interview

Olivier Valentin (CGSLB): "La grève doit toujours être une arme ultime"

C'est avec une prudence de Sioux qu'Olivier Valentin, secrétaire national de la CGSLB, évoque les négociations salariales en cours. ©Antonin Weber / Hans Lucas

Patrons et syndicats cherchent toujours à conclure un accord interprofessionnel (AIP 2021-2022). L'Echo fait le tour de la question avec le secrétaire national du syndicat libéral, Olivier Valentin.

Par un froid mercredi d’avril, on met le cap sur le siège de la CGSLB à Bruxelles. Une fois monté au cinquième étage, d’où nous disposons d’une vue imprenable sur le tunnel Léopold II - bientôt Annie Cordy -, on y rencontre le secrétaire national du syndicat libéral, Olivier Valentin. Il ne le cache pas, les négociations salariales traversent une phase extrêmement délicate, ce qui l’amène à peser chacun de ses mots lors de notre entretien.

Le ministre du Travail, Pierre-Yves Dermagne (PS), rencontrera séparément les syndicats et les employeurs cette semaine. Que peut-on attendre de ces réunions?

Nous partons du principe qu’il y a encore une chance de rapprocher les points de vue des deux bancs, mais je ne cache pas que la tâche du ministre est extrêmement complexe. Ces réunions bilatérales doivent servir à préciser ce qui se trouve sur la table. Dans la situation actuelle, en grande partie en raison du cadre de la loi de 1996 sur la compétitivité, telle que modifiée en 2017, la discussion sur les salaires reste enfermée dans un carcan.

Des pistes, à l’instar de primes uniques ou d’augmentation des chèques-repas, ont été avancées pour récompenser, au-delà de la marge de 0,4%, les travailleurs des entreprises qui tournent bien. Sont-elles acceptables?

Elles peuvent faire partie de la solution, mais elles sont insuffisantes en tant que telles. Aujourd’hui, on parle de l’éventualité que le gouvernement prenne des circulaires afin de sortir certains éléments de la norme impérative de 0,4%.

"Nous espérons toujours avoir des perspectives quant à une réforme structurelle de la loi de 1996."

La difficulté reste que tout ce qu’on ferait en dehors de ces 0,4% se retrouvera ensuite dans la masse salariale qui servira de base pour calculer la norme suivante (2023-2024). Avec une circulaire, on ne pourra pas changer cela. Ce qui veut dire qu’il va falloir faire preuve de créativité pour trouver des solutions qui tiennent la route d’un point de vue juridique.

Nous espérons aussi toujours avoir des perspectives quant à une réforme structurelle de la loi de 1996. Je ne pense pas qu’on obtiendra des modifications cette fois-ci, mais il nous faudrait des réponses nous offrant de la sécurité pour le futur.

En Allemagne, les interlocuteurs sociaux se sont entendus sur des hausses salariales de 2,3%, alors qu'en Belgique des augmentations qui atteindront 3,2%, en tenant compte de l'indexation, sont jugées insuffisantes par les syndicats...

L’indexation, on ne doit pas y toucher. Ce n’est pas une augmentation du pouvoir d’achat, mais une mesure visant à ce qu’il ne diminue pas. La négociation sur les 0,4% a, quant à elle, pour objectif d’améliorer le pouvoir d’achat. Il faut séparer ces deux aspects. La situation allemande, qui concerne le secteur industriel, doit par ailleurs être analysée différemment de la nôtre. Ils ne se comparent pas nécessairement avec leurs voisins, comme nous le faisons.

0,4%
Marge salariale
Les salaires ne devraient pas augmenter de plus de 0,4%, hors index, en 2021 et 2022 afin de préserver la compétitivité de la Belgique.

La FEB estime qu’il n’y a que 5% d’entreprises en Belgique qui pourraient octroyer des augmentations supérieures à 0,4%. C’est crédible?

On va dire qu’ils forcent un peu le trait. Ce n’est pas crédible, mais il est exact que des entreprises sont en difficulté et d’autres pas. Dans certains secteurs, comme la distribution alimentaire par exemple, des augmentations plus importantes sont évidemment possibles. Les organisations syndicales connaissent les secteurs et les entreprises et la dernière chose qu'elles feraient, c'est d'y mettre en danger des emplois.

Dans l’espoir d’aboutir à un compromis, le ministre Dermagne a mis la revalorisation du salaire minimum sur la table, c’est une idée intéressante?

En soi, la revalorisation du salaire minimum est quelque chose d’essentiel pour l’ensemble des organisations syndicales. La question est de savoir comment on peut y parvenir…

"Si le gouvernement dispose de pistes fiscales ou sociales qui permettraient d’avancer sur le salaire minimum, il serait important qu’il les présente."

Le gouvernement ne vous a pas donné de pistes concrètes?

Non, pas pour l'instant. S'il dispose de pistes fiscales ou sociales qui permettraient d’avancer, il serait important qu’il les présente. Avant d'aborder cela dans le cadre d'un accord interprofessionnel, il reste cependant pas mal de difficultés, dont celle de savoir ce que l'on fait de l'enveloppe bien-être (environ 900 millions alloués au relèvement des allocations sociales, NDLR).

Trouver une solution sur la répartition de cette enveloppe, c'est un préalable pour votre organisation?

Aboutir sur sa répartition ne serait pas extrêmement complexe. Il est en tout cas nécessaire de régler cela avant de parler du reste. À plus long terme, il faudra essayer de trouver des solutions pour éviter que cette discussion et celle de l'AIP ne soient à nouveau mélangées.

"La grève doit toujours être une arme ultime."

Si le blocage persiste dans les négociations, la CGSLB pourrait appeler à la grève?

Je ne peux pas me prononcer à ce stade. Nous voulons laisser toutes les chances à la négociation et nous considérons que la grève doit toujours être une arme ultime.

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