interview

Philippe Goffin: "Non, nous n'improvisons pas"

Philippe Goffin, ministre des Affaires étrangères et de la Défense. ©saskia vanderstichele

Philippe Goffin (MR), ministre des Affaires étrangères et de la Défense, est dans l’œil du cyclone pour la fourniture en masques de protection et les conditions de voyage des Belges à l'étranger. Il se défend de tout cafouillage.

Arizona ou pas Arizona? Philippe Goffin, prudence oblige, ne commentera pas la formation du gouvernement menée par MM Bouchez, Coens et Lachaert. "Il est grand temps qu'on ait un nouveau gouvernement. Les autres pays ne nous attendent pas et travaillent à leurs plans de relance. La Première ministre réunit les acteurs, je le salue, mais il est temps que nous retrouvions cette capacité de prendre notre destin en main. Les gens ont peur, les faillites risquent d'exploser. On ne pourra pas se permettre d'arriver après tout le monde", lâche-t-il tout de même. "Ça ne va pas être simple, on va demander des efforts, il faut qu'ils soient expliqués et compris..." Dont acte. Le ministre des Affaires étrangères et de la Défense tient par contre à répliquer aux nombreuses critiques essuyées ces dernières semaines.

"Il est grand temps qu'on ait un nouveau gouvernement. Les autres pays ne nous attendent pas."

L'obligation de porter le masque marque un changement de cap du gouvernement. Est-ce que vous n'entretenez pas une certaine confusion?

Le gouvernement et le CNS ont toujours indiqué que les décisions seraient prises en fonction de l'évolution de la pandémie. Le 17 avril, le masque a été intégré à notre stratégie de déconfinement. Sur le plan sanitaire, on reste dans un trend favorable, mais ça commence à bouger dans d'autres pays européens avec des petites poches de contamination. Il n'est donc pas anormal d'évoluer. Certains ont parlé d'improvisation, dit que cette décision arrivait trop tard, mais il s'agit du fruit de réflexions, de constats et des expressions des experts. Pour moi, ce n'est pas dérangeant.

Comment contrôler le respect de cette mesure?

On en appelle d'abord à la responsabilité individuelle et collective. Chacun doit se dire "je ne suis pas tout seul", cette crise peut toucher tout le monde. Il faut des comportements adéquats et responsables. Quand cette pression ne suffit pas, il y a la sanction. Celle-ci est compliquée à mettre en oeuvre, on est dans une sphère semi-privée. Quand on entre dans un commerce, on n'est plus dans l'espace public. Est-ce qu'on est dans les sanctions administratives communales ou dans un schéma "pénal"? Cela reste à définir. On dispose d'un peu de temps pour rédiger des textes qui tiennent la route. Même s'il y a toujours des gens pour penser que cela ne sert à rien, je suis convaincu que globalement, ça va fonctionner.

Vous mettez les commerçants en première ligne...

Je m'en rends bien compte, il faudra une approche empathique. Il y a différents types de commerces, ceux de proximité où l'on connaît les clients. Et puis les commerces de masse. Nous avons été sollicités par Ikea par exemple, qui était demandeur que les clients doivent porter le masque, car cela facilite leur organisation du travail. Aujourd'hui, on clarifie les choses.

Cette décision est-elle liée à des indices de rebond du covid en Belgique?

Deux réalités se croisent. Auparavant, on n'avait pas besoin d'obligation de porter le masque, car les courbes diminuaient et on sortait du confinement. Ici, on est dans un déconfinement national et international, il n'est pas anormal de considérer que le risque augmente puisqu'on ouvre les frontières. Le moment est donc venu.

"Il n'est pas anormal de considérer que le risque augmente puisqu'on ouvre les frontières."

De nouvelles commandes de masques sont elles prévues?

On a été secoué par ce que certains ont appelé la saga des masques. Dans toute saga, il y a des parties vraies et des parties fausses. La partie vraie, c'est celle qu'on a toujours défendue: le 17 avril, le masque entre dans la stratégie de déconfinement, le 27, le gouvernement mandate la Défense pour commander 18 millions de masques. Le 5 mai, on fixe la commande. Six semaines plus tard, les masques sont gratuitement à disposition dans les pharmacies. On a tout fait pour décrédibiliser cet achat. Petit à petit, les attestations et les validations sont finalement arrivées. On nous a d'abord expliqué qu'ils n'arriveraient jamais, ils sont arrivés, avec deux semaines de retard, je le regrette. Une sanction est tombée, les masques qui coûtaient à la base 2,5 euros ont finalement coûté 2,13 euros. On a ensuite dit qu'ils n'étaient pas de qualité. Il a fallu attendre Test Achat pour qu'on admette qu'ils étaient de qualité. C'est dommage, car cette communication négative initiée par certains décrédibilisait le masque en tant que tel. Ensuite, on a attaqué la qualité administrative du marché public. Il y a eu un premier recours et l'auditeur du Conseil d'État a validé la démarche.

