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Pieter Timmermans (FEB): "Ce n'est pas une COP26 dont nous avons besoin, mais une COPBruxelles"

Pieter Timmermans, l'administrateur délégué de la FEB, appelle le Fédéral et les Régions à conclure un accord global sur le climat et l'énergie.

L'énergie, le climat et le CO2 ne s'arrêtent pas aux frontières linguistiques, souligne le patron de la FEB, qui appelle Fédéral et Régions à se mettre d'accord sur un plan global en la matière.

Ce n’est pas un secret: la Fédération des entreprises de Belgique est en faveur de la prolongation de deux réacteurs nucléaires. Mais après le veto de la ministre flamande Zuhal Demir (N-VA) à la centrale de Vilvorde, Pieter Timmermans, le patron de la FEB, prend du champ, évitant de commenter la décision en tant que telle et la commotion qu’elle provoque.

On n’a pas le temps de poser la première question qu’il attaque: "En 2017, nous avons déposé sur la table de toutes les parties – le gouvernement, mais aussi les différents partis politiques – une vision globale sur le mix énergétique, qui était le résultat d’un an et demi de discussions entre producteurs, consommateurs,  grandes entreprises et petites… Et tout le monde nous disait alors que c’était équilibré. Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans une situation où ce dont nous avons besoin, ce n’est pas une COP26, mais une COPBruxelles!"

Pieter Timmermans est lancé, il enchaîne: "L’énergie, le climat, le CO2 ne s’arrêtent pas aux frontières linguistiques. Et ce dossier aura des conséquences pour les 20, 30, 40 prochaines années. Je suis un homme posé, mais aujourd’hui, je suis furieux de la façon dont le dossier du climat et de l’énergie est abordé. Et je ne suis pas le seul: les gens et les entreprises ne comprennent plus les contradictions dans les messages qui sont donnés. Nous devons tous diminuer le CO2 – mais on va augmenter les émissions avec des centrales au gaz. Cela ne va rien nous coûter – mais c’est le budget de l’État qui va intervenir, c’est-à-dire vous et moi. Si on manque d’électricité, on va en importer – mais si on manque d’électricité, les pays voisins aussi, probablement… Notre appel est le suivant: arrêtez ces contradictions, arrêtez le jeu du 'Zwarte Piet', et mettez-vous ensemble, Fédéral et Régions, pour venir avec un plan et vous assurer de trois objectifs: la sécurité d’approvisionnement, le contrôle des émissions de CO2, et le fait que l’énergie reste abordable."

Mais la Belgique a déjà un plan énergie-climat, qui date de 2019…

Oui, mais il n’est pas clair. Il n’est que la juxtaposition des plans des différentes Régions et du Fédéral.

Le fait que l’administration flamande était pour ce permis et que la ministre l’ait refusé, cela crée tout de même de l’insécurité juridique…

Ce n’est pas un bon signal: c’est pour cela que je plaide pour une approche globale. Mais dans les négociations sociales, il est arrivé plus d’une fois que les partenaires sociaux soient unanimes et que leur avis soit négligé.

Dégager une approche commune ne va pas être facile…

On pensait cela aussi avec le corona. Quand on fait face à des questions existentielles, c’est nécessaire.

La prolongation du nucléaire n'est pas la question. La question, c'est: "Aurons-nous suffisamment d'énergie en 2025?"
Pieter Timmermans
Administrateur délégué de la FEB

Même dans le monde des entreprises, il n’y a pas unanimité. Vos collègues du Voka se sont déjà convertis à la sortie du nucléaire...

Oui, mais d’autres ont des opinions différentes. La prolongation du nucléaire n’est pas la question. La question, c’est: "Aurons-nous suffisamment d’énergie en 2025?" Sera-t-elle payable? Et on ne m’a encore pas convaincu qu’en fermant tous les réacteurs, on avait suffisamment de garanties.

Les centrales prévues par le CRM, on n’a pas de garanties qu’elles seront réalisées. Le Fédéral décide d’un mix énergétique, mais dépend des Régions pour les permis. C’est la même chose avec le plan flamand, qui décide d’électrifier les voitures, ce qui nécessite un ajustement des règles au Fédéral, qui n’est pas au courant…

Ceci dit, si le gouvernement décide demain de prolonger le nucléaire, cette prolongation est incertaine aussi: Engie a dit à plusieurs reprises qu’il était trop tard…

Je peux facilement inverser le raisonnement: est-ce que les centrales au gaz seront là à temps? Notre dépendance vis-à-vis de l’étranger va augmenter: est-ce qu’on a des accords d’approvisionnement avec la Russie? Quand il fait froid et qu’il n’y a pas de vent, d’où va-t-t-on importer notre électricité?

Je suis également convaincu que des avancées technologiques vont nous aider, par exemple avec les centrales au thorium. Pourquoi devrions-nous nous passer de cela?
Pieter Timmermans
Administrateur délégué de la FEB

Vous êtes pour la prolongation de deux réacteurs…

Dans notre vision, nous avons choisi de prolonger les deux plus récents réacteurs pour rendre la transition énergétique plus facile. Cela reste notre point de départ. Et c’est maintenant au politique à décider, en tenant compte de la sécurité d’approvisionnement. De plus en plus de pays, mais aussi d’experts disent maintenant que la technologie nucléaire doit faire partie de la transition énergétique.

Je suis également convaincu que des avancées technologiques vont nous aider, par exemple avec les centrales au thorium. Pourquoi devrions-nous nous passer de cela? Pourquoi mettre la pression sur les entreprises et les citoyens pour qu’ils diminuent leurs émissions de CO2, alors qu’on a une technologie qui peut réaliser cela?

Vous rejetez l’argument qui dit que le système ETS (système européen des droits d’émissions) fait que le CO2 émis par ces nouvelles centrales obligera d’autres centrales plus polluantes à tourner moins?

C’est en tout cas discutable. Platement, c’est dire nous pouvons émettre plus de CO2 parce que d’autres vont faire un effort. Ce n’est pas cohérent.

Quand Tinne Van der Straeten (Groen) a été désignée ministre fédérale de l’Énergie, la FEB a dit lui accorder sa confiance. Est-ce toujours le cas?

Oui. C’est quelqu’un qui connait son dossier et qui n’a pas encore commis une seule erreur. Mais je lui ai dit dès le début qu’un parcours très difficile l’attendait. Et ma confiance en madame Demir est également intacte. Elles doivent maintenant conclure un accord global, avec l’aide du Premier ministre et des ministres-présidents.

Le résumé

  • Pieter Timmermans, le patron de la FEB, appelle à une véritable concertation entre Fédéral et Régions sur le dossier de l'énergie et du climat.
  • La FEB reste demandeuse d'une prolongation de deux réacteurs nucléaires.
  • Ses préoccupations? La sécurité d'approvisionnement et la question de savoir si l'énergie restera payable.

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