Oui, Charles Michel sort gagnant de la crise

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Si la N-VA n’a pas claqué la porte, c’est parce qu’elle peut difficilement se passer du MR en vue d’un prochain gouvernement.

Le Premier ministre Charles Michel sort-il renforcé de cette épreuve de force avec son partenaire de coalition? Au vu des événements de mercredi, difficile d’émettre un jugement définitif. Une chose est sûre, c’est qu’en défiant ainsi la N-VA, Charles Michel entend montrer que c’est bien lui qui dirige ce gouvernement et qu’il ne reçoit pas ses ordres d’Anvers, comme l’opposition francophone cherche à le faire croire depuis le tout premier jour de la suédoise.

"Cette fermeté de Charles Michel n’est pas sans lien avec le mauvais résultat réalisé par le MR aux élections communales, indique Nicolas Bouteca, politologue à l’université de Gand (UGent). Il s’affirme sur un dossier important et qui sera encore tout frais dans la mémoire de l’électeur au moment d’aller voter au printemps prochain. Il était vital pour Charles Michel de frapper les esprits avant d’entrer en campagne." Car même s’il avait dû remettre sa démission au Roi, le Premier ministre aurait coupé l’herbe sous le pied de ses détracteurs francophones.

Le bilan socio-économique de ce gouvernement est plutôt bon, comme l’a montré une récente étude de la KULeuven qui épingle les effets positifs du tax shift sur le revenu des ménages.
Nicolas Bouteca
Politologue UGent

Bilan socio-économique

Au-delà de ces considérations de perception, deux autres raisons, plus fondamentales, ont également poussé le MR à ne plus rien lâcher. Premièrement, le rapport de forces n’est pas si défavorable que cela pour les libéraux francophones. Nicolas Bouteca rappelle que la N-VA "a besoin" du MR. "La N-VA pourrait gouverner avec le PS, mais alors ce sera pour faire une nouvelle réforme de l’État. Ce qui suppose de devoir faire des compromis. Or la N-VA n’excelle pas spécialement dans l’art de bâtir des compromis." D’autant que l’opinion publique flamande n’est pour l’instant absolument pas demanderesse d’une réforme de l’État. Et comme a coutume de la dire Didier Reynders, un gouvernement sans le PS constitue déjà en soi une réforme de l’État.

Par contre, pour un gouvernement socio-économique, le MR constitue le partenaire idéal pour la N-VA. "Charles Michel joue clairement là-dessus", selon Nicolas Bouteca.

La deuxième raison qui a poussé le MR à ne rien lâcher, c’est que le bilan socio-économique du gouvernement intéresse autant le parti du Premier ministre que la N-VA. Dans l’atmosphère électrique de mardi, les fédérations patronales, Voka en tête, ont appelé les partis de la coalition à ne pas perdre de vue les réformes qui ont été lancées et dont certaines doivent encore atterrir (métiers pénibles, pacte énergétique notamment).

"Le bilan socio-économique de ce gouvernement est plutôt bon, comme l’a montré une récente étude de la KULeuven qui épingle les effets positifs du tax shift sur le revenu des ménages, souligne Nicolas Bouteca. Le renforcement de la dégressivité des allocations de chômage est un point sur lequel la N-VA mise également beaucoup. Les nationalistes vont-ils brader ces acquis pour ne conserver que la thématique migratoire dans leur campagne électorale, avec le Vlaams Belang à l’affût? Ce serait se priver de quelques beaux atouts."

Ce qui n’était pas prévu en revanche, c’est que la N-VA offrirait sur un plateau d’argent l’occasion à Charles Michel d’enfin s’affirmer comme patron de ce gouvernement. "La campagne de la N-VA sur les réseaux sociaux contre le pacte migratoire a sérieusement écorné l’image du parti, alors qu’ils étaient jusque-là dans un fauteuil sur le dossier du pacte migratoire. La réputation de la N-VA en tant que parti sérieux qui privilégie le débat de fond a pris un coup énorme", constate Nicolas Bouteca.

Le MR n’en demandait pas tant et s’est engouffré dans la brèche, offrant à la N-VA la possibilité de tirer la prise. Or l’histoire récente a montré que faire tomber le gouvernement s’avère rarement payant dans les urnes.

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