Pierre-Yves Dermagne: "Nous ferons tout pour relancer la concertation sociale"

"C'est essentiel d'avoir des partenaires sociaux qui dialoguent, négocient et aboutissent à des accords", a affirmé le ministre de l'Économie et du Travail Pierre-Yves Dermagne ce vendredi matin. ©BELGA

Le ministre de l'Économie et du Travail Pierre-Yves Dermagne n'a pas fermé la porte à un accord sur les salaires. Un kern se réunit ce matin pour discuter de l'avancée des négociations.

Jeudi soir, au terme d'une réunion entre les partenaires sociaux, le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) et le ministre du Travail Pierre-Yves Dermagne (PS), il ressortait que les syndicats et employeurs ne discuteraient plus de la norme salariale. Il appartenait donc au gouvernement de se prononcer sur cette question des plus épineuses, un véritable casse-tête depuis des mois déjà.

"C'est essentiel d'avoir des partenaires sociaux qui dialoguent, négocient et aboutissent à des accords."
Pierre-Yves Dermagne
Ministre du Travail

"Nous n'allons plus négocier sur les salaires, mais bien sur d'autres questions", avait indiqué Mario Coppens, président du syndicat libéral. Avis partagé par l'administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) Pieter Timmermans.

Des propositions dans la journée

Pierre-Yves Dermagne ne semble toutefois pas l'entendre de cette oreille. S'il n'y a toujours pas d'accord, les négociations entre les partenaires sociaux ne sont pas rompues pour autant, a-t-il souligné au micro de Bel RTL. "On fera tout pour (relancer la concertation sociale) jusqu'au dernier moment. C'est essentiel d'avoir des partenaires sociaux qui dialoguent, négocient et aboutissent à des accords. Ils doivent nous faire des propositions dans le courant de la journée sur toute une série de thèmes, on verra ce qui sera mis sur la table."

Les partenaires sociaux doivent, en effet, présenter un agenda sur le déroulement du dialogue social dans les semaines à venir. Il sera notamment question du salaire minimum, des prépensions, de la politique de relance, de la numérisation, etc. Alexander De Croo fera rapport ce vendredi matin au kern de l'avancée des discussions. Il nous revient toutefois que les négociations concernant spécifiquement les salaires sont bel et bien enterrées, "à moins d'un miracle", selon un membre au sein du Groupe des Dix. Ce à quoi nous répond un autre membre: "Je ne crois pas aux miracles".

Tensions au sein du gouvernement

La marge salariale, qui est actuellement sur la table et que les syndicats rejettent en bloc, est fixée à 0,4%. Le front commun estime que des hausses plus substantielles sont possibles dans certains secteurs, surtout ceux qui ont bien résisté à la crise du coronavirus. Les syndicats demandent aussi avec insistance que soit revue la loi de 1996 qui vise à préserver la compétitivité salariale de la Belgique par rapport à ses voisins.

"La première proposition du patronat sur une prime corona est insuffisante et même indécente. Je ne pourrai pas me satisfaire par rapport à une prime d’un montant aussi bas."
Pierre-Yves Dermagne
Ministre du Travail

Du côté du patronat, on estime que la crise actuelle liée à la pandémie constitue la pire crise économique depuis la Seconde Guerre mondiale. Il considère donc qu'il faut être réaliste. Même son de cloche chez Egbert Lachaert, le président de l'Open Vld, qui accuse les syndicats de créer des attentes irréalistes. Son homologue du MR, Georges-Louis Bouchez, juge, lui, qu'il faut acter l'échec des partenaires sociaux et ne "pas refaire le match" en gouvernement.

Les chefs d'entreprise ont toutefois mis une proposition sur la table, une prime corona de quelques centaines d’euros (200 à 300 euros) uniquement destinée aux entreprises ayant fait plus de 30% de bénéfices. Ce qui n'a pas manqué de faire bondir le ministre de l'Emploi: "La première proposition du patronat est insuffisante et même indécente pour les travailleurs et travailleuses. Je ne pourrai pas me satisfaire par rapport à une prime d’un montant aussi bas", a-t-il prévenu ce vendredi.

Geler les dividendes...

On se souviendra que le président de Vooruit, Conner Rousseau, avait jeté un pavé (supplémentaire) dans la marre mardi en menaçant directement le patronat. "Il y a des secteurs où les affaires ont bien tourné, je pense aux supermarchés, par exemple. Si on ne peut pas augmenter le salaire de ces gens-là, alors on ne verse pas de dividende aux actionnaires."

"Si (la concertation) ne réussit pas, alors il y aura une liberté de négociation partout."
Paul Magnette
Président du PS

Une menace très sérieuse, prévient Pierre-Yves Dermagne. "C’est une question de justice et de cohérence, de reconnaissance par rapport au monde du travail", estime-t-il.

... et les salaires des patrons

Le président du PS Paul Magnette a rajouté une couche ce vendredi, en indiquant qu'en l'absence d'accord avec les partenaires sociaux, une proposition sera faite pour geler les dividendes... et les salaires des chefs d'entreprises. "Si (la concertation) ne réussit pas, alors il y aura une liberté de négociation partout. Dans tous les secteurs et entreprises, les syndicats pourront demander une augmentation des salaires", a-t-il ajouté dans l'émission De Ochtend (Radio 1).

Des propos qui n'ont pas tardé à faire réagir son homologue du MR, Georges-Louis Bouchez. "Puis-je rappeler à Paul Magnette qu'il existe un accord de coalition? En interdisant les dividendes, vous privez l'État et la politique sociale de milliards d'euros de revenus par le biais de ses participations et de ses impôts. Courir après les populistes n'est jamais une bonne idée", a-t-il déclaré sur Twitter. Preuve supplémentaire, s'il en fallait encore, des dissensions au sein de la sphère politique.

Un point de non-retour?

Résultat des courses, le gouvernement devra donc éventuellement prendre la main sur ce sujet bouillant pour aller plus loin que cette norme de 0,4%. "L'accord du gouvernement prévoit l’application de la loi de 1996, ainsi que la possibilité d’imposer des augmentations salariales là où les entreprises ont bien performé. J’espère que les partenaires sociaux pourront encore s’entendre sur cet aspect-là", a déclaré Pierre-Yves Dermagne.

"Ce sera un débat difficile au gouvernement, avec des positions opposées, mais il faut avoir ce débat."
Pierre-Yves Dermagne
Ministre du Travail

Depuis l'instauration de la loi, cet article sur la modération des dividendes n'a cependant jamais été mis en œuvre. Si son évocation par les socialistes paraît tactiquement audacieuse, plusieurs libéraux ont rappelé qu'un consensus au gouvernement serait nécessaire pour entreprendre une telle action.

"Si c’est le cas, ce sera un débat difficile au gouvernement, avec des positions opposées, mais il faut avoir ce débat. On savait que les choses seraient difficiles sur ce dossier", a expliqué le ministre de l'Emploi. Quant à savoir si cette crise risque de faire tomber la coalition Vivaldi, il élude rapidement: "On n’en est pas là. S'il n'y a pas d’accord entre les partenaires sociaux, on discutera de ce débat au gouvernement. C’est de toute façon une affaire de gouvernement", conclut-il.

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