interview

Peter De Roover (N-VA): "On se demande si le cabinet Dedonder fonctionne"

©saskia vanderstichele

Peter De Roover, chef de groupe N-VA à la Chambre, s'interroge sur la passivité des cabinets Dedonder, Van Quickenborne et Verlinden au sujet de Jürgen Conings.

Des dizaines de photos et d'articles de presse punaisés au mur, un porte-manteau chargé de cravates surplombe un bureau en désordre. Juste à côté, un petit salon usé où, sur la table basse, trône une machine à écrire qui semble remonter du début du XXe siècle. Une page en sort où l'on peut lire "la première phrase écrite en néerlandais", explique, Peter De Roover, chef de groupe N-VA à la Chambre. "On l'a trouvée gravée sur un arbre." C'est du très vieux néerlandais, il traduit: "Tous les oiseaux ont fait leur nid, sauf toi et moi." Une poésie d'amour, dit-il. A-t-on affaire à un nationaliste romantique? Loin s'en faut. Place à l'actualité.

"Le chef de cabinet de Madame Dedonder vient des renseignements militaires, n’a-t-il pas de contacts là-bas?"

Les renseignements militaires sont dans la tourmente et la ministre Dedonder n'était pas au courant de la dangerosité de Jürgen Conings. Surpris?

Bien sûr. Mais les renseignements militaires ne sont pas seuls en cause. Une chose m'étonne: le chef de cabinet de Madame Dedonder vient des renseignements militaires, n’a-t-il pas de contacts là-bas? Il est très intéressé, je le suppose, par le problème de la radicalisation d’extrême droite et n'a rien vu passer? Étrange pour un cabinet PS. Le fonctionnement du cabinet semble poser problème. Mais les ministres Van Quickenborne (Open Vld, en charge de la Justice) et Verlinden (CD&V, Intérieur) sont également responsables. Au niveau de l’Ocam, l’information doit être livrée aux ministres ou demandée par eux. Ils n’ont ni reçu ni demandé d’information. C’est très surprenant. Cela pose aussi problème. Les listes de l’Ocam sont-elles sérieuses et fiables? Dans ce cas, elles doivent être consultées, ce qui ne semble pas être le cas. Je ne peux pas m’imaginer que des informations pareilles restent à un niveau aussi bas dans la hiérarchie.

La ministre de la Défense doit-elle démissionner?

Attendons de voir ce qu’il se passe. Si on ne trouve pas ce Jürgen C. et qu’il fait ce que personne ne veut imaginer, il est clair que ce sera fini pour Madame Dedonder. Cela dit, même si cela ne se produit pas, on doit se demander si elle fonctionne comme on est en droit de l'attendre.

Le chef de l’armée pointe des problèmes de moyens. La N-VA et le gouvernement Michel ont-ils une responsabilité?

Il faut voir la tendance sur plusieurs années. Les investissements ont diminué et c’est Steven Vandeput (ministre N-VA de la Défense entre 2014 et 2018) qui a vu ce problème et décidé d’un réinvestissement dans la Défense. Il a démissionné trop tôt que pour mener ce projet au bout, mais l’idée de réinvestir dans les fondamentaux de la Défense, c’était notre politique.

Le gouvernement annonce des investissements, le recrutement de 10.000 personnes. La N-VA approuve?

C’est nécessaire et nous verrons bien le résultat.

Que pensez-vous des soutiens de M. Conings sur les réseaux sociaux et dans la rue?

Il faut d'abord dire que l’idée d’utiliser la violence, de mettre des gens en danger, on ne peut l’accepter. C’est sans ambiguïté. Ensuite, le fait qu’il y ait tant de gens qui réagissent comme cela doit être pris au sérieux par le monde politique. C’est une traduction - dans le contexte corona avec une forte limitation de nos libertés - d’un sentiment de frustration. Ce qui est dangereux, c’est que ces frustrations s’accumulent. Trop de gens sont acquis à l’idée que le système ne marche plus et la possibilité que quelqu’un utilise des moyens violents devient acceptable. Face à cela, on ne peut pas se contenter de dire que ce soutien n’est pas acceptable.

"Lorsque M. Vandenbroucke parle de mesures symboliques, mais pas vraiment nécessaires, les gens se demandent si le ministre vit dans le même monde qu'eux."

Que faut-il faire?

Cela fait plusieurs mois que j’en parle à la Chambre. On prend des mesures sanitaires, mais il n’y a pas eu la possibilité de mener des discussions ouvertes au Parlement sur des mesures qui allaient parfois très loin en termes de limitation des libertés. Et lorsque M. Vandenbroucke parle de mesures symboliques, mais pas vraiment nécessaires, c’est très dur pour toute personne qui a dû arrêter net le travail de toute une vie. Cela fâche les gens qui se demandent si le ministre vit dans le même monde qu'eux.

Madame Dedonder a accusé la N-VA de participer à ce climat de haine...

Ce sont des mots teintés de haine vis-à-vis de nous. Notre opposition n’est pas fondée sur des simplismes, mais sur des idées réalistes. Dire que s’opposer au gouvernement, c’est créer une situation de haine, c'est attaquer les fondements de la démocratie.

