Philippe Defeyt: "La hausse de la quotité exemptée d’impôt ne résout pas la question des petits salaires"

Philippe Defeyt, économiste et ancien président de CPAS. ©doc

L'économiste Philippe Defeyt remet en doute l’efficacité d’une proposition bien positionnée dans le cadre des discussions sur le salaire minimum. Il lui préfère un crédit d’impôt intégralement et immédiatement remboursable.

"On ne peut pas laisser trainer l’idée qu’on va résoudre la question des petits salaires avec uniquement une augmentation de la quotité exonérée d’impôt”, défend l'économiste Philippe Defeyt. Ce dernier fait référence à une proposition actuellement examinée dans le cadre des négociations sur le salaire minimum et qui vise à augmenter les salaires en bas de l’échelle. Il estime que la solution proposée - une hausse de la quotité exemptée d'impôt - ne profitera pas ou très peu aux profils visés.  

"Le crédit d'impôt remboursable, c'est en tout cas moins cher qu’une formule d’augmentation de la quotité exemptée d’impôt, qui bénéficie à tout le monde.”
Philippe Defeyt
Économiste

Ces profils sont ceux des travailleurs à temps partiel et des personnes issues de secteurs où le salaire horaire est déjà faible. Aujourd’hui 27% des personnes qui travaillent sont à temps partiel et “ce, beaucoup dans des secteurs où on est relativement plus mal payé que dans d’autres”, ajoute Philippe Defeyt. Une femme qui travaillerait par exemple à 3/5 temps pour un salaire brut mensuel de 1.200 €/mois ne payera aucun précompte. Ainsi l’impact d'une augmentation de la quotité exemptée d'impôt serait nul et le net ne changerait pas. Si cependant, cette femme passe à 3/4 temps, elle paiera, au barème actuel, 28 €/mois de précompte. L'augmentation de la quotité exemptée fera qu'elle n'aurait plus de précompte à payer. Cependant, elle gagnerait toujours moins qu'un travailleur à plein temps pour lequel l'augmentation de la quotité exemptée d'impôt lui fera gagner 62 €/mois. 

L’ancien président du CPAS de Namur ajoute que pour les personnes ayant de petits salaires et qui ont des enfants à charge, il faut avoir au minimum un salaire de 1.840 € par mois pour bénéficier de la mesure. Une personne ayant un salaire plus élevé en bénéficiera, elle, toujours davantage. “Ce n’est pas vraiment ça qu’on appelle aider les petits salaires en priorité", réagit-il.  

Impact budgétaire énorme

Il estime en outre l'impact budgétaire énorme: "Prenons 3,8 millions de salariés en Belgique qui en profitent pleinement. Vous comptez 62 € par mois multipliés par 12 et encore par 3,8 millions. C'est déjà énorme!"

Sa solution? Un crédit d’impôt intégralement et immédiatement remboursable. L’avantage serait double: restreindre le nombre de personne visées par cette mesure et ainsi en augmenter le pouvoir d’achat et permettre un remboursement immédiat qui éviterait d’attendre un éventuel remboursement au moment de l’enrôlement. “C’est en tout cas moins cher qu’une formule d’augmentation de la quotité exemptée d’impôt, qui bénéficie à tout le monde. La solution que je propose cible les petits revenus”, conclut-il. 

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés