Négociations fédérales: relever l'investissement, mais aussi l'efficacité de la dépense

Investir dans l'enseignement serait à terme le plus rentable. © Frank Toussaint

Parallèlement aux objectifs de 3,5% en 2024 et 4% en 2030, il faudra aussi plancher sur l'efficacité des dépenses. Ce qui promet des débats politiques difficiles.

Le projet d’accord gouvernemental actuellement négocié par les sept partis de la Vivaldi comprend un volet consacré à la relance de l’investissement. La volonté est de relever l’investissement public pour atteindre 3,5% en 2014 puis 4% en 2030, même si ces deux paliers sont encore en discussion.

"C’est ambitieux, mais nécessaire compte tenu du retard accumulé", estime Philippe Ledent, économiste chez ING. Le niveau d’investissement public est actuellement de 2%, contre 3% en moyenne parmi les pays de l’OCDE.

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Le niveau d’investissement public en Belgique est actuellement de 2%.

Dans quoi faudra-t-il investir? La note identifie six domaines: soins de santé, transition énergétique, mobilité, enseignement et recherche, agenda digital, cybersécurité. "Si on demande l’avis de la population, la priorité ira à l’enseignement et aux soins de santé. Mais il faut aussi soutenir l’économie, en renforçant par exemple tout ce qui concerne les réseaux : routes, rail, télécoms, fibre optique, 5G… Bref tout ce qui permet d’augmenter la croissance potentielle de l’économie", juge Philippe Ledent.

À ses yeux, c’est dans l’enseignement que le retour sur investissement est le plus important. "Mais les effets ne seront visibles qu’au bout de 15 ans", prévient-il. "Si on veut des effets palpables sur cette législature, on préférera isoler des bâtiments par exemple, car cela génère de l’activité économique immédiate."

Viser l’efficacité

Avec des finances publiques en mauvaise posture, jusqu’où peut-on aller dans la relance de l’investissement? Faudra-t-il se résoudre à creuser le déficit? Augmenter les recettes de l’État? Ou au contraire couper dans des dépenses ailleurs?

Koen De Leus, économiste en chef chez BNPP Fortis, pense que dans l’immédiat et compte tenu de la gravité de la crise, il ne faut pas lésiner sur les moyens. "Mais pour les années 2021, 2022 et 2023, il faudra veiller à ne pas laisser filer le déficit", ajoute-t-il.

"Les dépenses par élève et par patient sont déjà relativement élevées."
Koen De Leus
Économiste en chef chez BNPP Fortis

C’est pourquoi il recommande de se pencher sur l’efficacité de la dépense publique. "Il ne suffit pas de débloquer de l’argent pour que les choses aillent mieux. Les dépenses par élève et par patient sont déjà relativement élevées par rapport aux autres pays. Par contre, on a toujours environ 30% de surconsommation dans les soins de santé. Il s’agit aussi d’un secteur où les écarts salariaux sont très importants."

Philippe Ledent partage le diagnostic mais redoute un débat politique difficile. "L’idée de gagner en efficacité dans les services publics est pratiquement tabou. Il faudrait pourtant oser le débat sur l’efficacité de la dépense publique."

Mobiliser l’épargne

Mais il n’y a pas que les moyens publics qui devront être sollicités. Les négociateurs de la Vivaldi étudient également la possibilité d’activer l’épargne des Belges. Sur ce point, les deux économistes souhaitent lever un malentendu : il n’y a pas d’épargne qui "dort" sur les livrets. Philippe Ledent : "C’est un immense faux problème. Cet argent ne dort pas, il est utilisé pour accorder des prêts ou pour acheter des obligations d’Etat. L’épargne des Belges sert déjà à financer les investissements publics."

"L’épargne des Belges sert déjà à financer les investissements publics."
Philippe Ledent
Economiste chez ING

Par contre, il juge parfaitement utile de plancher sur un moyen de stimuler l’utilisation de l’épargne pour des poches de l’économie qui ne trouvent pas de financement. Tout en gardant à l’esprit que les banques n’ont pas le droit de canaliser l’épargne vers des investissements à risque sans l’accord de l’épargnant.

Certains ont évoqué l’idée d’un nouvelle loi Cooreman-De Clercq. "Pourquoi pas, répond Koen De Leus, mais il ne faut pas oublier que la plupart des PME ne sont pas spécialement désireuses de faire rentrer des tiers dans leur capital."

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