"Dans toute saga, il y a des parties vraies et des parties fausses. La partie vraie, c'est celle qu'on a toujours défendue."

Il y a un nouveau recours...

Il pourrait y en avoir 40 puisque 40 sociétés ont montré leur intérêt. Le Conseil d'État fera son travail. L'État fédéral a commandé pour 400 millions de matériel de protection. La Défense a commandé pour 37 millions de masques. Le marché a été analysé par la Cour des comptes. On est à 2,5 millions de masques distribués. Le stock est disponible. On a encore de la marge.

On s'est acharné sur ce marché?

Ça y ressemble. Je n'accuse personne. J'espère que les médias qui ont fait leur boulot communiqueront positivement là-dessus. Il faut laisser le temps de la vérification. Certains parlementaires ont sorti des informations qui ont été publiées. Nous sommes restés sur la défensive, car on ne peut pas communiquer en amont d'une fausse information. Quand on dit que les masques nuisent à la santé, je suis obligé d'intervenir évidemment.

"Nous sommes restés sur la défensive car on ne peut pas communiquer en amont d'une fausse information."

On a l'impression que le gouvernement s'est mis en branle une fois que les vacances avaient commencé. On se retrouve avec un code couleur, dont l'orange qui peut prêter à confusion pour les candidats aux vacances.

Je ne suis pas d'accord. En mars, on dit que les voyages non essentiels étaient interdits. Ensuite, on se dit, en tant que pays européen, qu'on se dirige vers une réouverture des frontières. Début juin, nous mettons en place une communication structurée sur les conditions de voyage. On est très actifs avec nos homologues européens et, avant la réouverture des frontières, on est sorti avec ce code couleur: vert, je vais où je veux, orange, je peux y aller, mais l'État concerné fixe des conditions d'entrée, et rouge où l'État en question refuse l'entrée sur son territoire. On le met sur le site avant la réouverture. Trois couleurs, c'est simple. Ensuite, on fixe avec les autres Etats européens la liste des 14 États interdits. Dire qu'on a cafouillé aux Affaires étrangères, c'est faux! On a anticipé en permanence et la com était simple à comprendre.

Et pour les retours des Belges?

Ce n’est pas dans le champ de compétences des Affaires étrangères, mais on a tout de même communiqué sur les conditions de rentrée sur notre plateforme internet. Jusqu'au moment où l'Espagne décide de reconfiner certaines zones, il n'y avait aucun problème particulier. Aucun. Trois catégories pour le retour: le pouce levé, on peut rentrer, le pictogramme d'un médecin, c'est orange, cela veut dire qu'il faut passer par une visite médicale...

"Jusqu'au moment où l'Espagne décide de reconfiner certaines zones, il n'y avait aucun problème particulier. Aucun. "

Avec test de dépistage?

Le comité d'experts doit encore préciser ce que cela implique. Troisième catégorie: les zones pour lesquelles une quarantaine s'impose. Et ce sont les Régions qui organisent les quarantaines. Non, nous n'improvisons pas. Pour l'heure, on ne parle que de trois zones circonscrites en Europe. Les Régions doivent se mettre en route.

Avec un testing systémtatique?

La décision doit être prise dans le cadre de l'organisation des quarantaines. Le cadre doit être affiné. Si des gens reviennent de zones à risque, il faudra veiller à prendre les mesures qui s'imposent. Mais je sors de mes compétences. Le tracing et le testing relèvent des Régions.

Où en est la Belgique en termes d'image à l'international? On est sur des listes rouges?

Très peu. Pour quatre pays, dont la Norvège, la Finlande et Malte. On y est avec d'autres. J'ai pris la peine d'appeler mes homologues européens pour expliquer la situation sanitaire chez nous. Nous en avons été félicités. À la lumière des chiffres et de nos modes de calcul, il n'y a pas de difficulté particulière avec la Belgique.

"J'ai pris la peine d'appeler mes homologues européens pour expliquer la situation sanitaire chez nous. Nous en avons été félicités."

La Belgique a été plus honnête que d'autres pays?

Ce que je sais, c'est que nous avons été honnêtes.

La Belgique a envoyé des F16 combattre Daesh en Syrie. Y a-t-il d'autres demandes internationales du genre?

Le président français est en demande pour la force Takuba. Cette force, uniquement française, est une force de combat pour aller déloger les terroristes dans la région du Sahel. La France estime que c'est une mission qui devrait être élargie à d'autres États. Il y a des discussions.

La France est-elle en demande d'une implication en Libye?

On n’est pas là de manière opérationnelle, mais on est présent dans les états-majors, nous sommes aussi à la manœuvre. On soutient notamment l'opération visant à empêcher les armes d'arriver par la voie maritime.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés