esquiver les enjeux climatiques. Il en faut plus pour déstabiliser le Premier.

La question des migrations, qui s’invite à deux reprises, n’y parviendra pas non plus. Pas même ce fameux pacte, dont Charles Michel persiste à penser qu’il constitue un "pas en avant", même s’il pose des difficultés à son gouvernement. "Il n’y a pas de doute quant à mon intention, mais ma responsabilité est d’obtenir le soutien des quatre partis de la majorité; pour l’instant, on n’y est pas." Et que se passera-t-il à l’heure de s’envoler, le 10 décembre, pour Marrakech, si le compromis se fait toujours attendre? "Je sais ce que je ferai si ça bloque, mais ne vous le dirai pas aujourd’hui."

Allez, la séance touche à sa fin. "Quel bagout, glisse notre voisin. On en a eu pour notre argent. Même s’il a un tic de langage: il a toujours des ‘convictions fortes’." Le tout appuyé par un petit geste de la main.

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