"Le secteur privé demande de la main-d’œuvre. Ce n’est apparemment pas une priorité du gouvernement."

Le gouvernement prolonge des mesures comme le chômage temporaire. Ne serait-il pas temps de cibler les aides?

Bien sûr, dans un moment de crise, il faut soutenir ceux qui ne sont plus capables d’être actifs. Mais l’économie repart, on doit donc stimuler le secteur privé et non donner un rôle trop important à l’État. Beaucoup de jobs ne trouvent pas preneurs. Ce qui est nécessaire aujourd'hui, c’est donc une politique d’activation, or on a beaucoup d’initiatives pour soutenir l’inactivité. Ceux qui n’ont pas de boulot se demandent si cela vaut la peine de travailler vu que les allocations augmentent pendant que le secteur privé demande de la main-d’œuvre. Ce n’est apparemment pas une priorité du gouvernement.

Le plan de relance vous semble-t-il crédible et suffisant?

On a une grande diversité d’initiatives qui ne sont pas toutes intelligentes. C’est notre crainte, que les investissements répondent à des tendances, des modes. Ce n’est pas parce qu’on met un green label sur une idée qu’elle est bonne. Des lobbies sont très actifs pour diriger des sommes importantes vers des investissements qui sont plus sympathiques que pertinents. Par exemple en énergie. Tout à coup on est contre l’énergie nucléaire et on doit compenser avec des centrales au gaz, ce qui n’est pas très positif. Cela montre qu'un dogmatisme est présent au sein de ce gouvernement.

"Des lobbies sont très actifs pour diriger des sommes importantes vers des investissements qui sont plus sympathiques que pertinents."

Que pensez-vous de la réforme des voitures de société?

Un changement est nécessaire, c’est clair. Mais il faut qu’il soit réaliste. Ceux qui disposent d’une voiture salaire de catégorie moyenne, auront-ils une alternative? L’infrastructure pose question. Ensuite l’électricité est produite par des centrales au gaz, ce qui pose question en termes d’impact environnemental. Ce que le gouvernement a décidé, sera cher à court terme pour ceux qui ont une voiture moyenne. À long terme ce problème disparaîtra sûrement, mais nous aurions souhaité une réforme plus équilibrée.

La Wallonie annonce de gros montant pour la relance. Croyez-vous à un sursaut?

Je l'espère. La Flandre n'a pas du tout intérêt à ce que la Wallonie soit faible économiquement et socialement. Ceci dit, c’est le troisième ou le quatrième plan et jusqu’ici, le résultat est assez modeste. Pour nous, il est très important que ceux qui mènent une certaine politique économique soient responsables des résultats. Sinon le système démocratique ne marche plus, car les conséquences négatives sont minimisées en raison des transferts organisés au niveau fédéral. Les gens pensent alors que ce n’est pas si grave. C’est cela qui m’énerve. Pas les choix posés.

Qu’attend la N-VA de la réforme de L'État pilotée par la Vivaldi?

Pas grand-chose. Je ne crois pas qu’on puisse trouver des solutions en fédéralisant certaines compétences et en échange, en donner d’autres aux Régions. Ce n’est pas une vision, mais du bric-à-brac. Du court terme.

"Les Wallons seraient le seul peuple dans le monde qui a besoin des Flamands? Je ne le crois pas."

Côté socialiste, il y a une réflexion sur la Belgique à 4 Régions. Preneur?

Notre idée, c'est 2+2, mais la différence entre les deux modèles n’est peut-être pas si importante. Pour nous, Bruxelles peut être une Ville-Région avec même plus de compétences qu’actuellement. Mais comme c’est la capitale du pays et que les communautés y ont des intérêts, elle ne peut être au même niveau que la Flandre et la Wallonie. Si Bruxelles souhaite rester une capitale, on ne peut imaginer que la Flandre quitte Bruxelles. Il y a peut-être des compromis possibles, mais l’idée de quatre Régions avec le même statut est problématique. Il est impossible de penser que la Flandre accepte d’être réduite à un quart des institutions. C’est inimaginable. C’est une idée de laboratoire.

Quid d'une Belgique stable sur le plan institutionnel?

Si on donne suffisamment d’autonomie aux Régions, associée à la responsabilité financière de leurs choix, alors il y aura la possibilité d’avoir une petite coupole qui restera la Belgique. Aujourd’hui les institutions sont des freins. Je suis pour la Wallonie, c’est notre voisin et je ne crois pas qu’elle ne soit pas capable de gérer sa propre économie et sa propre politique sociale. Ce serait le seul peuple dans le monde qui a besoin des Flamands? Je ne le crois pas, mais c’est le résultat du fait belge.

Les phrases clés

  • "Au niveau de l’Ocam, l’information doit être livrée aux ministres ou demandée par eux. Ils n’ont ni reçu ni demandé d’information."
  • "Si on ne trouve pas ce Jürgen C. et qu’il fait ce que personne ne veut imaginer, il est clair que ce sera fini pour Madame Dedonder."
  • "Ce qui est nécessaire aujourd'hui, c’est donc une politique d’activation, or on a beaucoup d’initiatives pour soutenir l’inactivité."

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