interview

Pieter Timmermans (FEB): "Les syndicats jouent avec l'emploi des gens"

Pieter Timmermans affirme ne plus comprendre les demandes de syndicats "hors des réalités" ©BELGA

Pieter Timmermans (FEB), qui reproche aux syndicats de décrédibiliser la concertation sociale, appelle la Vivaldi à fixer elle-même la norme salariale et à ne pas toucher à la loi de 1996.

Les négociations entre interlocuteurs sociaux sur les salaires étant bloquées, ce sera dès lundi au gouvernement de se saisir du dossier. Comment en est-on arrivé là et qu'attend la FEB des prochaines étapes? L'Echo fait le point avec le patron des patrons, Pieter Timmermans.

Faute d'accord salarial, la CSC et la FGTB appellent à la grève. Qu'est ce que cela vous inspire ?

C’est toujours la même chose avec les syndicats... Chaque fois que la situation est difficile, ils détournent le regard. Par contre, quand il s’agit de distribuer de la richesse, ils sont en première ligne. Leur perception ne colle pas à la réalité. Ils semblent vouloir baser toute une politique salariale sur les 6% d’entreprises qui se sont mieux portées pendant la crise, tout en oubliant la situation des 94% qui sont dans la mouise.  Je ne les comprends pas.

"Chaque fois que la situation est difficile, les syndicats détournent le regard. Par contre, quand il s’agit de distribuer de la richesse, ils sont en première ligne."

Les organisations syndicales critiquent surtout la marge salariale de 0,4%, qu'elles jugent trop étriquée…

En tenant compte de l’indexation, nous parlons d’une augmentation de 3,2% pour les deux prochaines années, ce qui au vu du contexte est déjà trop élevé pour de nombreuses entreprises. En France, aux Pays-Bas, en Allemagne, au Royaume-Uni ou encore au Danemark, un tel accord serait signé dans l’heure. En Belgique, au cœur d’une crise sanitaire inédite, c’est cependant considéré par les représentants des travailleurs comme des cacahuètes.

Le banc patronal a-t-il proposé des alternatives pour parvenir à un accord?

Nous avons avancé plusieurs possibilités afin de récompenser les travailleurs de quelques entreprises en bonne santé: CCT90 (bonus collectifs), participations aux bénéfices, chèques consommation… Les syndicats n'en ont pas voulu.

Leur critique par rapport à ces formes de rémunération est qu’elles pénaliseraient la Sécu…

Ce n’est pas correct. Ce qui a un impact sur la sécurité sociale, c’est surtout leur politique, car créer du chômage, cela signifie moins de recettes. Parmi les instruments que nous avons avancés, il y avait la CCT90, dont le taux de cotisation patronale s'élève encore à 33%. Dire que nos propositions auraient mis à mal le financement de la Sécu, c'est raconter des bêtises.

Après ce nouvel échec, la concertation interprofessionnelle a-t-elle encore du sens?

J’ai expliqué plusieurs fois aux leaders syndicaux qu’ils étaient en train de jouer avec l’avenir du Groupe des Dix. Après la crise pétrolière de 1974, les partenaires sociaux se sont retrouvés mis de côté. Lors de la dévaluation de 1982, du plan global de 1993, de la crise financière de 2008, il en fut de même. Chaque fois, la concertation sociale a perdu de sa crédibilité. C’est extrêmement dangereux

Que vous ont-ils répondu?

Ils me disent que leur base n’est pas d’accord. Mais c’est un peu court… Si je dis à mes troupes que je vais demander une diminution des cotisations patronales de 10%, elles vont m’applaudir. Mais, si je sais pertinemment que c’est inatteignable, cela n’a pas de sens. Il ne faut pas créer des attentes qui ne peuvent jamais être honorées

C’est ce que font les syndicats?

Oui, ils ne font pas preuve de lucidité. En pleine crise avec une perte de 6,5% de PIB, ils viennent avec des demandes qui auraient pour conséquence du chômage supplémentaire, ce qui entraînerait à son tour une perte de pouvoir d’achat.

Désormais, l'objectif principal des organisations syndicales semble être d’obtenir une révision de la loi de 1996, qui enferme, selon elles, les négociations salariales dans un carcan...

Mais quel est leur but? Est-ce de faire tomber le gouvernement? Ce qu’elles demandent aux partis progressistes, c’est tout simplement de faire exploser l’accord de coalition.  Si le monde politique décide de le faire, en touchant à la loi de 1996, il devra en assumer les conséquences. Je reste convaincu que ce n'est pas une bonne idée.

"Je reste convaincu que toucher à la loi de 1996 n'est pas une bonne idée."

En demandant à l'exécutif d'agir de la sorte, les syndicats jouent avec l'emploi des gens. Cela pourrait leur revenir dans la figure comme un boomerang.

Renoncer à la marge pour permettre des négociations salariales libres à l'avenir, comme le préconisent certains économistes, c'est inconcevable?

Ceux qui plaident pour cela doivent oser dire que cela implique de revoir l'indexation automatique des salaires. Ici, les syndicats veulent l'indexation et des augmentations salariales avec un minimum, mais pas de maximum. En procédant de la sorte, on se retrouve avec des dérapages des coûts salariaux en un rien de temps, comme ce fut le cas par le passé, et avec une destruction massive d'emplois!

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