analyse

Paul Magnette opère un changement de méthode très tactique

Paul Magnette exposant à la presse sa "nouvelle méthode" pour tenter de trouver une issue à la crise politique. ©Photo News

Informateur royal depuis mardi, Paul Magnette a présenté les contours de sa mission ce jeudi. Il associera pas moins de 10 partis aux discussions. Et annonce un changement de méthode.

On entre dans le dur de la partie d’échecs entamée au lendemain des élections par les principaux partis démocratiques du pays. Depuis lundi, c’est Paul Magnette, président du PS qui a les mains dans le cambouis. Le Palais royal l’a chargé d’une mission d’information dans la foulée de l’échec de la préformation menée pendant un petit mois par Rudy Demotte (PS) et Geert Bourgeois (N-VA).

Le bourgmestre de Charleroi annonce un changement de méthode pour une mission "difficile". Plutôt que de s’évertuer à trouver une majorité entre partis qui ne s’entendent pas, il souhaite partir du fond des problèmes auxquels la Belgique fait face.

Paul Magnette tente donc d’évacuer temporairement la question de la coalition pour se concentrer sur l’identification de "quatre ou cinq enjeux majeurs" qui peuvent faire consensus. Entre qui? La question reste naturellement entière. Le président du PS discutera avec les dix partis suivants: N-VA, PS, sp.a, MR, Open Vld, Ecolo, Groen, Cd&V, cdH et DéFi.

Le zwarte piet est de retour

Le rapport de Paul Magnette est attendu par le Palais le 18 novembre. Le président du PS n’a pas exclu un prolongement de sa mission. "Tout dépendra du résultat que l'on pourra atteindre. Si on doit constater que, le 18 novembre, on est dans l'impasse la plus totale, ça n'a pas beaucoup de sens de solliciter une prolongation. Si, en revanche, des signes montrent qu'il y a de réelles convergences et qu'il est possible de bâtir une majorité de 80-85 sièges autour de cinq ou six priorités, ça vaudra la peine de solliciter une prolongation", a-t-il indiqué.

Si certains partis me disent que la priorité, c'est l'institutionnel, je verrai si c'est possible avec les autres partis.
Paul Magnette
Informateur royal

La tactique choisie par le PS pour éviter d’être abîmée par une mission royale inconfortable semble assez claire. Avec Elio Di Rupo, Paul Magnette n’a cessé d’appeler à la formation d’un gouvernement sans la N-VA. Un projet qui s’oppose pour l’heure au veto du CD&V et de l’Open Vld, indispensables dans pareil scénario, et sur lesquels les socialistes concentrent la pression.

On est dans le jeu traditionnel de la politique belge, celui du zwarte piet. C’est l’impasse, mais personne ne souhaite pouvoir être accusé d’être la source du blocage fédéral.

Que feront le CD&V et l'Open Vld?

On rappellera que, depuis la tentative avortée de rapprochement menée par Rudy Demotte et Geert Bourgeois, PS et N-VA sont à couteaux tirés. Les nationalistes ne veulent pas d’une coalition arc-en-ciel (rouge, bleu, vert, éventuellement soutenue par les sociaux-chrétiens) et ne manqueront pas de tout faire pour empêcher l’Open Vld et le CD&V de se marier aux socialistes.

Délaissant sa casquette de président de parti pour celle d’informateur, Paul Magnette indique "prendre ses responsabilités". "J'attends que chacun en fasse de même", ajoute-t-il. On rappelle le contexte: incontournable, le PS se dit incapable de s’entendre avec la N-VA que ni CD&V ni Open Vld ne souhaitent exclure.

coalition fédérale


2 ou 3 chances sur 10 de réussir

©BELGA

Paul Magnette démarre sa mission par la consultation des informateurs Didier Reynders et Johan Vande Lanotte avant de prendre langue avec les représentants de chaque parti invités d’ici samedi soir. Dimanche, il fera la synthèse de ces consultations avant des réunions bilatérales voire multilatérales, durant la semaine prochaine.

L’informateur se targue d’être un homme résolument optimiste, mais n’évalue à guère plus de deux ou trois sur dix ses chances de succès.

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