chronique

On peut skier, au Brésil?

Journaliste

Jusqu’à il y a peu, on avait une image plutôt sympatoche d’Albert II. Le moins empoté de la lignée. Le vieil oncle rigolard de la Belgique...

Allez. C’est pas tous les jours que l’on a l’occasion de commettre un crime de lèse-majesté. Même si l’on se mêle de ce qui ne nous regarde qu’à moitié. Et si une partie de l’enjeu nous échappe peut-être, faute de descendance "illégitime" disséminée de par le vaste monde. Mais voir Albert II contraint par la justice, et par la volonté tenace de Delphine Boël (de Belgique), de se livrer à un test ADN nous chagrine un brin.

À vrai dire, on a du mal à comprendre les contorsions auxquelles s’adonne l’ancien souverain. Cet arsenal de traîne-savates rechignant à reconnaître celle qui est visiblement sa fille – ce n’est pas comme s’il y avait un sombre secret de famille à préserver.

Jusqu’à il y a peu, on avait pourtant une image plutôt sympatoche d’Albert. Le moins empoté de la lignée. Le vieil oncle rigolard de la Belgique. N’était-ce qu’une illusion, savamment entretenue par le peignoir dont l’affublait perpétuellement Kroll? Quoi qu’il en soit, on découvre ces derniers temps un père ingrat. Et un vieux ronchon se plaignant de sa dotation de misère.

Il est plus facile d’être féministe à l’heure d’enfiler un t-shirt que lorsqu’il s’agit de désigner des femmes à des postes d’envergure.

Les ravages du grand âge, se surprend-on parfois à penser. Avec de la crainte et non du mépris, précise-t-on. Parce que cela nous pend tous au nez. Et que, jusqu’à preuve du contraire, la vieillesse constitue encore le meilleur moyen que l’on ait trouvé pour ne pas mourir jeune.

Change-t-on à ce point en se couvrant de rides? Le week-end passé, on aurait bien soumis la question à Louis Michel, interviewé dans ces colonnes. Tant cela nous a taraudé: livrait-il ainsi le fond de sa pensée ou était-il en service commandé? Tenu de briquer le blason du fiston et d’incarner la ligne du parti?

Louis Michel, donc. Père présumé du libéralisme social – une appellation qu’il révoque à présent, tant elle lui semble incongrue. Le libéralisme est par essence social; circulez, il n’y a rien de plus à penser! Olivier Chastel, sors de ce corps.

Louis Michel, grand défenseur de la liberté de circulation, s’appliquant maintenant à bien différencier demandeurs d’asile et migrants économiques – bref, ceux qui peuvent bouger parce qu’ils en ont demandé la permission et ces illégaux qui ne le font pas.

Louis Michel dégainant un relativisme mou face à l’élection d’un président brésilien raciste, misogyne, homophobe et nostalgique de cette bonne vieille dictature militaire. Bah, attendons de voir avant de juger. Mais où est passée cette fougue de l’an 2000? À l’époque, alors que l’extrême droite prend ses quartiers à Vienne, "Big Loulou" ne tergiverse pas et menace d’occire personnellement tout Belge partant taquiner la poudreuse en Autriche.

On s’attarde trop sur la génération sortante, pensez-vous? Pas faux. Mais à vrai dire, celle en place ne s’illustre pas non plus par sa brillante modernité. Pour une "jeune" cuvée, elle a bien vite assimilé les vieux réflexes. Que ce soit en termes de shopping électoral, en continuant à prendre les citoyens pour des truffes. Un exemple au hasard? Ce ministre, qui ne s’abaissera pas, en 2019, à se présenter à la tête de la Région bruxelloise et mènera ses troupes sur un canasson bien plus fringant, aux couleurs de la Chambre. Par contre, si la ministre-présidence bruxelloise venait à passer devant lui, gageons qu’il ne fera pas autant la fine bouche.

Ou en termes de nominations politiques. Ah ça oui, il est nettement plus facile d’être féministe à l’heure d’enfiler un t-shirt que lorsqu’il s’agit de désigner des femmes à des postes d’envergure.

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