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Pierre Lejeune (CGSP Cheminots): "Il est temps que le gouvernement redescende sur terre avec le rail"

Pierre Lejeune (CGSP Cheminots) : "Aucune mesure concrète ne nous permet d'envisager sereinement l'avenir."

Entre les travailleurs du rail et la Vivaldi une distance de plus en plus grande se crée. Pierre Lejeune, président de la CGSP Cheminots, estime que l'écart entre les discours et la réalité chiffrée du terrain se creuse.

A la CGSP cheminots, le mécontentement va croissant. Face aux déclarations toujours plus positives envers le rail, les cheminots de la CGSP sont de plus en plus décontenancés. Ils ont épluché des dossiers qu’ils connaissent bien et pour eux, la réalité du terrain est très loin des discours politiques.

Le président de la CGSP Cheminots, Pierre Lejeune, a sorti sa calculette et aimerait mettre quelques éléments au clair. Sur les 250 millions d’euros dégagés par le gouvernement pour le rail d’abord, l’essentiel ira au fret et donc à Infrabel.

Il y a aussi dans ce montant une enveloppe de 28 millions d’euros pour la SNCB notamment pour travailler à une meilleure accessibilité des quais. "Le problème c’est que la surface du quai appartient à la SNCB, mais ce qu’il y a en dessous appartient à Infrabel. Si on veut faire ce chantier, il faut donc 50 millions d’euros en plus pour Infrabel", soupire le syndicaliste.

Il pointe aussi les abonnements flexibles adaptés au télétravail, une bonne chose pour les travailleurs, mais qui va coûter "25 millions d’euros en recettes en moins pour la SNCB. Cela aura aussi une répercussion de 35 millions d’euros sur la dotation variable de la SNCB", estime Lejeune.

Ceci sans compter les coûts de l’énergie qui, comme nous l'écrivions récemment, vont augmenter à la SNCB.

L’un dans l’autre, "la SNCB devrait compter 120 millions d’euros de pertes en 2021", détaille Lejeune.

Le syndicaliste a beau tourner l’équation dans tous les sens, il pense que la SNCB va devoir comprimer les coûts. Et il n’y a pas 36 manières d’y arriver. "Soit on diminue l’offre qui est prévue pour 2020-2023, soit on procède à une impopulaire augmentation tarifaire, soit on laisse encore augmenter la dette de la SNCB qui est déjà repassée au-dessus de 2,5 milliards d’euros avec la crise", détaille Lejeune.

"J’ai posé la question à Madame Dutordoir (la patronne de la SNCB, NDLR), elle m’a promis qu’il n’y aurait pas de diminution du nombre de cheminots et que les économies seraient faites sur le corporate", embraye Lejeune.

900 emplois en moins en 2021

En parallèle, l’effectif rémunéré net a diminué de 900 personnes en 2021 dans le rail belge. La tension sur le marché de l’emploi est un des éléments qui l'expliquent, mais pour le syndicaliste, il faut mieux faire, car le ras-le-bol couve chez des cheminots sous pression. 2.112 travailleurs ont quitté le rail (SNCB, Infrabel et HR Rail ensemble) depuis le début de l'année pour 1.724 recrutements (dont 632 en interne).

Le rail emploie aujourd'hui 28.532 personnes contre 35.009 en janvier 2015.

"Face au manque de moyens, soit on diminue l’offre qui est prévue pour 2020-2023, soit on procède à une impopulaire augmentation tarifaire, soit on laisse encore augmenter la dette de la SNCB."
Pierre Lejeune
Président de la CGSP Cheminots

Qui plus est les travailleurs ont un passif de 120.000 jours de repos qui n’a toujours pas été réglé. "La SNCB doit se rendre compte que l’on court à la catastrophe", tance le syndicaliste.

Il évoque des gens "qui travaillent 12 heures d'affilée ou sur deux postes en même temps dans les cabines de signalisation. Je crains que l’on ne joue avec la sécurité". Il met en avant un absentéisme en pleine augmentation en raison notamment de burn-outs.

Il rappelle au passage la mauvaise surprise pour Infrabel qui voit sa dotation d’exploitation diminuer (au même titre que les différents SPF) de 6,1 millions d’euros chaque année sur 2020-2024, soit plus de 90 millions en tout.

Compensations covid ?

Enfin, aucune compensation budgétaire pour le manque d'activité en raison du covid n’a été actée dans le dernier conclave budgétaire 2022, pointe le syndicaliste qui voit mal ces sommes ajoutées dans le contrôle budgétaire.

"On se réjouissait de voir un gouvernement qui prenait le dossier à bras-le-corps. Mais nous sommes très loin des ambitions affichées d’une augmentation de l’offre. On se demande vraiment comment on va y arriver", fulmine Lejeune.

"Aucune mesure concrète ne nous permet d’envisager sereinement l’avenir. Le gouvernement doit redescendre sur terre et d’abord consolider l’offre actuelle avant de parler de nouvelle offre ou de deux trains par heure dans chaque gare", tacle Lejeune. "Depuis la fermeture des 44 guichets de gare, j’ai un peu de mal à donner du crédit à Georges Gilkinet", ajoute-t-il.

Mais il n’en a pas qu’après le vice-Premier ministre. Il se réjouit d'ailleurs que la mission de service public pour la SNCB vienne de passer une étape importante.

Il est en fait remonté contre les "petites idées" des uns et des autres dans la Vivaldi. Par exemple cette idée de la gratuité pour tous défendue par Paul Magnette pendant le dernier conclave budgétaire.

"Cela aurait coûté 700 millions d’euros de recettes. Plutôt que de parler de gratuité pour tous, il ferait mieux de se battre au sein du kern pour obtenir des financements en plus pour le rail", attaque le syndicaliste.

Les phrases clés

  • "La SNCB devrait compter 120 millions d’euros de pertes en 2021."
  • "Le gouvernement doit redescendre sur terre et d’abord consolider l’offre actuelle avant de parler de nouvelle offre ou de deux trains par heure dans chaque gare."
  • "On se réjouissait de voir un gouvernement qui prenait le dossier à bras-le-corps. Mais nous sommes très loin des ambitions affichées d’une augmentation de l’offre."
  • "Plutôt que de parler de gratuité pour tous, Paul Magnette ferait mieux de se battre au sein du kern pour obtenir des financements en plus pour le rail."

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