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Ne jouons pas à la roulette russe

Journaliste

Une ou deux doses de vaccin anti-Covid? Le doute est lancé.

La Belgique a officiellement dégainé son arme de la vaccination contre le Covid-19. C'est une bonne nouvelle. Les Belges vont enfin avoir une perspective de sortie de crise. 2021 ne sera vraisemblablement pas de la même couleur sombre que cette année qui s'achève.

Sauf si... Sauf si les couacs de communication que l'on a connus en 2020 se répètent. Or, malheureusement, nous n'y sommes pas encore immunisés. Lundi, certains scientifiques ont émis l'idée de sortir du schéma tracé par les prescrits pharmaceutiques, et retarder la prise de la seconde dose du vaccin afin de pouvoir doubler la capacité de la première vague de vaccination.

Les experts partisans de cette piste évoquent des risques minimes. D'autres sont plus sceptiques. Faut-il préférer vacciner davantage de personnes, quitte à perdre la moitié de l'efficacité de vaccin? Voilà qu'au seuil de la campagne de vaccination, la Belgique retombe dans ses travers: experts contre experts brouillent à nouveau le message envers une population qui, enfin, semblait adhérer à l'idée de recevoir ces injections.

"Voilà que la Belgique retombe dans ses travers: experts contre experts brouillent à nouveau le message envers une population qui, enfin, semblait adhérer à l'idée de recevoir ces injections."

Après les sagas autour des masques (inutiles, puis utiles), de la taille des bulles, de la contagiosité des enfants, de l'opportunité ou non de fêter Noël en famille élargie, du manque d'harmonie des décisions prises entre régions, voilà maintenant une nouvelle couche de brouillard balancée sur la vaccination.

Certes, le brouillard est de saison. Mais la responsabilité du monde politique ET scientifique est de l'éclaircir, pas de l'opacifier. Nous ne sommes pas scientifiques, nous ne trancherons pas ici l'opportunité, ou non, de se passer d'une seconde dose de sécurité. La piste, certes, mérite d'être explorée, et le chantier a d'ores et déjà été ouvert par le ministre de la Santé, Frank Vandenboucke. Mais il faudra vite éclaircir ce point.

Réajuster le tir sera peut-être opportun. La science tranchera. Mais ne jouons pas à la roulette russe avec des vaccins. Car si le doute persiste, on court le risque que les plus frileux (ou les moins convaincus) ne fassent pas leur rappel vaccinal, s'il s'avérait finalement nécessaire. Ni même leur piqûre initiale. On prend le risque que l'immunité collective tant attendue de ce vaccin ne fonctionne pas. On prend le risque de revivre une année 2021 aussi noire que la précédente.

La Belgique, et l'Europe entière, ont déjà un train de retard sur les Etats-Unis ou la Chine en matière de vaccination. Mettre cette arme fondamentale en péril, c'est un risque dont on ne veut pas.

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