analyse

Plan de relance belge: l'essai doit encore être transformé

Le secrétaire d'État Dermine est en discussion constante avec la Commission européenne. ©Wouter Van Vooren

Le gouvernement est dans la dernière ligne droite avant la remise du plan de relance à l'Europe. Ses effets commencent à être quantifiés.

On va dire que même partiel et incomplet, l'exercice a le mérite d'exister. 15 jours avant le dépôt officiel des projets belges candidats au subside accordé aux États membres par l'Union européenne dans le cadre de son plan de relance, était présentée la première étude d'impact macroéconomique de l'épure belge. Pour rappel, on parle de l'injection directe de 5,9 milliards d'euros dans l'économie nationale à l'horizon 2026. C'est le bureau fédéral du Plan qui a fait le boulot.

56%
Des investissements du plan de relance
Concernent les infrastructures

Qu'en retenir? D'abord le périmètre retenu. Il est étriqué. L'impact n'est évalué que sur la base des 5,9 milliards d'investissements publics remis à la Commission européenne. On rappelle que le gouvernement s'est promis d'aller au-delà avec un objectif global de 13,1 milliards d'investissements publics d'ici 2025. Pas question non plus d'intégrer l'effort du privé qui pourrait se greffer à cette impulsion. Ni d'intégrer les effets potentiels des réformes structurelles en matière de fiscalité, de fins de carrière ou de marché du travail qui accompagnent les projets de relance. Elles ne sont pas assez mûres. L'impact sur l'économie belge - très ouverte - des plans de relance des pays voisins n'est pas non plus pris en compte. Le résultat est donc forcément un peu décevant: une hausse du PIB de 0,21% à l'horizon 2026 et la création de 3.900 emplois.

"Ces cinq dernières années, la croissance de la productivité était nulle, voire négative, pour la première fois on a des mesures qui doivent avoir un effet inverse."
Philippe Donnay
Commissaire au Plan

Par contre, les projections du Bureau du Plan laissent déjà entrevoir un effet bénéfique du plan sur la dette (0,4%) grâce à une hausse annoncée des recettes fiscales. Philippe Donnay, commissaire au plan, souligne également l'impact positif du plan en matière de productivité. "Ces cinq dernières années, la croissance de la productivité était nulle, voire négative, pour la première fois on a des mesures qui doivent avoir un effet inverse", dit-il. Le Bureau du plan conclut également que le plan européen aura des effets positifs sur l'économie nationale jusqu'en 2040 au moins.

Efforts à faire pour les femmes

Le plan de relance belge a aussi été passé au crible d'une évaluation genrée, assurée par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. Avec 56% d'investissements dans les infrastructures, le plan promet des beaux jours au secteur de la construction qui demeure très masculin. Liesbet Stevens Van Ongeval, directrice adjointe de l’Institut, préconise donc des initiatives pour veiller à réduire ce genre de déséquilibre alors que les femmes apparaissent comme particulièrement touchées par la crise, par exemple au niveau des pertes d'emploi et des effets du confinement sur la répartition des tâches ménagères.

"Aucun projet n'a d'impact négatif en termes d'égalité entre les hommes et les femmes."
Thomas Dermine
Secrétaire d'État à la Relance

Au total, 18% des projets ont un impact positif direct pour les femmes (création de places en crèche et de pistes cyclables sécurisées sont citées en exemple). 52% peuvent avoir impact positif potentiel. "Aucun projet n'a d'impact négatif en termes d'égalité entre les hommes et les femmes", se réjouit Thomas Dermine (PS), secrétaire d'État à la relance à l'occasion d'une présentation à la presse vendredi.

Le socialiste se montre plutôt optimiste quant aux chances du plan belge de passer l'examen européen. Si les réformes structurelles du plan (l'addition des mesures annoncées par les accords de gouvernement) paraissent encore peu concrètes aux yeux de la Commission, "elles correspondent à toutes les priorités européennes, reste à voir quel degré de détail est attendu", indique Thomas Dermine.

On rappelle enfin qu'à l'échelle continentale, le Plan de relance (750 milliards d'euros) est à la traine, faute de la ratification d'une dizaine d'États-membres, dont l'Allemagne.

Le résumé

  • Dans 15 jours, la Belgique doit remettre la version définitive de son plan de relance.
  • Objectif: décrocher les 5,9 milliards promis par l'Europe.
  • Il est encore tôt pour mesurer les effets de cette manne sur l'économie Belge. Le Bureau du plan a été chargé d'une première évaluation.
  • La Belgique doit y gagner en productivité, assure le commissaire au Plan.

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