On évoque un budget d'affaires courantes demandé par le Palais

L'idée de faire passer un budget d'urgence pourrait se heurter au fait que la Première ministre Sophie Wilmès n’a pas de majorité pour agir à son aise. ©BELGA

La question budgétaire s’imposera tôt ou tard dans le feuilleton politique belge. Une solution pourrait être que le Palais demande un budget d'affaires courantes, comme en 2011. En attendant, les deux informateurs royaux se concentreraient sur l'option d'une coalition Vivaldi.

Constitution du prochain gouvernement fédéral, épisode X. Les courageux qui suivent encore le feuilleton politique auront lu ou entendu que, contre toute attente, la mission des informateurs royaux, déjà longue de deux mois, a été prolongée d’une semaine par le Palais royal. Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V) rendront leur rapport final le 4 février.

Que peuvent encore espérer les deux présidents de partis? L’idée de réunir le PS et la N-VA, les deux partis les plus importants du pays, a été enterrée de multiples fois, surtout par le PS. Son président, Paul Magnette, y est allé fort lundi en dévoilant les mesures honnies qu’aurait mises la N-VA sur la table (scission de la SNCB, limitation du chômage dans le temps, etc.). Une présentation qualifiée d’exagérée et tronquée côté N-VA, mais qui élimine de fait toute alliance possible.

La piste Vivaldi tient la corde

"Le PS n’a pas peur du valet noir", assure un négociateur francophone. À bonnes sources, on confirmait que c’est à nouveau la piste dite Vivaldi qui serait surtout explorée avant le 4 février. On rappelle, Vivaldi ce sont les quatre saisons et quatre couleurs, celles de la coalition arc-en-ciel (unissant les familles libérale, socialiste et écologiste) à laquelle s’associe le CD&V.

En 2011, Albert II avait demandé des mesures budgétaires au gouvernement Leterme.

Dans cette optique n’offrant pas de majorité aux partis flamands dans leur groupe à la Chambre, l’attitude du CD&V est centrale, comme celle de l’Open Vld. Vont-ils accepter d’y aller? Ce n’est pas certain, les deux partis sont divisés sur la question. Les dernières déclarations d’un CD&V qui ne veut pas délier son sort de celui des nationalistes, ferment toujours cette porte.

Un budget d'affaires courantes, comme en 2011

Vu le blocage, dans les coulisses du pouvoir, l’idée d’un budget 2020 demandé par le Palais au gouvernement en affaires courantes est évoquée. Elle s’inspire de l’initiative qui avait été prise par le roi Albert II en janvier 2011. Alors que la Belgique vivait la plus longue crise politique de son histoire, le Roi avait demandé au gouvernement démissionnaire d’Yves Leterme (CD&V) de prendre des mesures budgétaires.

L’option circule aujourd’hui mais, le cas échéant, elle ne sera pas pour tout de suite. Elle se heurte à quelques écueils. Et non des moindres. Contrairement à Yves Leterme, la Première ministre Sophie Wilmès (MR) n’a pas de majorité pour agir à son aise. En outre, l’urgence est moins présente. En 2011, la crise de la dette souveraine battait son plein et le financement de l’État belge était sous pression des marchés et des agences de notation. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, l’État n’a plus à craindre une hausse des taux pour se financer. Bref, il faudrait que la crise politique s’enlise davantage pour qu’on y vienne.

Comment expliquer à l’opinion qu’on peut faire une majorité temporaire et mais pas de gouvernement de plein exercice?
Un acteur politique

Vers quoi se dirige-t-on?

Ce qui nous mène à la perspective d’un nouvel échec du tandem Bouchez/Coens. Faudra-t-il en venir à confier une mission royale à la N-VA? Cela suscite peu d’enthousiasme dans les autres partis où l’on soupçonne aussi Bart De Wever de vouloir mener tout le monde à des élections anticipées. "Il peut imaginer se refaire une santé sur le dos du Vld et du CD&V", analyse une source flamande. Cette perspective pourrait infléchir l’attitude des deux partis en question.

Sinon, l’idée d’un gouvernement temporaire imaginée par le PS pour installer un arc-en-ciel de fait, voire celle d’un gouvernement technique poussé par le patronat, ne vivent absolument pas pour le moment. Elles sont politiquement impraticables vu les antagonismes entre les partis. "Comment expliquer à l’opinion qu’on peut faire une majorité temporaire et mais pas de gouvernement de plein exercice?", glisse un acteur. Qui peut lui donner tort?

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