interview

"Mon choix pour présider le MR? Georges-Louis Bouchez" (Sophie Wilmès)

©jonas lampens

La ministre du Budget Sophie Wilmès appelle PS et N-VA à reprendre la barre du navire Belgique, à la dérive. Le déficit pour 2020 dépasse les 10 milliards.

C’est sous sa casquette de ministre fédérale du Budget que Sophie Wilmès nous reçoit mercredi soir à la Tour des Finances. Forte d’un constat clair qui tranche avec le brouillard ambiant au sommet de l’État: le navire Belgique vogue à vue. Voire pire, dérive. Faute de gouvernement, et donc de prise de mesures pour redresser la barre.

La situation budgétaire se dégrade de jour en jour. Augurant d’une tempête d’ampleur si rien n’est fait rapidement. Le comité de monitoring parle d’un déficit structurel de 11,8 milliards d’euros en l’état d’ici 2024.

Une conclusion encore soulignée dans le récent "draft budgetary plan" pour 2020, remis à la Commission européenne mardi minuit. Le déficit structurel de l’État – soit purgé des mesures à impact unique – s’élève à 2,13%. En clair, un peu plus de 10 milliards manquent dans les caisses pour l’année à venir. 1,83% sont imputables au Fédéral; le reste aux entités fédérées.

"Il faut d’urgence un exécutif"

Ce n’est pas neuf, mais il est temps d’y remédier. "Il faut d’urgence former un gouvernement", déclare celle qui est aussi négociatrice pour le MR dans les travaux de préformation menés par Rudy Demotte (PS) et Geert Bourgeois (N-VA). Car même si la Commission européenne a pris du retard dans sa constitution, des sanctions sont évidemment possibles.

"Le Royaume-Uni est notre quatrième partenaire commercial. En cas de sortie, il y aurait évidemment des conséquences sur notre PIB, sur l’emploi, mais aussi sur le budget."
Sophie Wilmès
Négociatrice MR et ministre fédérale du Budget

De même, l’instabilité mondiale n’a rien de réjouissant. Et doit nous ramener aux réalités. "Il suffit de penser aux guerres commerciales ou au Brexit", évoque Sophie Wilmès. Pour ne prendre que la seconde, "le Royaume-Uni est notre quatrième partenaire commercial. En cas de sortie, il y aurait évidemment des conséquences sur notre PIB, sur l’emploi – entre 10.000 et 42.000 jobs seraient perdus en cas de Brexit respectivement doux ou dur , mais aussi sur le budget. Et je ne parle pas, dans ce dernier cas, du seul besoin accru en personnel à l’Afsca ou aux douanes. La contribution RNB (prélèvement sur les revenus nationaux bruts de chaque État membre prévu dans le budget européen, NDLR) belge serait revue à la hausse. Et ce, dans un contexte où le prochain cadre financier pluriannuel (budget à long terme de l’Union, NDLR) devrait contenir tout un certain nombre d’investissements neufs", dit-elle.

Pour la ministre, "si l’on trouve autour de la table une volonté autour d’un budget suffisamment sérieux, je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas de capacité à former un gouvernement". Alors "on n’en est pas encore là", mais "il est temps d’arrêter avec les exclusives a priori". Et de citer qu’au MR, seul un élément pourrait être bloquant: "Nous ne participerons pas au démantèlement de l’État." La preuve, même la montée des libéraux flamands à l’exécutif bruxellois est oubliée. "Je ne suis pas là pour réécrire l’histoire. On est ici face à une dynamique fédérale. On a bien travaillé ensemble lors du précédent gouvernement. C’est pourquoi le choix du MR est clairement de travailler avec l’Open Vld. C’est la volonté." Affaire classée donc. Du reste, la phase de préformation initiée il y a dix jours doit désormais "marquer le lancement d’une nouvelle dynamique".

"Il a réussi à rassembler et a de quoi inscrire le MR dans la modernité."

On aborde, pour conclure, le tournant majeur à attendre chez les bleus: une nouvelle présidence, Charles Michel partant présider le Conseil européen dans un mois et demi. Cinq candidats s’affrontent. Or, Sophie Wilmès pèse. Qui est favori? "Si les projets et les qualités humaines de tous sont remarquables, je porterai mon choix sur Georges-Louis Bouchez", annonce celle qui est aussi militante et prendra donc part au vote à venir du 21 au 23 octobre. Le candidat de l’appareil? "On ne peut pas l’avoir décrit comme un électron libre il y a encore quelques semaines, puis venir dire ça maintenant. Il a réussi à convaincre, à rassembler. Sa personnalité correspond bien à ce dont le parti peut avoir besoin demain. Il a de quoi inscrire le MR dans la modernité", défend la ministre.

Et remplacer le poids lourd en partance qui laissera sa place de Premier ministre dans la foulée? "Charles reste très mobilisé." Pour ce qui est du 16, une chose est sûre: "Il ne partira pas sans se retourner." Pour autant, l’intéressé ne serait "pas encore entré dans cette dynamique".

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