analyse

Non, la coalition suédoise n'est pas prête à rompre

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Il aura suffi de deux déclarations intempestives venues des rangs du CD&V pour que Bart De Wever brandisse la menace d’une chute du gouvernement.

Le roseau plie mais ne rompt pas. Ce roseau – indestructible? –, c’est l’image parfaite pour illustrer ce gouvernement fédéral pris dans la tempête provoquée par le dossier des migrants soudanais renvoyés dans leur pays par l’administration du secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Theo Francken.

Le nouveau coup de blizzard est venu ce week-end des frères ennemis, le CD&V d’un côté, la N-VA, de l’autre. "Theo Francken aurait dû démissionner depuis longtemps, a balancé le député européen CD&V Ivo Belet, jugeant qu’il ne serait plus jamais crédible au Parlement. Eric Van Rompuy, lui, s’attaquant de son côté au Premier ministre en le traitant de "marionnette de la N-VA", et l’accusant d’avoir couvert politiquement Francken alors que l’enquête sur des éventuelles erreurs commises par son administration est en cours au sein du Commissariat général aux réfugiés et apatrides (CGRA). L’opposition, elle, a déposé deux motions de méfiance appelant à la démission du secrétaire d’État. Elles seront examinées jeudi au Parlement.

"Le chantage ne m’impres-sionne pas. La question de l’asile et l’immigra-tion mérite mieux qu’une querelle d’ego."
charles michel
premier ministre

Réponse cinglante dimanche soir du président de la N-VA: "Si on demande à Theo Francken de se retirer, alors la N-VA se retirera. La position de Theo Francken n’est pas sujette à discussion. Il a appliqué la loi." Bart De Wever est aujourd’hui prêt à retirer la prise du gouvernement fédéral, quels que soient les résultats de l’enquête du CGRA…

Malaise. Gros malaise ce lundi matin lors des bureaux de parti de l’attelage fédéral… Le roseau suédois peut-il se permettre de rompre sous les rafales de la N-VA? Au CD&V, à l’Open VLD et… au MR, la réponse est tombée sur le coup de midi: non.

Des trois partis, le même signal a été lancé. Les rangs se resserrent. "La démission de Theo Francken n’est pas à l’ordre du jour", a déclaré le président du CD&V, Wouter Beke, qui renvoie cette option à une décision à prendre par le secrétaire d’État, suivant sa déontologie personnelle. Comprenez: le CD&V ne demandera pas la tête de Francken. Et glissera encore moins sur la pente dangereuse des élections anticipées… "C’est jouer avec le feu. Les gens attendent de nous que nous prenions des décisions aussi en 2018 et pas que nous nous livrions à des petits jeux politiques. Il y a suffisamment de confiance pour mettre en œuvre l’accord de gouvernement", a-t-il précisé. Une autre source au CD&V est plus amère: "Allez, disons-le, on fait le gros dos. Vu les sondages, on n’a pas le choix. Il n’y a qu’un poids lourd. Mais des crises, il y en aura encore."

À l’Open Vld, la présidente Gwendolyn Rutten refuse de se laisser imposer un chantage. "Nous continuons à travailler, c’est ce que les gens attendent de nous", a-t-elle déclaré.

Charles Michel recadre

Et au MR? Le Premier ministre Charles Michel lui-même a remis les pendules à l’heure dès lundi matin, sur les ondes de Bel RTL: "Le chantage ne m’impressionne pas. La question de l’asile et l’immigration mérite mieux qu’une querelle d’ego." Charles Michel a rappelé la feuille de route de son gouvernement, et ne compte pas laisser la N-VA l’en dévier.

Lors de son bureau, le parti a réaffirmé son soutien à la politique migratoire du fédéral. Quand à l’enquête, le MR attend d’en voir les résultats, mais précise aussi qu’elle n’est pas menée dans le but de juger Theo Francken, mais d’identifier s’il y a des lignes à faire bouger sur la manière dont les rapatriements sont mis en œuvre… Ici aussi donc, faire démissionner Francken n’est pas à l’ordre du jour.

De quoi remettre un peu d’eau au moulin de ceux qui dénoncent un Premier ministre "à la botte" de Bart De Wever? Dans les couloirs, certains s’énervent: "Qu’on arrête de dire que la N-VA décide de tout. Elle a dû faire des concessions aussi dans pas mal de dossiers, à commencer par le communautaire qui a été mis au frigo", s’agace un libéral, rappelant aussi les dossiers du tax shift ou le recul de l’équilibre budgétaire sur lesquels la N-VA n’était pas en accord avec ses partenaires. Mais a fini par plier.

Le socio-économique. C’est bel et bien ce pan-là de l’action du gouvernement qui est la colonne vertébrale qui empêche le roseau de casser. Il n’y a qu’à entendre le vice-Premier CD&V Kris Peeters rappelant que l’économie et l’emploi, enfin sur la voie de la croissance, avaient plus que jamais besoin d’un gouvernement de plein exercice. "Sur ces dossiers, la N-VA est en ligne avec ce que nous voulions faire, et on arrive à mener notre politique", ajoute-t-on au MR. Il n’y a d’ailleurs qu’à voir la réaction du Voka, l’oganisation patronale flamande, qui, dans la journée, a fait savoir qu’il appréciait peu la menace de De Wever (lire encadré). "Pour la première fois d’ailleurs, se croyant tout-puissant, il a commis une grosse erreur de communication", dit-on dans le cercle gouvernemental. Et donc le roseau plie, mais ne rompt pas.

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