"Nous ne sommes peut-être pas au bout de nos surprises avec le CD&V"

Joachim Coens l'assure: son parti est prêt à négocier. ©BELGA

Le changement d'attitude du CD&V constitue une avancée, mais des obstacles devront encore être surmontés avant qu'un éventuel gouvernement puisse voir le jour.

Quinze mois après les élections, le CD&V s'est enfin dit prêt à rejoindre un gouvernement qui ne disposerait pas d'une majorité dans le groupe linguistique néerlandophone. Autrement dit, les chrétiens-démocrates flamands n'excluent plus de participer à une majorité sans la N-VA. Ce revirement constitue-t-il un tournant? Éléments de réponse avec Jean Faniel, le directeur général du Centre de recherche et d'information sociopolitiques (Crisp).

Pourquoi le CD&V change d'attitude maintenant?

Je ne suis pas encore certain que le CD&V ait vraiment changé d'avis ou de comportement. Dans une interview, Sammy Mahdi, une personnalité qui commence à compter au sein du parti, a semblé relativiser les déclarations de Joachim Coens. On n'est donc peut-être pas encore sorti de l'auberge.

Ceci étant dit, je crois que pour le CD&V, comme pour les autres protagonistes, le compteur tourne. Il ne reste que 14 jours avant la date, considérée comme fatidique, du 17 septembre où Sophie Wilmès pourrait présenter sa démission. Le sentiment est donc qu'il faut désormais vraiment avancer vers quelque chose.

Un autre élément important, c'est que la demande répétée du CD&V qu'il y ait une discussion entre PS et N-VA a finalement été entendue. La tentative des préformateurs Bart De Wever et Paul Magnette semble d'ailleurs avoir donné des résultats, avant d'être abattue en plein vol. En tout cas, cette séquence permet au CD&V, sincèrement ou en termes de communication, de dire: maintenant qu'on est enfin passé par cette case, on peut tenter une autre formule.

Et la crainte de se retrouver dans l'opposition?

Il est possible que le CD&V ait senti le vent du boulet. L'hypothèse que le cdH soit la septième roue du carosse semble quand même avoir pris de la consistance. Depuis quelques mois, on sent que le discours de Maxime Prévot et d'autres membres de ce parti a changé. Dès lors, la menace de terminer dans l'opposition est devenue crédible pour le CD&V. Cet élément peut avoir joué.

Pensez-vous que le CD&V voudra absolument embarquer le cdH dans une éventuelle coalition?

Ce n'est pas certain. J'ai l'impression que l'écart entre ces deux partis s'est pas mal creusé depuis leur séparation en 68. Les relations aujourd'hui sont franchement faibles, donc je ne suis pas du tout sûr qu'il y aura une volonté de famille.

Quels éléments risquent encore d'entraîner des blocages lors des négociations?

Beaucoup de choses peuvent encore les faire échouer. La question de l'IVG, dont le CD&V a fait un symbole, pourrait notamment constituer un point de blocage.

Beaucoup de tensions sont aussi possibles sur les aspects budgétaires. Quand on entend le discours des partis de l'ex-Suédoise, on constate qu'ils ne sont pas du tout sur la même longueur d'onde que les écologistes et les socialistes.

Enfin, le communautaire reste toujours un élément à prendre en compte. Le CD&V semble tenir encore plus que par le passé à des réformes institutionnelles. Je serais surpris qu'il laisse se former un gouvernement l'incluant sans avoir des demandes institutionnelles. Les obstacles restent donc nombreux.

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