analyse

Paul Magnette poussé sur un chemin de croix

©ID / Bas Bogaerts

Le Parti socialiste est contraint de tester l’arc-en-ciel qu’il appelle de ses vœux depuis des mois. Il fait face à de nombreux vents contraires venus du CD&V et de l’Open Vld, qui ne souhaitent pas a priori rejeter la N-VA dans l’opposition, et du MR, qui ne fera pas de cadeau à Paul Magnette.

En gros, il reste une bonne dizaine de jours au président du PS Paul Magnette pour relancer la machine fédérale. C’est peu. Très peu même. A fortiori lorsqu’il se confirme que le Parti socialiste était loin d’être demandeur d’endosser une telle responsabilité à ce stade. Il est surpris et mécontent.

Tout le monde attend l’échec de Paul Magnette désormais.
Un observateur fédéral

Il voyait plutôt un petit tour de piste du CD&V, entend-on. Mais voilà, le Palais, dont le cabinet est dirigé par le social-chrétien Vincent Houssiau, l’a voulu. Le nouveau président du PS est informateur royal. Il veut une coalition sans la N-VA? Eh bien qu’il la tente. C’est le message.

"Tout le monde attend son échec désormais", glisse un politique francophone du niveau fédéral. On ne péchera pas par excès de pessimisme en indiquant que l’affaire a tout d’une mission impossible. Alors certes, la mission royale qui démarre n’exclut par formellement une participation de la N-VA. Mais ce que le PS réclame ouvertement depuis des mois, c’est bien de se passer d’elle. Or les écueils s’amoncellent devant la concrétisation d’une alliance arc-en-ciel. Associer socialistes, libéraux et écologistes du Nord et du Sud, avec l’éventuel soutien du CD&V, n’a rien d’une sinécure. Sérions les problèmes.

La N-VA grince des dents

La question est d’abord politique: il s’agit de convaincre l’Open Vld et le CD&V d’entamer une négociation sans la N-VA. Ils doivent s’en déscotcher, ne cessent de dire les socialistes.

Cela signifie surtout des cadeaux du côté francophone et la facture du côté flamand.
Valerie Van Peel
Députée N-VA

Bart De Wever avait anticipé l’idée, en indiquant, dès le lendemain des élections, qu’il n’était pas concevable que le gouvernement fédéral ne dispose pas d’une majorité dans le groupe flamand de la Chambre. Une majorité impossible à atteindre sans la N-VA (ou alors ce serait avec le Vlaams Belang, inconcevable...). Bien imprimer ce message dans l’opinion publique permettait de rendre les nationalistes incontournables aux yeux de l’opinion, malgré leur recul électoral.

Il n’a pas fallu attendre longtemps après la désignation de Paul Magnette comme informateur pour que la N-VA crache son fiel sur l’idée d’un arc-en-ciel. Même assorti du CD&V, celui-ci n’est "absolument pas une bonne chose" pour la Flandre, a estimé, par exemple, la députée Valerie Van Peel mercredi. "Cela signifie surtout des cadeaux du côté francophone et la facture du côté flamand. Ce n’est pas ce dont la Flandre a besoin. Il faudra voir si le CD&V et l’Open Vld envoient le même signal". Theo Francken est sorti sur le même ton. On passera sur les attaques du Vlaams Belang, qui n’attend pas pour faire de Paul Magnette l’épouvantail francophone qu’était Di Rupo avant lui.

Pression sur l'Open Vld et le CD&V

La pression se déplace donc logiquement sur l’Open Vld et le CD&V, qui répètent depuis les élections qu’ils n’entendent pas monter au gouvernement sans le premier parti de leur Région. "Pour l’instant, mon parti dit clairement non (à un gouvernement minoritaire coté flamand, NDLR), et on n’est pas les seuls", disait le vice-Premier ministre CD&V Koen Geens le 8 octobre dernier.

Le "pour l’instant" ne fermerait pas complètement la porte, mais rappelons que CD&V et Open Vld sont à la fois perdants des élections et associés à la N-VA dans le gouvernement flamand. Monter au pouvoir en s’exposant à l’opposition d’un parti qui est aussi partenaire, voilà qui s’annonce inconfortable. Pour arriver à les embarquer, si c’est possible, il faudra du temps. Et puis un arc-en-ciel, c’est bien joli mais pour faire quoi?

Faire de la gauche avec la droite

La question se pose à tous. Open Vld et CD&V ont participé au gouvernement Michel et défendent son bilan. "On ne va pas remonter au pouvoir pour détricoter ce que nous avons fait pendant cinq ans", entend-on dans les rangs de l’Open Vld. Pour un parti de droite, l’option arc-en-ciel n’est pas des plus confortables. D’autant que cela fait des semaines que le PS claironne qu’il veut retrouver le pouvoir pour corriger la politique jugée désastreuse du gouvernement Michel. Inutile de dire que le MR n’entrera pas dans une danse comme celle-là.

D’ores et déjà, les réformateurs spéculent sur un plantage en bonne et due forme de la mission d’information de Paul Magnette. Pour résumer, il n’y a pas grand monde pour souhaiter un succès au nouveau président du PS, en dehors des écologistes, bien sûr. En attendant le 18 novembre, date de son premier rapport au Roi, le bourgmestre de Charleroi s’exprimera ce jeudi matin devant la presse. 

Maxime Prévot: "Oui à un soutien de l'extrérieur"

Le cdH n’entend pas entrer dans un gouvernement fédéral. C’est ce qu’a tenu à préciser mercredi le président Maxime Prévot, après son tweet de mardi qui aurait pu être interprété comme une offre de services adressée à l’informateur Paul Magnette (PS). Une interprétation erronée, selon Maxime Prévot. 

"Je n’ai fait que rappeler ma position qui n’a pas changé depuis mai dernier, à savoir que nous sommes disposés à apporter un soutien de l’extérieur. Nous serons au rendez-vous si c’est pour assurer la stabilité du pays, garantir l’intérêt des francophones ou appuyer certaines grandes réformes. Mais nous ne sommes pas demandeurs d’une participation gouvernementale. Je ne cherche pas à décrocher un poste de sous-secrétaire d’État dans un quelconque gouvernement."

Avec cinq sièges à la Chambre, le cdH n’est pas mathématiquement indispensable. Paul Magnette n’envisage d’ailleurs pas d’inviter le cdH lors de ses consultations. Mais Maxime Prévot n’estime pas devoir entrer dans un exécutif pour faire œuvre utile. "Nous voulons être du côté de la solution et non du problème."

Le timing du tweet interpelle néanmoins. Faut-il y voir une préférence pour un arc-en-ciel plutôt qu’une Bourguignonne? "J’ai envoyé mon tweet avant que l’on ait pris connaissance de la désignation de Paul Magnette", se défend Maxime Prévot. "Affirmer que nous sommes à nouveau scotchés au PS, alors qu’on les a éjectés du gouvernement wallon en 2017? Restons sérieux…"

Par contre, Prévot ne cache pas son inquiétude pour l’avenir. "Une fois qu’on aura comblé les milliards de déficit, comment va-t-on financer les réformes promises par chacun?"

À moyen terme, il appelle les francophones à se mettre en ordre de marche pour l’échéance institutionnelle de 2024"Dans les semaines à venir, une nouvelle génération arrivera à la tête des partis. Ces jeunes présidents vont devoir apprendre à se connaître et s’apprivoiser. Il ne faudrait pas que les francophones arrivent en 2024 la fleur au fusil, sans être préparés."

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