On vaccinera en premier les travailleurs encourant le plus de risques

Le vaccin de Moderna a débarqué dans les premiers hôpitaux belges ce lundi. De quoi venir épauler celui de Pfizer. ©BELGA

Le Conseil supérieur pour la prévention et la protection au travail a été chargé de plancher sur une série de critères de risques. Sauf que les partenaires sociaux doutent de la méthode.

C'est l'inconnue restante dans la stratégie de vaccination belge - à côté du doute qui accompagne encore les livraisons de vaccins, de petits couacs n'étant pas à exclure, comme le prouvent les 7.000 doses manquantes de Pfizer cette semaine.

Après les maisons de repos, les soins de santé et les autres institutions de soins collectives formant la phase "1a", après les Belges de plus de 65 ans et les personnes "à risques" entre 45 et 65 ans, viennent, à partir d'avril et afin de clôturer la phase "1b", les "fonctions sociales et/ou économiques essentielles".

Qui, pour clôturer la phase "1b"?

Reste à savoir ce que cette appellation recouvre. Dans sa version longue, elle devient "fonctions critiques au sein des services essentiels", ce qui renvoie à l'arrêté ministériel du 17 avril 2020 définissant les secteurs "nécessaires à la protection des besoins vitaux de la nation et des besoins de la population". La liste est longue, et va des soins de santé à la police, en passant par les écoles, les taxis ou l'alimentation. Inventaire à la Prévert.

"L'appellation 'fonctions essentielles' est malheureuse. Parce que c’est comme si nous estimions que certaines professions étaient essentielles et d’autres l’étaient moins."
Sabine Stordeur
Project manager pour la task force vaccination

Courte ou longue, l'appellation est malheureuse, regrette Sabine Stordeur, de la "task force vaccination". Parce qu'elle pourrait donner l'impression qu'il est question de classer certaines professions, voire certaines personnes, selon leur ordre d'importance, ou d'utilité.

Au lieu de se pencher sur des fonctions dans leur ensemble, il a été privilégié une approche établissant, de la façon la plus objective possible, une série de critères tentant d'approcher le risque encouru par les travailleurs dans l'exercice de leur fonction - étant entendu qu'une personne sur le terrain a plus de (mal)chance de se frotter au virus que celle en télétravail.

4
millions
Au mois d'avril, avec les priorités déjà accordées dans la stratégie de vaccination, ce sont plus de 4 millions de Belges qui devraient avoir eu l'opportunité de se faire vacciner.

Et à vrai dire, dans ses espoirs les plus fous, la Belgique aimerait bien ne pas avoir à les dégainer, ces critères. Être certaine de disposer de suffisamment de doses afin de se lancer dans la vaccination de "masse" – sachant qu'avec toutes les priorités déjà définies, ce sont plus de quatre millions de Belges qui auront eu l'occasion de se faire vacciner.

Patrons et syndicats doutent

N'empêche qu'il faut les préparer, au cas où. La task force a soumis ses suggestions au Conseil supérieur pour la prévention et la protection au travail. Dont on attend qu'il formule un avis, pour le mois de février. Une fois les critères entérinés, ils pourraient être appliqués et "incarnés", au sein des entreprises des secteurs essentiels, via les services de prévention et de protection au travail, à même de déterminer les travailleurs répondant aux conditions.

Le Conseil démarre ses travaux de fond dès ce mardi matin. Une affaire qui roule? Pas forcément. Parce que pour les partenaires sociaux se pose une question presque philosophique. Est-ce vraiment à eux de déterminer un ordre de priorité pour la vaccination?

100.443
doses de vaccin administrées
Ce dimanche soir, la Belgique avait administré, et enregistré, 100.443 doses de vaccin, ressort-il des premières données officielles livrées par Sciensano. Ce qui fait que 1,09% de la population âgée de plus de 18 ans est partiellement protégée. Et cette semaine, quelque 93.600 doses devraient venir s'ajouter à ce compteur.

L'Union des classes moyennes a pris sa plus belle plume, afin de demander au ministre de la Santé s'il n'existait pas des études scientifiques permettant de les guider sur la voie du ralentissement de l'épidémie ET de la reprise de l'économie. Cela doute sec également du côté des syndicats. Faut-il privilégier une approche qui pénalise les demandeurs d'emploi, retardant leur accès au marché du travail? Ou, de manière plus générale, ne serait-il pas plus indiqué de poursuivre sur l'application de critères liés à la santé, appliqués cette fois aux moins de 45 ans?

Ceci confirme en tout cas ce constat, né de la polémique autour de l'ouverture, ou non, des commerces. Définir "l'essentiel" ne coule pas de source.

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