chronique

Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle?

Devant l’impasse prolongée au niveau fédéral, toutes les pistes de solution sont imaginées. Dont celle-ci: une coalition "miroir". De quoi parle-t-on?

L’idée vit surtout au nord du pays car en émane un doux parfum de confédéralisme. Elle vise à dupliquer automatiquement au fédéral les coalitions en place en Flandre et en Wallonie (d’où le nom "miroir"). En l’occurrence, cela donnerait donc N-VA, CD&V et Open Vld d’un côté, et PS, MR et Ecolo de l’autre. Au passage, on soulignera que le miroir ne refléterait pas la coalition en place à Bruxelles (où Défi est au pouvoir, mais pas le MR…).

PS et N-VA se retrouveraient automatiquement dans la même coalition fédérale sans devoir se justifier d'une telle démarche auprès de leurs bases et de leurs électeurs réticents.

Dans cette hypothèse, chaque "camp" linguistique constitue une majorité en son sein, puis tout ce beau monde se rassemble au sein du gouvernement fédéral. C’est exactement le même fonctionnement qu’en Région bruxelloise. Après les élections, francophones et néerlandophones de la capitale négocient séparément avant de former un exécutif commun. On pourrait donc imaginer une telle solution pour sortir de la crise actuelle, voire l’ancrer dans les mœurs politiques, de sorte à en faire une "tradition" aussi au niveau fédéral.

Le modèle bruxellois montre que cela peut fonctionner, mais la gestion de la Région capitale ne présente pas les mêmes enjeux et les mêmes difficultés qu’au fédéral. La donne politique n’y est pas la même. Le rapport démographique entre francophones et néerlandophones n’est pas non plus de même nature.

Les 3 avantages d'une coalition miroir

Ce scénario présente trois grands avantages. Primo, il offre par définition une majorité dans chaque groupe linguistique. On évite ainsi une situation où une des deux grandes communautés est sous-représentée, comme c’était le cas sous la "suédoise" du gouvernement Michel, ou comme c’est envisagé actuellement dans une coalition "Vivaldi".

C’est bien beau de "forcer" PS et N-VA à gouverner ensemble, ils devront encore négocier le contenu de l’action gouvernementale.

Secundo, il facilite et accélère la constitution de la coalition en réduisant le nombre de partis à mettre d’accord et en supprimant le veto d’un parti pour une formation de l’autre communauté. Ainsi, PS et N-VA se retrouveraient automatiquement dans la même coalition fédérale sans devoir se justifier d'une telle démarche auprès de leurs bases et de leurs électeurs réticents.

Tertio, il offre de la cohérence entre les différents niveaux de pouvoir et supprime les situations où un gouvernement fédéral fait tout pour torpiller le travail d’un exécutif régional (ou inversement) car il est composé d’adversaires politiques. Bémol: cette cohérence ne vaut qu'entre le Fédéral, la Wallonie et la Flandre, mais pas avec Bruxelles.

Là où ça coince

Si elle lève donc effectivement certains obstacles à la formation d’un gouvernement fédéral, cette idée ne résout pas tout, loin s’en faut. Quel programme pourrait mettre en œuvre une telle coalition? C’est bien beau de "forcer" PS et N-VA à gouverner ensemble, ils devront encore négocier le contenu de l’action gouvernementale. Or, sur de nombreux sujets (sécurité sociale, immigration, etc.), ils restent aux antipodes.

Former une majorité dans chaque groupe linguistique n’est pas forcément facile et rapide.

De même, les partis devront toujours s’entendre sur la répartition des postes. Ils ne vous le diront pas, mais c’est aussi un critère très important pour eux. Autre souci: comment gérer le cas d’Ecolo et Groen, qui forment deux partis distincts mais un seul groupe parlementaire à la Chambre?

La formule "miroir" pose encore quelques problèmes si on entend en faire un modèle structurel. Que faire en cas de chute de l’exécutif fédéral? Le miroir serait brisé. Des élections anticipées sont possibles pour la Chambre, mais pas dans les Régions.

Enfin, former une majorité dans chaque groupe linguistique n’est pas forcément facile et rapide. On l’a vu après les derniers élections, les nouveaux gouvernements en Flandre et en Wallonie ont mis du temps à se dessiner.

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