Moins de jeunes claquent la porte de l'école

©Marco Okhuizen

Il y a la bonne nouvelle: en 10 ans, le taux de décrochage scolaire a baissé de 4% en Belgique. Le recul est visible dans toutes les régions du pays.

D’après les données Eurostat, notre pays a atteint l’objectif de la stratégie européenne 2020, à savoir limiter le taux de décrochage scolaire à 10%. Cela dit, la Flandre a fixé ses propres objectifs. Plus ambitieux… Elle vise un taux de décrochage de 5,7% en 2016, et de 4,3% d’ici 2020. Et pour cause (c’est d’ailleurs de là que vient la première "mauvaise" nouvelle): les taux de décrochage sont très variables d’une région à l’autre. Or, la Flandre est déjà sous les objectifs européens, avec un taux de 7% seulement. En Wallonie, on est à 13%, et un peu plus de 14% à Bruxelles.

"Si on veut éliminer le décrochage, il faut enrayer ce refus du système scolaire."
Jean Hindriks
Senior fellow Itinera Institute

Ces données ont été passées au scanner par deux chercheurs de la KUL, Kristof Dewitte et Deni Mazrekaj pour le compte d’Itinera Institute. Au passage, ils évaluent le coût "économique" du décrochage scolaire: 4,2 milliards par an (manque à gagner en termes de revenus, coût des allocations sociales des jeunes au chômage…).

Leur étude cartographie aussi le décrochage scolaire sur base des données administratives belges. Ce sont généralement dans les grands centres urbains que l’on retrouve le plus de jeunes ayant quitté l’école prématurément. À Anvers par exemple, le taux de décrochage est de 30%! Difficile, néanmoins, de comparer ce chiffre avec les taux des villes wallonnes. Car la comptabilisation des jeunes en décrochage ne s’y fait pas de la même manière. Les données francophones donnent un taux de décrochage entre 8,6 et 11,7% à Bruxelles ou Liège. Trois fois moins qu’à Anvers? Pas très crédible, estime Itinera, qui fait remarquer que toute une série de jeunes wallons sortent des radars (dont ceux de 6e secondaire).

La première recommandation tombe: "face à ces chiffres sous-estimés, il est temps d’avoir une idée claire de la situation", dit Jean Hindriks, senior fellow chez Itinera Institute. Pour les chercheurs d’Itinera, vu les concentrations observées, il ne sert à rien de disperser les moyens de lutte contre le décrochage, mieux vaut se concentrer sur les zones urbaines où le phénomène est le plus inquiétant.

©MEDIAFIN

Identifier les problèmes, c’est bien. En connaître les causes, c’est encore mieux. Kristof Dewitte et Deni Mazrekaj apportent certaines réponses déjà connues: un enfant issu d’une famille ne parlant pas la langue de la région a une chance sur 4 d’être en décrochage, un enfant de nationalité non-européenne aura une chance sur deux de quitter l’école (trop) tôt. Ce que l’on sait moins, c’est que les enfants dont la mère n’a pas de diplôme ont une chance sur cinq de se retrouver dans la même situation.

Garçons rebelles

Les garçons décrochent aussi plus souvent que les filles. "Pourtant, ils sont issus des mêmes milieux, et ne sont pas nécessairement plus bêtes", dit Hindriks. La réponse est plutôt dans l’analyse psychologique: ce n’est pas un cliché, ils sont plus "rebelles", "ils acceptent moins bien le système scolaire". "Si on veut éliminer le décrochage, il faut donc enrayer ce refus du système scolaire".

Enfin, un enfant qui a doublé deux fois aura 50% de chances de laisser tomber définitivement l’école. "C’est pour cela qu’il faut absolument lutter contre le redoublement. Il fait perdre confiance en soi et mène au renoncement", dit Hindriks. Le chercheur constate d’ailleurs que dans les travaux du Pacte d’excellence, on a lié les deux problématiques. "C’est très judicieux", dit-il.

En matière de lutte contre le décrochage, la Fédération Wallonie-Bruxelles récolte d’ailleurs quelques bons points de la part d’Itinera, qui vante ses plans "Décolâge" (contre le redoublement en 3e maternelle et en primaire), et son dispositif d’accrochage scolaire (que nous envierait la Flandre, paraît-il).

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